Quelqu'un marchait sur ma tombe
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1963
- Язык: французский
- Год: Fleuve noir
- ISBN: 978-2265056541
- Жанр: Криминальные детективы
Электронная книга - «Quelqu'un marchait sur ma tombe». Краткое содержание книги:
Franck, condamné à perpète pour le meurtre d'un flic, sera-t-il enfin libre après cinq années de détention ?
Ses amis réussiront-ils cet exploit incroyable préparé à son insu ?
Dans sa cellule Franck se pose des questions au sujet de ces cinq années… Lisa est-elle la maîtresse de son avocat ? L'a-t-elle trahi ?
Au cours d'une course contre la montre et d'un suspense à huis clos, la jalousie armera-t-elle le bras de la justice immanente ?
L’inspecteur bondit.
— Il y a du louche dans cette affaire, déclara-t-il.
Il composa le numéro de son commissariat et demanda à parler à son chef. Il était sept heures moins dix et la pluie s’était remise à tomber.
11
Freddy avait achevé de déballer le billard. Il le considéra avec un ravissement d’enfant.
— Mince, mais c’est un billard ! exulta-t-il.
— À la forme, t’aurais pu t’en douter si tu avais été un poil moins truffe ! fit Paulo.
Freddy déroulait fiévreusement le fil de l’appareil.
— Il y a une prise électrique par ici ?
Il fureta un instant le long du mur et découvrit deux prises dont l’une hébergeait la fiche du réflecteur de bureau.
Assis sur le bureau, le dos calé contre la valise vide, Frank étudiait Gessler du coin de l’œil. L’immobilité de l’avocat, son air lointain et indifférent le troublaient. Il avait l’impression qu’il lui était arrivé quelque chose pendant sa brève absence.
— Vous savez que j’ai été un excellent élève, reprit-il. J’enlevais tous les prix de français.
Lisa s’était retirée devant la verrière et regardait le port illuminé avec un peu de tristesse. Elle préférait laisser Frank à ses marottes. Sa liberté l’étourdissait un peu. Elle comprenait.
Gessler sortit la clé de contact de sa voiture et se mit à la faire tourniquer au bout de la chaînette du porte-clés.
— Lorsque je préparais votre défense, dit-il, je vous ai questionné sur votre jeunesse. Elle m’aurait fourni des arguments. Mais vous n’avez rien voulu me dire, non plus qu’au tribunal.
Frank réfléchit. Une moue amère déforma sa bouche.
— Ma jeunesse, soupira-t-il, je n’avais pas envie de la raconter à des bonshommes qui coiffaient un casque d’écoute chaque fois que j’ouvrais la bouche.
— Je comprends, dit Gessler.
Au fond de la pièce, Freddy martyrisait son billard flambant neuf dont les lampes ne s’éclairaient pas.
— T’as de la monnaie allemande, Paulo ? demanda-t-il.
— Non, fit l’interpellé après avoir fouillé ses poches, j’ai que des gros talbins, because ?
— Faut que je donne à bouffer à ce billard.
Il se pencha pour lire la plaque de cuivre vissée au-dessus du déclencheur.
— Qui est-ce qui peut me refiler une pièce d’un pfennig ? implora Freddy.
Baum sortit une pièce de sa poche et s’avança. Il l’introduisit dans l’appareil et le billard s’illumina et se mit à crépiter comme un feu de joie. Baum se mit à jouer sans s’occuper de Freddy.
— Eh bien, te gêne pas ; fais tes besoins, mon gars ! vociféra ce dernier. Tu parles d’un sans-gêne !
Paulo rit de sa mine déconfite.
— Ben quoi, fit-il, après tout c’est son pognon qui marche, non ? T’as qu’à prendre un autre billard, c’est pas ce qui manque !
En ronchonnant, Freddy suivit le conseil de son ami.
— Tu crois que j’ai le temps d’en faire une ? demanda-t-il.
— Tu as le temps, affirma Paulo.
— Quelle heure t’as dit qu’il était ?
— Tout à l’heure j’ai dit qu’il était moins le quart, mais maintenant il est moins cinq…
Lisa, qui les écoutait distraitement en examinant les faits et gestes de Frank, questionna :
— Il met combien de temps pour aller à Copenhague, ce bateau ?
— La nuit, renseigna Gessler. Vous y serez demain matin.
