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Quelqu'un marchait sur ma tombe

Электронная книга - «Quelqu'un marchait sur ma tombe». Краткое содержание книги:

Lisa a su mobiliser et convaincre l'avocat de son amant et ses amis dans le seul but de le faire évader de la prison de Hanovre.
Franck, condamné à perpète pour le meurtre d'un flic, sera-t-il enfin libre après cinq années de détention ?
Ses amis réussiront-ils cet exploit incroyable préparé à son insu ?
Dans sa cellule Franck se pose des questions au sujet de ces cinq années… Lisa est-elle la maîtresse de son avocat ? L'a-t-elle trahi ?
Au cours d'une course contre la montre et d'un suspense à huis clos, la jalousie armera-t-elle le bras de la justice immanente ?
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— Mais oui, descendons.

Avant de passer le seuil du bureau, Gessler se retourna. Un instant, Lisa crut qu’il allait s’insurger, mais l’avocat voûta ses épaules et disparut.

Warner abaissa son journal. Il était intrigué par cette triple sortie. Il interpella Paulo.

— Qu’est-ce qu’il veut ? questionna ce dernier.

— Il demande où vous allez, traduisit mornement Lisa.

Paulo renifla.

— On va pisser, mon pote ! fit-il avant de disparaître.

Sa voix enjouée rassura Warner qui se remit à lire. Frank regardait Lisa sans rien dire.

— Qu’est-ce qui te prend, Frank ? insista la jeune femme.

La peur revenait en elle, sournoise et glacée. Elle avait de petits frissons.

Frank montra la porte que les trois hommes venaient d’emprunter.

— Vous en êtes où, toi et lui ?

— Qu’est-ce que tu racontes !

Elle dut s’asseoir, car ses jambes lui manquaient. Elle vit, comme dans un rêve, Frank s’approcher d’elle, les mains dans les poches, souriant et dégagé. Il s’inclina et l’embrassa en lui mordillant très légèrement la lèvre inférieure. Il goûta la peur de Lisa.

— N’aie pas peur, essaya-t-il de la rassurer, mais il faut que je sache, comprends-tu ?

— Il n’y a rien à savoir, Frank, protesta Lisa.

— Allons donc !

— Mais non, je te jure.

Il l’embrassa de nouveau. Le baiser était inquiétant.

— Je t’embrasse pour t’empêcher de mentir, annonça Frank en clignant de l’œil.

— Tu es fou !

Il resta penché sur elle et, par jeu, frotta le bout de son nez contre celui de sa maîtresse. Autrefois, il avait l’habitude de la réveiller ainsi. Elle ouvrait les yeux, déjà grisée par sa chaleur et son odeur d’homme. Elle sortait ses bras de sous les couvertures pour les refermer sur le torse nu de son amant. Oui, autrefois…

— Le mieux, dit-il, c’est de commencer par le commencement. Tu verras comme ça va être facile.

— Mais, Frank, je ne comprends pas…

— On m’arrête à Hambourg, récita le garçon de son ton uni et presque joyeux. On m’arrête avec mon chargement de drogue et mon revolver fumant. Toi, pendant ce temps, chérie, tu es à Paris…

Il se tut, battit des paupières avec lassitude, et soupira :

— Allez continue, je t’écoute !

Lisa se dressa.

— Non, Frank ! dit-elle avec véhémence ; non, je ne marche pas. Tu n’as pas le droit d’être injuste à ce point. Depuis quelques minutes tu es libre. Libre, Frank ! Et au lieu de savourer ta liberté retrouvée, tu veux savoir ce que j’ai fait de la mienne. C’est…

Elle chercha un mot. Un mot précis, mais qui ne le choquât pas.

— C’est déshonorant, lâcha-t-elle en soutenant le regard clair de son amant.

Frank conserva son terrible sourire.

— On m’arrête à Hambourg, reprit-il ; toi tu es à Paris… Allez, commence, voyons !

Lisa se sentit ravagée par cette volonté implacable.

— Mais qu’est-ce que tu veux que je te dise ! Je t’ai écrit toute ma vie, au jour le jour, pendant ces cinq années ! Que te faut-il de plus ?

— Quand tu m’écrivais, je n’étais pas en face de toi pour t’empêcher de mentir !

Il lui donna une bourrade qui se voulait affectueuse, mais qui cependant fit mal à Lisa.

— Allez, mon chou, raconte !

