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Quelqu'un marchait sur ma tombe

Электронная книга - «Quelqu'un marchait sur ma tombe». Краткое содержание книги:

Lisa a su mobiliser et convaincre l'avocat de son amant et ses amis dans le seul but de le faire évader de la prison de Hanovre.
Franck, condamné à perpète pour le meurtre d'un flic, sera-t-il enfin libre après cinq années de détention ?
Ses amis réussiront-ils cet exploit incroyable préparé à son insu ?
Dans sa cellule Franck se pose des questions au sujet de ces cinq années… Lisa est-elle la maîtresse de son avocat ? L'a-t-elle trahi ?
Au cours d'une course contre la montre et d'un suspense à huis clos, la jalousie armera-t-elle le bras de la justice immanente ?
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Paulo lui adressa une mimique éplorée. Il n’aimait pas la conduite de son ami. Elle était indigne d’eux ; indigne des risques qu’ils avaient pris et des crimes qu’ils avaient commis pour le sortir de prison. En soupirant, le petit homme gagna le bureau.

— Ça n’a pas l’air de carburer très fort, Frank et vous ? fit-il à Gessler.

L’autre eut un léger sourire entendu.

— C’est bête de ne pas s’entendre avec son avocat, plaisanta amèrement Paulo. C’est à propos de Lisa, hein ? Il a reniflé le bouquet ? Vous savez, Frank, c’est un sacré type !

— Je sais.

— Seulement il a un gros défaut, reconnut Paulo : il pense trop.

— Oui, dit Gessler, il pense trop.

— Et en taule ça n’a pas dû s’arranger. Et puis il est… Je cherche le mot… Trop sensible, quoi !

— Hypersensible ! proposa l’avocat.

Paulo lui adressa une révérence admirative.

— Eh bien, dites donc, fit-il, le Larousse, vous ne vous en servez pas comme tabouret.

Lisa et Frank revinrent. Bien qu’elle marchât devant lui, il était visible qu’il ne la contraignait pas. Ils stoppèrent devant Gessler et restèrent silencieux. Gêné, Paulo battit en retraite en direction de la verrière. Il sifflotait.

— Tu veux répéter, Lisa ? balbutia Frank.

Lisa se racla la gorge et dit à Gessler :

— J’ai dit à Frank que j’avais été votre maîtresse, Adolf.

Gessler la regarda, puis détourna la tête. Frank se pencha sur l’avocat et aboya :

— Objection, monsieur Gessler ?

— Si Lisa le dit, c’est que c’est vrai, répondit Gessler.

— Non, Frank ! hurla la jeune femme. Non, ce n’est pas vrai ! Pas vrai !

Elle se jeta sur lui, martelant à coups de poings maladroits la poitrine de son amant. Il la repoussa si brutalement qu’elle tomba sur le plancher. Gessler voulut l’aider à se relever, mais Frank s’interposa.

— Laissez-la !

Lisa ne cherchait pas à se remettre debout. Affalée sur le sol, elle protestait, folle d’indignation :

— J’ai dit ça parce que tu m’as demandé de le dire ; afin de faire une expérience et te prouver que… J’étais tellement certaine que M. Gessler… Adolf ! implora-t-elle, je vous en supplie, dites-lui la vérité. Dites-lui qu’il n’y a jamais rien eu entre nous ! Pourquoi n’avez-vous pas protesté !

Gessler se cacha le visage dans ses mains.

— Je vous demande pardon, Lisa. Mais c’était un mensonge trop doux à entendre pour que je le rejette !

— Oui, oui ! cria Lisa en se relevant. Un mensonge ! Tu entends, Frank ? Rien qu’un mensonge que tu as toi-même inventé.

Le silence qui suivit leur fit mal à tous.

— Paulo, ordonna brusquement l’évadé, redescends avec elle !

Paulo renifla. Sa figure était toute ramassée autour de son gros nez pustuleux.

— Écoute, Frank, même si elle a fait ça…

— Elle a fait ça, Paul, dit Frank, elle l’a fait.

Son expression était terrible.

— Mais non, protesta Lisa en sanglotant. Mais non, Frank, je te jure…

— Allons, venez, fit Paulo, compatissant, en la prenant aux épaules.

