Quelqu'un marchait sur ma tombe
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1963
- Язык: французский
- Год: Fleuve noir
- ISBN: 978-2265056541
- Жанр: Криминальные детективы
Электронная книга - «Quelqu'un marchait sur ma tombe». Краткое содержание книги:
Franck, condamné à perpète pour le meurtre d'un flic, sera-t-il enfin libre après cinq années de détention ?
Ses amis réussiront-ils cet exploit incroyable préparé à son insu ?
Dans sa cellule Franck se pose des questions au sujet de ces cinq années… Lisa est-elle la maîtresse de son avocat ? L'a-t-elle trahi ?
Au cours d'une course contre la montre et d'un suspense à huis clos, la jalousie armera-t-elle le bras de la justice immanente ?
— C’était pas seulement par patriotisme, tu sais.
Ils restèrent un moment unis par une étreinte miséricordieuse qui les calmait comme un bain chaud.
— Je t’aime, mon Frank, soupira Lisa.
— Tu disais que tu avais rencontré Gessler pour ma défense. Après ?
C’était un monstre. Lisa le regarda en songeant : « C’est un monstre ». Un être impitoyable, sans émotion véritable.
— Après, rien ! dit-elle farouche.
— On m’a jugé, condamné, et tu as continué à le voir ?
— Il me donnait de tes nouvelles. Comment en aurais-je eu sinon, puisque tu ne m’écrivais pas ?
— À partir de quand t’es-tu installée à Hambourg, Lisa ?
— Mais…
— Avant ou après le procès ? insista Frank.
— Après, répondit-elle dans un souffle.
— Tu voyais souvent Gessler ?
— Comme ça.
— Ça n’est pas une réponse. Tu le voyais tous les combien ?
— Je ne sais pas… De temps en temps…
La main de Frank se crispa sur le bras de Lisa. Elle eut très mal.
— Tous les combien ?
— Disons une fois par semaine.
— Et tu le voyais où ?
— Écoute-moi, Frank, je…
— Tu le voyais où ?
— À son cabinet, voyons !
— Jamais ailleurs ?
— Mais non.
— Jamais ailleurs ? Réfléchis ! Réfléchis bien et réponds-moi franchement, sinon je risque de me mettre en colère. Je voudrais tellement ne pas me mettre en colère, Lisa…
— Je l’ai peut-être rencontré dans une brasserie une ou deux fois.
— Pas plus ?
— Non, Frank.
Il la gifla. Ce fut très prompt et très violent. Une marque écarlate fleurit sur la joue meurtrie de Lisa.
— Ne mens pas, implora Frank. Je t’en supplie, ma petite prune, ne mens pas, ça complique.
Baum s’était rapproché. Les mains aux hanches, il défiait Frank. Frank se dressa et ils se fixèrent un moment. Dompté, l’Allemand alla s’asseoir à l’autre bout du local, butant dans les appareils téléphoniques qui jonchaient le sol.
— Ce type est fou ! lâcha-t-il au passage à Warner.
Ce dernier haussa les épaules et se replongea dans sa lecture. Il avait l’âme d’un mercenaire. Il accomplissait son travail sans se soucier du reste.
— Gessler te faisait la cour ? insista Frank en caressant du bout du doigt la joue de Lisa où s’étoilait sa gifle.
— Non, Frank.
— En tout cas, affirma le garçon, il est drôlement amoureux de toi ; tu ne vas pas prétendre le contraire, j’espère ?
Lisa eut une brève réflexion.
— Peut-être, reconnut-elle. Qu’est-ce que ça peut faire ? Mais réponds, Frank. Qu’est-ce que ça change vis-à-vis de nous deux ?
Frank arpenta la pièce jusqu’à la verrière. Une lame du plancher craquait à certain endroit. Il se mit à la faire gémir en pressant dessus avec le talon. Le petit cri du bois devenait insupportable.
— Arrête ! implora la jeune femme.
Il cessa de faire craquer la latte, et revint à elle après avoir coulé un regard à l’extérieur.
Le port était calme. La pluie ronflait contre les vitres et le conduit de descente engorgé, produisait un bruit de borborygme.
