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Quelqu'un marchait sur ma tombe

Электронная книга - «Quelqu'un marchait sur ma tombe». Краткое содержание книги:

Lisa a su mobiliser et convaincre l'avocat de son amant et ses amis dans le seul but de le faire évader de la prison de Hanovre.
Franck, condamné à perpète pour le meurtre d'un flic, sera-t-il enfin libre après cinq années de détention ?
Ses amis réussiront-ils cet exploit incroyable préparé à son insu ?
Dans sa cellule Franck se pose des questions au sujet de ces cinq années… Lisa est-elle la maîtresse de son avocat ? L'a-t-elle trahi ?
Au cours d'une course contre la montre et d'un suspense à huis clos, la jalousie armera-t-elle le bras de la justice immanente ?
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— Ce n’est pas mon avis. Le petit-gangster-qui-a-lu-Shakespeare va vous raconter comment ça s’est passé entre elle et vous.

Frank parut se recueillir.

— Lisa est venue à Hambourg comme on rentre dans une église pour se rapprocher de Dieu. Dans une église, on ne voit pas le bon Dieu, mais on pense qu’il est là.

— Ensuite ? demanda Gessler.

— Vous, comme un sacristain hypocrite, en la voyant vous n’avez eu qu’une idée : vous offrir la petite étrangère qui venait pleurer dans votre giron. Lisa a compris que c’était ma chance et qu’en vous exploitant elle pouvait peut-être me sauver.

— C’est ce que vous appelez « me raconter ce qui s’est passé » ? sourit l’avocat. Je vous plains. Il est vrai que nous avons beaucoup parlé d’amour, Lisa et moi. Seulement, ça n’était pas du même.

— Avouez qu’elle a tout de même couché avec vous !

— Vous le croyez vraiment ?

— Oui.

— Vraiment !

— Oui.

Gessler éclata de rire.

— Eh bien ! tant mieux ! J’aime que cela devienne, ne fût-ce que dans votre esprit, une vérité !

Frank le frappa d’un coup de poing sec à la pomme. La joue de Gessler se mit à saigner. Il pâlit un peu mais se contint, évitant même de porter la main à sa blessure.

— Pas la peine de bêler d’amour ! vociféra Frank. En faisant ça, elle a seulement payé vos honoraires, espèce de salaud !

Il martela le bureau du poing.

— Pendant cinq ans j’ai compté les jours, moi qui ai horreur des chiffres. Je les comptais comme ça, pour rien, puisque je ne devais jamais sortir. Mille huit cent vingt-deux jours sans elle, cher maître. Croyez-moi, c’est quelque chose.

Il alla au milieu de la pièce en tenant une chaise à la main. D’un geste violent il la planta sur le plancher, puis compta trois grandes enjambées à partir du siège. Il marqua cette limite avec des téléphones. Ensuite il compta quatre enjambées dans le sens contraire et jalonna la distance de la même manière, constituant une sorte d’enclos avec des chaises et les billards. C’était un bizarre ouvrage de déménageur. Lorsque Frank l’eut terminé, il s’en fut chercher Gessler par le bras et le poussa d’une bourrade dans le théorique enclos.

— Ma cellule, Gessler ! annonça Frank. Quatre pas sur trois, dix-huit cent vingt-deux jours… Et une pensée, une seule ; toujours la même : Lisa. Pendant cinq ans ! Une pensée qui dure cinq ans, vous réalisez ce que c’est ?

— J’essaie, dit loyalement Gessler. Seulement dites-vous bien que, sans Lisa, il y aurait eu beaucoup d’autres jours encore.

Frank se laissa choir sur la banquette, soudain très pitoyable.

— J’aurais préféré, avoua-t-il. La liberté à ce tarif-là n’est pas dans mes moyens. Vous vous rencontriez souvent.

L’avocat ne répondit pas.

— Cela, elle me l’a vraiment dit, certifia l’évadé.

— Tous les jours, répondit Gessler.

Frank fut coupé en deux par le choc. Il répéta, incrédule :

— Tous les jours ?

Gessler comprit que sa réponse ne concordait pas avec celle de Lisa et il regretta d’avoir parlé.

— Où vous rencontriez-vous ?

— Chez elle, répondit l’avocat.

Frank se cassa davantage. Il avait une posture pitoyable.

— C’est comment, chez elle ?

Gessler se sentit brusquement très fort. Il tenait la situation bien en main.

