Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Le retour de Münchhausen - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le retour de Münchhausen

Электронная книга - «Le retour de Münchhausen». Краткое содержание книги:

Downloaded from z-lib.org
1 ... 13 14 15 16 17 18 19 20 21 ... 38
Перейти на страницу:

7

Baguenaudant de pensée en pensée, frappant à tous les fronts savants, je ne prêtais pas attention à ce qui se passait quelques pieds plus bas. L’expression : avoir un chat dans la gorge mérite un léger correctif. Car tous les chats de Russie avaient depuis beau temps été avalés et, lorsqu’on tenta de biffer d’un trait la question de la famine, elle demeura, râlant furieusement en travers de tous les gosiers, menaçant, si on ne livrait pas de pain, de dévorer la révolution. Je suis philanthrope de nature, les noms de Howard et de Haas23 me font venir les larmes aux yeux ; je résolus donc d’aider de toutes mes forces ce malheureux pays brûlé par le soleil et les incendies : j’envoyai un télégramme chiffré et, bientôt, plusieurs trains arrivèrent d’Europe, chargés de brosses à dents. Imaginez, ladies and gentlemen, avec quels sentiments la population des provinces affamées accueillit ces convois. Ce premier succès redoubla mes forces. Les points de ravitaillement organisés par le gouvernement des Soviets ne pouvaient combattre le fléau de la faim ; certes, ils délivraient gratuitement à chacun une graine de pavot, afin que nul ne pût prétendre qu’il n’avait rien à se mettre sous la dent. Cela prévenait les protestations mais laissait les estomacs vides. Je proposai d’abord de recourir à la technique des attrapeurs de rats. Tous furent mobilisés. Chaque point de ravitaillement eut bientôt son joueur de flûte qui, faisant la tournée des maisons, délogea les rongeurs de sous les planchers et des caves. Guidée par la mélodie, la nourriture, en longue procession, queue à nez, nez à queue, allait d’elle-même à la marmite.

Des médecins hypnotiseurs furent également de la partie : l’affamé était installé sur une chaise de contention, et les médecins, effectuant quelques passes au-dessus de sa tête, répétaient : « Je n’ai pas devant moi un cendrier plein de mégots, j’ai une assiette de soupe aux quenelles. Mangez. Voilà… comme ça… Vous n’avez plus faim, à présent. Essuyez-vous la bouche avec cette serviette. Suivant ! »

Le système le plus répandu était toutefois celui des fameux « Ravitomünch », créés sur ma suggestion (pour préserver mon incognito, force me fut d’alléguer une référence littéraire). L’équipement des « Ravitomünch » était des plus simples : il se composait d’une longue ficelle, tandis que les réserves alimentaires consistaient en un minuscule bout de lard, suffisant pour un nombre infini de… couverts, dirais-je, dans la mesure où les distributions de nourriture s’effectuaient quelque peu à couvert*. À l’heure du repas, les gens formaient la file, le visage tourné vers l’homme chargé de la distribution. Ce dernier attachait le lard à la ficelle, le faisait avaler à la première bouche, puis, si vous vous rappelez mes canards… eh bien, on procédait de la même façon. Quand la file était trop longue, on ajoutait un bout de ficelle supplémentaire, et ainsi de suite. Je renvoie ceux que la question intéresserait au guide pratique de mise en place des « Ravitomünch », paru à des centaines de milliers d’exemplaires sous le titre : Tout fait ventre. À propos, les gens ayant ainsi déjeuné ne se quittaient pas aussitôt la dernière bouchée avalée : le second suivait le premier, le troisième – volens nolens – le second. Ainsi les cortèges solennels, si répandus là-bas en dehors même de la famine, entrèrent-ils dans les mœurs, et des expressions courantes telles que « renforcer les liens », « avaler la même ficelle », « à la queue-leu-leu » ne sont, de mon point de vue, que réminiscences de l’époque des « Ravitomünch ».