— Gessler est un honnête homme. Un homme connu, un homme réputé. Et voilà que tout à coup il organise une évasion !
— Il ne l’a pas organisée, rectifia Lisa, il m’a seulement…
Du geste, Frank la fit taire.
— Ça s’est fait comment cette métamorphose ? questionna l’évadé. Hein, Lisa ? Comment l’impensable est-il devenu pensable pour ce magistrat intègre ?
— Je ne sais pas.
— Un jour tu as dû prononcer devant lui le mot « évasion ». Un mot à le rendre cardiaque, et pourtant il n’est pas mort foudroyé. Pourquoi, Lisa ? Pourquoi ?
Comme elle ne répondait pas, il l’empoigna par le bras, la souleva de son siège et se mit à la promener dans la pièce en la secouant.
— Puisque je te dis que je veux savoir ! Tu m’entends ? Je veux savoir ! Je veux savoir !
Paulo surgit par la porte donnant sur l’entrepôt.
— Frank ! hurla-t-il, qu’est-ce que tu lui fais !
— Fous le camp ! tonna Frank sans lâcher Lisa.
Paulo ne bougea pas.
— Je venais te dire… Il y a deux motards qui viennent de passer dans la rue à tout berzingue.
— Je m’en fous, file !
— Mais, Frank…
— File ! hurla Frank.
Paulo retourna à la porte. Avant de sortir, il murmura :
— Il est sept heures dix, pense au bateau !
14
Le commissaire avait quitté son bureau et arpentait la salle principale du commissariat en mâchonnant son mégot de cigare éteint. Il avait réduit l’allumette en une sorte de bouillie qu’il titillait du bout de la langue. De temps à autre il stoppait sa marche pour se planter devant une grande glace encadrée d’or placée au-dessus de la cheminée. Il admirait l’ordonnance de ses cheveux pâles ; plats coupés court, rectifiait sa cravate sombre et chassait, à petites chiquenaudes, la cendre de cigare qui s’était écroulée sur ses revers. Il ne restait plus qu’un inspecteur dans le poste : un grand garçon maigre, à la mâchoire proéminente, dont le visage frémissait sous l’effet de tics nombreux. Chaque fois que le commissaire posait son regard sévère sur lui, l’homme se hâtait de rédiger des choses obscures sur des formulaires imprimés.
À la fin, le commissaire appuya sur le bouton d’un appareil interphone.
— J’écoute ! annonça une voix sèche.
— Sortez ma voiture !
— Tout de suite, herr commissaire.
Le policier avait un vestiaire dans son bureau. Il décrocha un manteau de cuir noir doublé de peau de chat. Lorsqu’il l’eut revêtu, il paraissait avoir doublé de volume. Il coiffa son feutre gris perle garni d’un large ruban noir et enfila ses gants fourrés. C’était un personnage menaçant et pittoresque.
Quand il sortit, sa Mercédès noire se trouvait devant le perron. Un policier se tenait au volant. L’homme avait bouclé se ceinture de sécurité. Le commissaire prit place à l’avant de la voiture.
— On traverse, dit-il seulement.
De l’autre côté du tunnel, ses hommes fourmillaient. Baumann, un inspecteur chef qui dirigeait les opérations, se précipita sur sa voiture lorsque celle-ci déboucha de l’ascenseur.
— Alors ? demanda le commissaire.
— Le fourgon n’a pas quitté le port, dit l’inspecteur chef en rectifiant la position.
Il avait le nez rouge, des yeux noyés dans une espèce de gélatine qui donnait à son regard une brillance écœurante.
— Comment le savez-vous ?
— Exceptionnellement, les patrouilles de la douane ont opéré des vérifications en fin d’après-midi. Les douaniers sont formels : aucun fourgon cellulaire n’est passé. De plus, l’un de mes hommes a recueilli le témoignage d’un marin hollandais, à moitié ivre, qui prétend avoir vu ledit fourgon traverser un chantier. Curieux, n’est-ce pas ?
— Il s’agit donc sans aucun doute d’une évasion, décréta le commissaire.
Il n’était pas mécontent de l’événement. Depuis plusieurs semaines un calme plat régnait à Hambourg et ses services accomplissaient une besogne paperassière des plus routinières.