— C’est une chambre, avec une fenêtre qui donne sur un parc dont les arbres sont minuscules parce que Hambourg a été rasé !

— Vous alliez la voir à quel moment ?

— Il n’y avait pas de moment… Dès que je pouvais.

Il fit un pas pour sortir de l’enclos, mais Frank le refoula du poing.

— Non, restez là-dedans !

— Quelle est encore cette sotte fantaisie ? s’étonna l’avocat.

— Faites ce que je vous dis.

Freddy passa son visage anxieux par l’entrebâillement de la porte.

— Mande pardon, hasarda-t-il, c’est bientôt fini votre conférence au sommet ?

— Décampe ! ordonna Frank.

Freddy regarda l’enclos et au lieu d’obéir s’approcha de quelques pas.

— Qu’est-ce que c’est que ça ?

— Un cachot, expliqua Frank. Une cellule ! Le trou ! Le trou, Freddy, tu connais ?

Freddy songea que son ami avait perdu la raison et il regretta de s’être embarqué dans cette dangereuse aventure.

— Je connais, fit aigrement Freddy.

Frank s’approcha de lui et demanda à voix basse :

— Tu es chargé ?

— Bien sûr !

— Donne !

Après un rien d’hésitation, Freddy tendit son revolver à Frank. Il essaya de le faire discrètement, mais Gessler vit le geste et détourna les yeux, écœuré.

— Il est plein, avertit Freddy.

— Je l’espère bien, laisse-nous !

— Je me permets de t’annoncer que les flics pullulent dans le secteur, vivement que le barlu s’annonce !

Freddy sortit en maugréant. Frank glissa le revolver dans sa ceinture et se tourna vers Gessler.

— Elle vous attendait ?

— Vous dites ? sursauta l’avocat.

— Puisque vous lui rendiez visite à n’importe quel moment, c’est qu’elle vous attendait tout le temps. C.Q.F.D.

— Je trouvais parfois la porte close ; lorsqu’elle rôdait auprès du pénitencier, par exemple.

— Et quand elle était chez elle ? insista Frank en essayant de prendre un air détaché.

Il y eut une sorte de tumulte à la porte. Paulo essayait timidement de retenir Lisa qui voulait entrer. Elle finit par se dégager d’une secousse et dit en s’avançant vers les deux hommes :

— Lorsqu’il était chez moi !

Elle se tourna et appela de toutes ses forces :

— Paulo, Freddy !

« Puisque c’est un procès que tu fais, Frank, il faut un jury, n’est-ce pas ?

Paulo tendit son bras gauche en col de cygne pour dégager sa montre.

— Il est sept heures un quart et il y a des poulets plein la rue !

Freddy déboucha, un peu essoufflé d’avoir escaladé le roide escalier quatre à quatre.

— Qu’est-ce qui se passe encore ? bougonna-t-il.

— Je veux que vous écoutiez ce que je vais dire, Paulo et vous ! dit calmement Lisa.

— Dites, se lamenta Paulo, vous ne pourriez pas laver votre linge sale plus tard ? Vous avez tout l’avenir devant vous !

— Un avenir sans Me Gessler, intervint Frank. Vas-y, Lisa, on t’écoute.

Lisa considéra le puéril enclos et y pénétra malgré le geste instinctif de Frank pour y prendre place.

— Quand il venait chez moi, fit-elle, ça donnait rituellement ceci.

Elle sourit à Gessler.

— Vous êtes prêt pour la reconstitution, maître ?

Et, comme l’avocat restait silencieux.

— Eh bien ! Adolf, insista la jeune femme, ne voulez-vous donc pas revivre cela une dernière fois ?

— Si, Lisa. Si ! se décida Gessler.

Il se leva, fit claquer ses talons à l’allemande et dit en s’inclinant :

— Bonjour, Lisa, comment allez-vous ?

— Bien, je vous remercie.

Elle se tourna vers Frank et expliqua :

— Les formules de politesse françaises amusaient beaucoup Adolf.

Elle se remit à jouer, désigna une chaise :

— Asseyez-vous !

— Merci, fit-il sérieusement en s’asseyant.

— Vous ne voulez pas ôter votre pardessus ?

— Je ne fais que passer, Lisa.

— Comme toujours. Je crois que ce sont ces… ces passages qui donnent un rythme à ma pauvre vie.

Frank se mit à califourchon sur une chaise. Il croisa les bras sur le dossier et mit son menton sur ses poings crispés. Un indéfinissable sourire retroussa sa lèvre supérieure.

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