Elle essaya d’imaginer Copenhague en faisant appel à des souvenirs de photos de revues. Mais elle n’obtint rien de valable.
— Et après Copenhague, Frank ? murmura-t-elle.
— Tu n’as pas prévu plus loin ? s’étonna le garçon.
Elle lui sourit tendrement.
— Je te connais trop bien. Je savais qu’une fois qu’on t’aurait enlevé tes menottes c’est toi qui déciderais…
Il secoua la tête misérablement.
— J’ai également perdu l’habitude de décider !
— Nous pourrions aller à Londres ? suggéra la jeune femme. Tu as ton ami Billy, là-bas.
— Je ne me suis pas évadé de prison pour aller dans une île, ricana Frank.
Il regarda la pluie sur les vitres. Elle tombait dru. On entendait ronfler une gouttière au bord du toit. Des silhouettes noires et brillantes se déplaçaient le long des quais, dans la lumière froide des lampadaires. Aucune agitation insolite. Le quartier semblait étrangement calme. Si calme que Frank en fut incommodé. Il retourna au poste de radio et se mit à tourner le bouton. Il rit triste.
— Au cinéma, des types dans notre situation trouvent immédiatement le bulletin d’information qui les concerne !
Il vit Freddy immobile près de lui, avec un visage implorant. Frank le désigna à l’avocat.
— Pour l’amour du ciel, maître, si vous avez une pièce d’un pfennig, donnez-la à Freddy !
Gessler fouilla son gousset et tendit à l’intéressé la pièce souhaitée.
— Dis merci ! tonna Frank, comme l’autre s’éloignait sans mot dire.
Freddy lança sans se retourner un « merci » qui ressemblait à un aboiement. Frank poussa un siège contre celui de Gessler et s’assit aux côtés de son avocat. On eût dit deux voyageurs dans un autobus.
— Il va faire « tilt » chuchota-t-il en clignant de l’œil. Freddy fait toujours « tilt » car il triche. Tricher lorsqu’on joue seul, c’est raffiné, vous ne trouvez pas ?
Gessler resta muet. Alors Frank se pencha sur lui et cria avec une violence fulgurante :
— Vous ne trouvez pas ?
Les autres se retournèrent et on entendit errer une bille d’acier sur le circuit d’un des billards. Au passage, bien qu’elle ne fût pas dirigée par les « flippers », elle butait contre des plots qui accusaient le choc en ronflant.
— Frank ! implora Lisa.
Elle s’approcha de lui à pas prudents.
— On dirait…
Elle se tut. Avec Frank il fallait peser ses mots. Parfois, sans objet, il piquait des colères terribles qui effrayaient son entourage.
— J’écoute ! dit-il sèchement.
Lisa rassembla son courage.
— On dirait que tu es malheureux.
Freddy reprit sa partie de billard. Il soulevait l’appareil imperceptiblement et lui administrait des coups de genou pour rectifier le circuit de la bille lorsqu’elle échappait à son contrôle. Il était un spectacle à lui tout seul et les deux Allemands, émerveillés, se mirent à le regarder opérer en poussant des exclamations ravies.
— Tu es malheureux ? insista Lisa.
Frank lui passa la main dans les cheveux, doucement, tendrement.
— Ce sont ces cinq années qui ont du mal à passer, Lisa.
Il suivit du bout de l’index les traits délicats de son amie. Elle avait une peau dont la douceur l’émerveillait.
— Tout à l’heure, reprit-il, je te disais que tu ressemblais à ce que j’imaginais. Mais ce que je ne t’ai pas dit, c’est qu’un jour, Lisa, un jour je me suis mis à t’imaginer avec cinq ans de plus. Le rajustement s’est opéré tout seul, le temps de faire ça…
Il fit claquer ses doigts et tarda à abaisser son bras.
— Tu sais, dans certains vieux films rafistolés il y a des sautes d’images. Tu regardes un personnage amorcer un geste, et tac, le geste est terminé sans avoir été fait. Toi, tu as vieilli de cinq ans ici !
Il se frappa le front.
— Tu as vieilli de cinq ans en une fraction de seconde. Tu saisis ?
Lisa avait deux larmes au bord des cils. Elle essayait de les contenir, mais on ne contient pas des larmes.
— Oui, Frank, balbutia-t-elle, je comprends.
— Et moi, j’ai terriblement changé, n’est-ce pas ?