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Quelqu'un marchait sur ma tombe

Электронная книга - «Quelqu'un marchait sur ma tombe». Краткое содержание книги:

Lisa a su mobiliser et convaincre l'avocat de son amant et ses amis dans le seul but de le faire évader de la prison de Hanovre.
Franck, condamné à perpète pour le meurtre d'un flic, sera-t-il enfin libre après cinq années de détention ?
Ses amis réussiront-ils cet exploit incroyable préparé à son insu ?
Dans sa cellule Franck se pose des questions au sujet de ces cinq années… Lisa est-elle la maîtresse de son avocat ? L'a-t-elle trahi ?
Au cours d'une course contre la montre et d'un suspense à huis clos, la jalousie armera-t-elle le bras de la justice immanente ?
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Qu’est-ce que c’est que ces téléphones ? demanda Paulo en considérant le troupeau d’appareils posés sur le plancher.

— C’est pour l’exportation, expliqua Freddy. Si t’en veux un c’est le moment. Ils sont costauds, les Allemands ça parle fort !

Frank s’écarta du billard et se mit à arpenter la pièce à longues enjambées. Lisa ne le quittait pas des yeux. Elle était inquiète. Elle se demandait ce que Paulo venait de révéler à Frank. Elle se disait que ce devait être une chose grave.  

12

Le commissaire raccrocha d’un geste sec et regarda ses inspecteurs en fronçant les sourcils. C’était un gros homme pâle et blond, au visage ingrat.

— Le fourgon cellulaire n’avait aucune escorte en quittant le pénitencier, fit-il. Il y a du louche là-dessous.

— Qu’est-ce qu’on fait ? demanda l’inspecteur qui s’était rendu au tunnel pour l’affaire des motos abandonnées.

— Le directeur du pénitencier d’Altona téléphone à la prison de Lünburg pour savoir si le prisonnier est arrivé.

Il consulta la pendulette de marbre posée sur son bureau.

— Ce fourgon a quitté le pénitencier à six heures environ. Il devrait être arrivé.

Il prit un énorme cigare dans une boîte ouverte devant lui. Au moyen d’un petit appareil chromé, il sectionna l’extrémité la plus pointue et, avec une application de chirurgien, il vrilla une moitié d’allumette dans le cigare.

Ses subordonnés le regardaient agir avec le plus profond respect. Le commissaire était un homme exigeant dont le calme inhumain glaçait tous ceux qui l’approchaient.

Il chauffa le cigare à la flamme d’une seconde allumette — un peu comme on brûle une volaille —, l’alluma et se mit à le téter avec délice. Comme il expulsait sa première bouffée, le téléphone sonna.

Il bloqua l’énorme cigare dans le coin de sa bouche et répondit.

La conversation fut extrêmement brève. Lorsqu’il raccrocha il déclara à ses hommes attentifs :

— Le fourgon cellulaire n’est pas arrivé. Ça n’est pas encore alarmant, mais c’est déjà troublant.

Il regarda l’heure. Sa pendule marquait sept heures moins deux.

— Il y a des encombrements en fin de journée, souligna l’un des inspecteurs.

— C’est vrai, reconnut le commissaire. Mais ma conviction est établie…

Ses dents se crispèrent sur l’allumette fichée dans le cigare.

— Il s’est passé quelque chose dans cet ascenseur, affirma-t-il paisiblement. Vous allez suivre ce fourgon à la trace à partir de l’Elbtunnel. Prenez tous les hommes disponibles et mettez-vous immédiatement en chasse.

— Vous croyez qu’il s’agit d’une évasion, herr commissaire ? demanda un inspecteur.

— Oui, je le crois, répondit le commissaire. Le prisonnier transporté est un gangster français très dangereux. Il est condamné à la détention à vie pour avoir descendu un flic de Hambourg.

Il sortit son cigare de sa bouche et le secoua doucement au-dessus de son cendrier.

— S’il s’est échappé, on le retrouvera. Et alors on s’arrangera pour ne pas lui faire de cadeau. Rompez ! 

13

Frank sortit son faux passeport de sa poche et se mit à le feuilleter en le tenant près de ses yeux, comme le font les myopes.

— Au fait, où suis-je né ? demanda-t-il en plaisantant.