— Frank, murmura-t-elle, tu es devenu aussi dur et froid que les murs de ta prison.

Frank leva le poing sur elle, prêt à cogner.

— Hé ! Franky ! hurla Paulo, c’est ta femme !

— Ma femme, soupira Frank en laissant retomber son bras.

Il regarda Paulo entraîner Lisa, et il ressentit une immense navrance. 

16

Assis dans le poste de garde, le commissaire étudiait un plan du port sous le regard respectueux d’un de ses subordonnés. Son index boudiné courait le long des rues.

— Tout a été fouillé dans ce périmètre ? questionna-t-il.

— Oui, Herr commissaire, tous les docks, tous les entrepôts, tous les chantiers : le fourgon reste introuvable.

Le policier abandonna le plan pour secouer la cendre de son cigare. Il exhala une magnifique bouffée d’un bleu voluptueux.

— S’il n’est pas sorti du port et s’il n’est pas dans les bâtiments, c’est qu’il est dans l’eau ! soupira-t-il.

— Dans l’eau ! sursauta son inspecteur.

— Vous voyez une autre solution, vous ?

Il allongea le pouce de sa main droite et le pinça entre le pouce et l’index de sa main gauche.

— Première hypothèse : le fourgon a passé sans que les douaniers l’aient remarqué.

Il cueillit son deuxième doigt avec la même délicatesse.

— Deuxième hypothèse : il est dans un entrepôt et nos hommes n’ont pas su le dénicher. Troisième hypothèse : il est dans l’Elbe et il convient de le rechercher. Donnez des instructions en conséquence. 

* * * 

Marika Lost avait rendez-vous avec son ami en bordure de l’ancien bunker. Lutz faisait équipe dans un chantier de construction naval où il travaillait en qualité de soudeur. Après le travail, elle l’attendait à l’écart, en faisant des projets d’avenir. Et puis il arrivait et alors les deux amoureux s’enfonçaient dans l’ombre complice des blocs de béton, à l’abri des regards indiscrets.

Ce soir-là, la jeune fille ne se sentait pas tranquille. Des forces de police grouillaient dans le secteur et Marika se demandait la raison de cette effervescence.

La pluie tombait par intermittence. Par instants elle faisait rage, et puis brusquement elle devenait parcimonieuse. Une bourrasque brutale l’obligea à chercher refuge dans les ruines chaotiques. Certains blocs en surplomb constituaient des espèces de grottes artificielles où le couple cherchait refuge.

Marika alla s’asseoir sur une pierre. Elle guettait l’arrivée de Lutz en regardant tomber la pluie dans l’eau du chenal.

Une nappe de lumière s’étalait à la surface de l’eau. Au début, la jeune fille crut qu’il s’agissait d’un reflet. Mais soudain elle tressaillit en constatant que ce coin du port était absolument plongé dans l’ombre. La lumière, à la suite de quelque sortilège, semblait monter des profondeurs et non pas tomber dans l’eau. Marika s’approcha du chenal, le cœur battant, comme si elle s’attendait à une initiation fabuleuse. Elle poussa un cri. Le double rayon lumineux montait bel et bien du fond. Elle se pencha mais ne vit rien que ce double faisceau surnaturel. Elle prit peur et se sauva à toutes jambes. 

17

— Vous vous prenez pour quelqu’un d’intéressant, n’est-ce pas ? fit Gessler.

Comme son tourmenteur ne répondait pas, il poursuivit :

— Vous croyez être un cas, en fait vous n’êtes qu’un petit gangster qui a lu Shakespeare. Vous avez l’orgueil des hommes du milieu sans en avoir le panache. Crapule pour crapule, je préfère les vraies.

— Asseyez-vous ! ordonna Frank.

— Non, merci.

Frank le poussa. Gessler fit un pas en arrière, mais ses jambes butèrent contre la banquette et il dut s’y asseoir.

— On a encore des choses à se dire ! affirma l’évadé.

Gessler rajusta sa cravate et dit en tirant sur les plis de son pantalon :

— Tout ce que nous avions à nous dire, nous nous le sommes dit dans votre cellule avant le procès.

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