Lisa joignit les mains. Un grand vide se creusait en elle. Elle ne savait comment réagir. S’insurger ou se soumettre ? Le calmer par la douceur ou par la violence ?

— Dans une demi-heure, soupira-t-elle, le bateau va venir nous prendre et il nous mènera vers le salut.

D’un geste doux elle lui caressa la nuque. Il ploya la tête pour se dégager, mais Lisa accentua sa pression.

— Nous dormirons ensemble, continua Lisa, comme en état d’hypnose, l’un contre l’autre, comme deux bêtes. Et demain, quand le jour sera revenu, Frank, quand il sera revenu…

Son regard errait sur la verrière obscure. L’émotion lui nouait la gorge. Baum, qui s’était réveillé, s’approcha d’eux et les considéra avec amusement. Il murmura quelque chose. Lisa hocha la tête et demanda à Frank :

— Tu sais ce qu’il vient de dire ?

Frank secoua négativement la tête.

— Il dit que lorsqu’une femme passe sa main, comme cela, sur la nuque d’un homme, ça signifie qu’elle l’aime.

Frank prit la main de Lisa et l’écarta délibérément en toisant l’Allemand.

— Est-ce que tu vas parler, bon Dieu ! explosa l’évadé. N’essaie pas de noyer le poisson, ça ne prend pas.

— Parler !

Elle était au bord des larmes…

— Parler pour te dire quoi, Frank ?

— Tout ! On a le temps ! répondit-il.

Il était inexorable comme les aiguilles d’une horloge.

Toi, tu es à Paris pendant qu’on m’arrête à Hambourg… Je t’en prie, je t’en supplie, continue.

Il l’attira contre lui et appuya son front contre le front de Lisa.

— Pauvre chère Lisa, balbutia-t-il, sincère. Comme je te tourmente, hein ? Attends, je vais t’aider… Qui est-ce qui t’a appris la nouvelle ?

— Paulo, fit Lisa d’une voix morte.

— Comment ?

— Par téléphone.

— Qu’est-ce que tu as ressenti, alors ?

Elle redressa la tête pour le regarder.

— J’ai eu froid.

— Et puis ?

— Seulement froid.

— Qu’est-ce que tu as fait ?

— J’ai téléphoné à Madeleine dont le mari est avocat.

— Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?

Lisa eut un triste sourire. Et ce fut avec un rien de méchanceté qu’elle répondit, sans broncher :

— Elle m’a dit que j’étais folle d’aimer un homme comme toi.

Il ne réagit pas, n’eut même pas une moue ironique. Son visage glacé était pareil à un masque.

— Et son mari ? Que t’a-t-il dit, lui ?

— Que la peine de mort n’existait plus en Allemagne.

Lisa marque un léger temps et soupira :

— C’a été ma première joie.

— C’est lui qui t’a adressée à Gessler ?

— Il m’a rappelée un peu plus tard. Dans l’intervalle il s’était renseigné : Gessler passait pour être le meilleur avocat d’Assises de Hambourg. Je lui ai câblé tout de suite.

— Et puis ?

— J’ai pris l’avion.

— Et puis ?

Les questions de Frank faisaient penser au tic-tac d’un métronome. Elles rythmaient le drame, froidement, mécaniquement.

— J’ai rencontré Gessler. Je lui ai dit qu’il fallait te sauver à n’importe quel prix.

— Et il t’a répondu quoi, le cher homme ?

— Qu’on ne sauve pas un homme qui a abattu un flic ; dans aucun pays.

— C’est bourgeois chez lui ? demanda Frank tout de go.

Elle fut étonnée.

— Pourquoi ?

— Et bourgeois allemand, hein ? ricana Frank. Ça doit peser une tonne, je vois ça d’ici !

Baum, qui les contemplait toujours, s’adressa à Lisa. Il paraissait troublé.

— Qu’est-ce qu’il veut ? s’impatienta Frank.

— Il demande pourquoi tu ne m’embrasses pas comme les Français.

— Quel c… ! fit le jeune homme.

Il saisit brutalement la tête de Lisa dans ses deux mains et pour la première fois depuis leurs retrouvailles, lui donna un baiser long et passionné. Baum se mit à jubiler. Il fit claquer ses doigts pour requérir l’attention de Warner et lui désigna le couple. Warner abaissa son journal. Les deux hommes regardèrent en silence, émerveillés. Le baiser cessa. Frank donna une caresse à la joue de Lisa.

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