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Quelqu'un marchait sur ma tombe

Электронная книга - «Quelqu'un marchait sur ma tombe». Краткое содержание книги:

Lisa a su mobiliser et convaincre l'avocat de son amant et ses amis dans le seul but de le faire évader de la prison de Hanovre.
Franck, condamné à perpète pour le meurtre d'un flic, sera-t-il enfin libre après cinq années de détention ?
Ses amis réussiront-ils cet exploit incroyable préparé à son insu ?
Dans sa cellule Franck se pose des questions au sujet de ces cinq années… Lisa est-elle la maîtresse de son avocat ? L'a-t-elle trahi ?
Au cours d'une course contre la montre et d'un suspense à huis clos, la jalousie armera-t-elle le bras de la justice immanente ?
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— Tu as peur pour lui ?

Elle appuya son front brûlant contre les vitres.

— Nous en avons fait le complice d’un triple assassinat ; je trouve que c’est déjà beaucoup. 

* * * 

Gessler réapparut, encadré par Paulo et Freddy. Il avait la démarche menue et la mine désenchantée d’un inculpé.

— Ho ! Kamarade, appela Freddy en s’approchant de Warner, ton copain t’appelle en bas.

Warner jeta son journal et sortit.

— Ils vont préparer la grue pour l’embarquement, expliqua Freddy à Frank.

Ce dernier ne dut pas entendre. Il demanda à Lisa, tout en fixant Gessler :

— Ainsi, ton amie Madeleine t’a dit que tu avais tort d’aimer un type comme moi ?

— Oui, fit résolument la jeune femme en tournant également les yeux vers l’avocat.

— Je t’avais prévenue, au début, tu te rappelles ?

— C’est vrai, Frank, tu m’avais prévenue.

Il parut s’arracher aux charmes suaves de sa délectation morose.

— Bon, descends un moment dans l’entrepôt, Lisa ; Paulo et Freddy vont te tenir compagnie.

— Tu sais que la volaille a l’air de remuer salement, dehors ? prévint Paulo.

— Ils ont dû se mettre à tout fouiller à partir du tunnel, renchérit Freddy.

— Qu’ils fouillent ! s’emporta Frank impatienté. Vous voulez bien nous laisser, oui ?

Lisa ne bougea pas. D’un ton plaintif elle supplia :

— Frank…

— Quelques minutes seulement, répondit le jeune homme en évitant de la regarder.

Lisa eut un bref coup d’œil pour Gessler, mais l’avocat n’y prit pas garde. Lorsque Lisa et ses compagnons furent sortis, il prit une chaise et s’y assit, les jambes croisées, les mains jointes sur ses genoux.

— C’est à moi ? demanda-t-il.

— Pourquoi dites-vous ça ? bougonna Frank.

— Parce que j’ai l’habitude des instructions. C’est toujours le même mécanisme : on interroge séparément les intéressés et ensuite on les confronte. Que voulez-vous savoir ?

Frank prit place au bureau. Il prit appui sur le meuble avec les coudes et posa son menton sur ses mains.

— Vous le pensez, vous, Gessler, qu’une femme à tort d’aimer un homme comme moi ?

— Une femme n’a jamais tort d’aimer qui elle aime, assura gravement l’avocat.

— Vous estimez qu’un type comme moi peut rendre heureuse une femme comme Lisa ?

— Quelle importance cela a-t-il ? fit Gessler. Ensuite ?

La réponse ne satisfit pas Frank. Il n’aimait ni le calme de son interlocuteur ni sa voix méprisante. Il prit l’un des appareils téléphoniques posés sur le bureau et le lança de toutes ses forces à l’autre extrémité de la pièce. Le téléphone se fracassa contre un pilier de fer. Gessler ne sourcilla pas. Simplement, sa moue ironique s’accentua.

— Pourquoi êtes-vous revenu ici en prétendant que la police barrait le tunnel ?

— Pour ne pas obéir à une légitime tentation, riposta Gessler. Celle de prévenir les autorités que trois gardiens de prison étaient en train de mourir dans un fourgon immergé.

— C’est tout ?

— J’avais également besoin de m’assurer que tout se passerait bien jusqu’à l’arrivée de votre bateau.

— C’est très paradoxal, tout ça, dit Frank avec un sourire fielleux. Vous êtes revenu à cause d’elle, tout simplement. Vrai ou faux ?

— C’est vrai, reconnu Gessler.

— Vous l’aimez ?

L’avocat n’hésita pas une seconde.

— Je l’aime.

La simplicité de l’aveu déconcerta un peu l’évadé. Il se tut. Il était très calme.

— Depuis longtemps ? poursuivit-il timidement.