Lisa sortit de son imperméable un étui noir et le lui tendit.

— C’est vrai, dit-elle, je ne pensais pas à te les donner.

Frank reconnut l’objet et fut attendri.

— Ah ! tu y as pensé !

Il sortit des lunettes de l’étui. Des lunettes de grand-mère, à monture de fer. Il en chaussa son nez et se mit à regarder autour de lui pour « les essayer ». Ces archaïques bésicles lui donnait un petit air doctoral. Il faisait — songea Lisa — philosophe russe. Il avait soudain le visage déterminé et inquiétant de ces intellectuels qui lançaient généreusement des bombes et des idées avant la guerre de 14.

— C’est gentil d’y avoir pensé, Lisa, remercia le garçon. Ça fait du bien, tu sais…

Il l’embrassa et retourna s’asseoir auprès de Gessler. Il étudia le passeport, mais en le tenant cette fois éloigné de lui.

— Ma vue va mieux, remarqua Frank.

Il lut la fiche signalétique du document.

— Beaucoup mieux.

Et, s’adressant à Gessler.

— En général, dit-il, le temps ne fait qu’accroître nos maux. Il n’arrange que la myopie.

Il ferma le passeport d’un geste sec et le fourra dans sa poche.

— Monsieur Gessler, attaqua-t-il avec brusquerie, pourquoi nous avez-vous raconté cette histoire de barrage, tout à l’heure ? Paulo vient d’aller voir : tout est calme, dehors.

Son âpreté fit sursauter Lisa. Freddy s’approcha, le visage déformé par une lippe mauvaise. Il tenait un appareil téléphonique à chaque main.

— Tout est très calme, renchérit Paulo, lequel se tenait adossé à un pilier de fer, tout près de l’avocat.

Il y eut une période interminable de silence. Warner lisait le journal dont les bandes dessinées intéressaient Paulo avant la venue de Frank. Baum somnolait dans le fauteuil pivotant. Les deux Allemands n’avaient aucunement conscience de la brusque tension qui venait de se produire.

— C’est pas gentil de nous faire peur, grinça Freddy en se penchant sur l’avocat.

Gessler, débordé, se dressa, par réaction. Son expression maussade avait disparu. D’un geste lent, il écarta Freddy qui lui barrait le chemin. Lisa, Frank et Paulo ne le perdaient pas de vue. Lisa sentait battre son cœur à grands coups désordonnés.

— Je sais bien que ça peut vous paraître surprenant, soupira l’avocat ; mais je n’ai pas eu le courage de partir.

— C’est plutôt pour rester qu’il faut du courage, affirma l’évadé. Un sacré courage, même !

Warner tourna les pages de son journal et se mit à fredonner une chanson. Baum dormait ferme en ronflant par moments.

— Paulo, Freddy ! appela Frank.

Les intéressés se rapprochèrent.

— Voulez-vous descendre un instant dans l’entrepôt avec monsieur Gessler !

Frank avait parlé lentement, sans hargne, d’un ton absolument neutre, mais ils ne s’y trompèrent pas. Son regard fixe trahissait la confusion de ses pensées.

Freddy lâcha simultanément les deux appareils téléphoniques. Ceux-ci tombèrent comme des poires mûres et restèrent plantés de chaque côté de sa personne.

— Frank, bredouilla Lisa, qu’est-ce que ça signifie ?

— Je vais te le dire, j’attends seulement que Me Gessler soit descendu.

— Je ne comprends pas, dit Gessler.

— Moi non plus, riposta Frank, mais nous allons essayer de comprendre. Quelle heure est-il, Paulo ?

— Sept heures pile ! annonça Paulo.

Comme il disait ces mots, un clocher se mit à égrener des coups espacés quelque part, de l’autre côté du fleuve. Paulo leva le doigt pour requérir l’attention de son ami.

— Tu te rends compte si on s’entend bien avec l’Allemagne maintenant ? plaisanta-t-il lugubrement. Même nos horloges sont d’accord !

Frank eut un geste brusque de la main pour leur intimer l’ordre d’emmener Gessler.

Freddy posa sans brutalité sa main sur l’épaule de l’avocat. Il le poussa vers la porte de l’entrepôt en chuchotant d’un air équivoque :

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