Tandis que je me livrais à mes observations et déambulais à travers pensées et projets, chargeant mes carnets, tandis que je poussais l’opinion publique à aller de l’avant et luttais contre le fléau de la faim, le temps tirait sa propre ficelle, attachant les jours aux jours et les mois aux mois. Imitant les éphémérides, les arbres des boulevards moscovites commencèrent à perdre leurs feuilles. « Assouvir la faim du corps, songeais-je, n’est qu’une partie de la tâche, l’autre consiste à éveiller celle de l’âme. » Je suis un incorrigible vieil idéaliste, mes longues conversations avec Hegel ont laissé sur moi leur empreinte et tout autant, je pense, sur lui : la liberté, l’immortalité, Dieu, tels sont les trois pieds du fauteuil dans lequel je suis tranquillement as… Pardon, je veux simplement dire que les matérialistes ne l’emportent au bout du compte que parce qu’ils sont… des idéalistes de leur matérialisme. Le fameux balai de la révolution, qui empoussière plus qu’il ne balaie, avait bien essayé de débarrasser la maison Russie des idéalistes ; cependant, il allait de soi, estimais-je, que bon nombre de ces balayures n’en avaient pas franchi le seuil, y compris parmi les phares de l’esprit. Il fallait jeter un coup d’œil dans les coins, au moins une fois. Le hasard me vint en aide. Alors que je traversais le marché où mendiants et marchands tendaient à qui mieux mieux leurs mains et marchandises, mon regard tomba sur une dame fort digne, qui proposait un tisonnier. Le tisonnier et la dame se tenaient mêmement debout, adossés à un mur, attendant manifestement depuis longtemps, et avec lassitude, un acheteur. Je m’approchai et levai mon chapeau :

— Pour atteindre les braises de ma cheminée, madame, il me faut un tisonnier de mille kilomètres. Je crains que le vôtre ne fasse pas l’affaire.

— Certes, mais avec le mien on peut tuer les souris, rétorqua la femme, inquiète.

Je lui payai sans barguigner ce qu’elle me réclamait et fourrai le tisonnier sous mon bras : dans la poignée de bois pointant de sous mon coude, étaient sculptées les armoiries d’un comte. Je tournai les talons, prêt à m’éloigner, quand la comtesse me retint :

— Je me tourmente à l’idée que mon tisonnier soit malgré tout un peu court pour ce que vous recherchez…

— En effet : de 999,999 kilomètres.

— C’est navrant. Mais je puis peut-être vous dédommager, en vous présentant un homme qui voit à mille verstes et mille ans en avance.

Je lui fis part de mon intérêt pour sa proposition. C’est ainsi qu’un des « coins » évoqués ci-avant s’entrouvrit à mon regard. Ce qui s’entrouvrit, à proprement parler, ce fut la porte grinçante d’une chambre où, en place de papiers peints, les murs s’ornaient de taches d’humidité et de traces de punaises. Par la porte béante du poêle, pointaient des brandons incandescents d’arbre généalogique. Un homme maussade, que mon aimable hôtesse me présenta comme un auteur assez connu d’ouvrages sur les destinées proches de la Russie, demeura longtemps assis, les yeux rivés à l’extrémité de ses bottes24. Voyant mon impatience, mon hôtesse tenta de détourner le regard du visionnaire du bout de ses chaussures vers les fins de l’univers. L’homme tordit les lèvres mais pas un son n’en sortit. Mon hôtesse et moi échangeâmes un coup d’œil, puis elle changea de sujet :

— Vous aurez noté, sans doute, que les corneilles du boulevard de Tver ne crient plus « croa, croa », mais « hourra ». Qu’est-ce que cela peut signifier ?

— Rien du tout, grogna le visionnaire dont le regard passa des bottes aux brandons pointant du poêle.

La comtesse m’adressa un signe : cela va venir. Et en effet :

1 ... 13 14 15 16 17 18 19 20 21 ... 38
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)