— Je ne sais pas.

Frank eut un hochement de tête mélancolique.

— Mon père était architecte, dit-il après un silence. Le jeudi, il lui arrivait de m’emmener avec lui lorsqu’il allait visiter ses chantiers. Il me laissait dans l’auto et je m’ennuyais. Alors, pour tromper le temps, je comptais. Je faisais des paris avec moi-même. Je me disais par exemple : « À deux cent cinquante, il sera de retour. » Une fois, j’ai compté jusqu’à six cent trente. Vous ne me croyez pas ?

Gessler eut un geste évasif. Cette tirade qui n’était pas en situation l’intriguait.

— Une autre fois, poursuivit Frank, je me suis endormi à trois mille. Papa était mort d’une embolie en discutant avec ses entrepreneurs et, dans la confusion on m’avait oublié dans la voiture. Voyez-vous, cher maître, c’est depuis ce temps-là que j’ai horreur des chiffres. Intéressant, non ?

Il parut sortir d’un profond sommeil et jeta à son avocat le regard égaré d’un homme qu’on vient de réveiller en sursaut.

— Eh bien, fit-il, vous vouliez des détails sur ma jeunesse…

— Ça n’est peut-être plus le moment, objecta Gessler.

— Mais si, puisque nous allons nous quitter. Des souvenirs de jeunesse, Gessler, c’est toujours le moment de les évoquer. La durée humaine n’est que de vingt ans ; le reste… c’est des souvenirs. Je voudrais que vous sachiez une chose : je ne suis pas, comme vous pourriez le croire, un fils de famille qui a mal tourné. Ma vie, je l’ai voulue telle qu’elle est : facile et dangereuse. Seulement, pour comprendre ça… Pour comprendre ça, il faut être Lisa.

— Je me suis toujours demandé comment vous vous êtes connus, murmura Gessler.

— Elle ne vous l’a donc pas dit ! s’étonna Frank. De quoi parliez-vous donc alors ?

Il promena sa langue sur ses lèvres sèches.

Il avait soif. Pourquoi personne n’avait-il songé à lui amener à boire ?

— Un jour, j’ai fait un hold-up chez un courtier en bourse dont elle était la secrétaire. Tout s’était bien passé. Et puis voilà que deux semaines plus tard je me trouve dans un restaurant face à Lisa : le hasard… J’ai tout de suite vu qu’elle me reconnaissait. Au lieu de disparaître, je lui ai expliqué comment j’avais organisé ce coup de main et, avant de la quitter, je lui ai donné mon nom et mon adresse en me demandant ce qu’elle allait faire. Eh bien ! ce n’est pas la police qui est venue chez moi : c’est elle ! Romantique, non ?

— Très, convint Gessler.

— Oui, un Allemand doit très bien comprendre ça, surtout s’il est amoureux de Lisa. Et vous ?

— Pardon ! sursauta Gessler.

— Et vous, ça s’est fait comment avec Lisa ?

L’avocat secoua la tête.

— Que voulez-vous dire ?

— Comment est-elle devenue votre maîtresse ?

— Lisa n’est pas ma maîtresse.

— Elle me l’a dit, mentit l’évadé en soutenant le regard de son interlocuteur.

— Elle n’a pas pu vous dire ça !

— Vous voulez que je le lui fasse répéter devant vous ?

— Ça m’intéresserait.

Frank se leva et, d’un pas déterminé, gagna la porte de l’entrepôt.

— Paulo ! appela-t-il.

Il y eut un silence. Frank eut peur et crut que Lisa s’était enfuie. Il sortit pour regarder en bas. Il vit deux policiers dans l’entrepôt. Baum et Warner parlementaient avec eux. Paulo et Freddy faisaient mine de coltiner des caisses. Les deux flics levèrent les yeux et l’aperçurent. Frank ne perdait jamais son sang-froid. Il constata avec satisfaction que ces cinq ans de détention ne lui avaient pas émoussé les nerfs. Au lieu de battre en retraite, il s’accouda à la rampe pour regarder les policiers. Ceux-ci se désintéressèrent de lui et ne tardèrent pas à s’en aller. Paulo gravit l’escalier, s’arrêtant toutes les deux marches pour souffler.

— J’ai mouillé ma flanelle, dit-il. Figure-toi que messieurs les chevaliers teutoniques visitent tous les docks à la recherche du fourgon.

— S’ils le cherchent, c’est qu’ils ne l’ont pas trouvé, résuma Frank. Tant qu’ils ne l’auront pas trouvé, nous aurons la paix. Tiens compagnie à Gessler un moment, il faut que je parle à Lisa.

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