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Le retour de Münchhausen

Электронная книга - «Le retour de Münchhausen». Краткое содержание книги:

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— Étranger ?

— Oui.

— Curieux ?

— Aussi.

— Dans ce cas (il pointa le doigt vers la calvitie qui nous rejoignait en courant), dites aux vôtres que la science rouge va de l’avant.

Puis, virant vers l’entrée de l’immeuble, il m’invita du geste à le suivre. Nous prîmes un escalier et montâmes jusqu’à un bureau doté de treize téléphones. Laissant courir ses lèvres sur les membranes des appareils, comme s’il eût été joueur de flûte, mon hôte me désigna un fauteuil et je pris place en face de lui. Je n’osais pas poser de questions mais il apparaissait d’emblée que j’avais affaire à un personnage important. Mon interlocuteur n’était pas très disert, à toute autre chose il préférait le point d’interrogation, parlait sans incises ni subordonnées. Il avançait ses questions comme on dispose seaux et cuvettes sous les fissures d’un plafond à l’approche de la pluie, et attendait. Je n’avais pas le choix : je lui fis part de cette impression de misère, de disette et de pénurie qui donnait au visiteur occidental que j’étais l’envie de rentrer sous terre. Je me contins d’abord, lâchant parcimonieusement les mots, puis sous l’emprise de mes observations toutes fraîches, je laissai libre cours aux faits qui dégringolèrent en averse dans sa cuvette. Je n’omis rien, pas même les bâtons à un bout.

L’homme m’écouta sans m’interrompre puis, quand j’en eus fini, il ôta sa casquette. Je découvris alors les yeux et le front si familiers à ceux qui, de temps à autre, jettent ne fût-ce qu’un coup d’œil aux yearbooks illustrés22.

— Oui, nous sommes pauvres, dit-il, en capturant mes pupilles dans les siennes. Chez nous, c’est comme à l’exposition : nous avons de tout en un seul exemplaire. (Est-ce la raison pour laquelle nous aimons tant les expositions ?) J’ai deviné votre pensée, n’est-ce pas ? C’est vrai, nos bâtons n’ont qu’un bout, notre pays qu’un parti, notre socialisme qu’un pays ! Mais il convient de ne pas minimiser non plus les avantages du bâton à un bout : au moins, on sait à coup sûr avec lequel cogner. Cogner, sans hésiter entre l’un ou l’autre bout. Nous sommes pauvres et le serons plus encore. Néanmoins, tôt ou tard, le pays des masures deviendra celui des palais.

Un instant, j’écoutai ses doigts pianoter sur le plat du bureau. Puis :

— Pourquoi n’avez-vous pas de questions sur la littérature ?

Je l’avoue, j’eus un hoquet : ses yeux plissés avaient dû s’insinuer sous le revers de ma veste et fouillaient en maîtres à l’intérieur de mon carnet.

— Vous avez en effet deviné ma pensée…

— Et votre nom – un rire écarta et rapprocha la fente de la bouche, comme un diaphragme haletant. Il est naturel qu’un personnage littéraire s’intéresse à la littérature, non ? Le « parfum de la vie » ? Pour les individus qui peuplent les livres ou ont choisi d’y émigrer, elle n’a d’autre odeur que celle de l’encre d’imprimerie. Alors, voilà : toutes nos « plumes » ont à choisir entre « régime » et « régime ». Pour les uns, devenir les gardiens du nouveau régime, pour les autres se mettre au régime, se serrer la ceinture.

— Mais dans ce cas – voulus-je répliquer me remettant tant bien que mal de mon émotion –, ce qui a commencé dans un foyer de locomotive, vous voulez l’achever…

Il se leva. Je l’imitai.

— Pour les détails concrets, adressez-vous ici. Une ligne tracée à l’encre s’arracha à un bloc et se dirigea vers moi. « Notre savante calvitie de tout à l’heure a, semble-t-il, terminé son schéma. Je suis pressé. Je pourrais vous renvoyer là d’où vous êtes venu, et pas à travers un conduit de cheminée, comme cela se pratiquait au Moyen-Âge : ce fil du téléphone que vous voyez là, plus trois lettres en guise d’exorcisme, et vous seriez pareil au grain de poussière emporté par le vent. Mais connaissant votre nomen, je prévois votre omen. Alors, tant pis ! Poursuivez vos étrangerrances. »

Nous échangeâmes un sourire. Mais pas de poignée de main. Je pris la porte. Les degrés de l’escalier, telles des touches de piano, glissaient sous mes semelles. Seul l’air frais de la rue me rendit mon calme.

6

L’adresse figurant sur la feuille de bloc-notes me mena jusqu’aux colonnes d’une maison de maître, sise dans une des rues les plus paisibles de Moscou, bien à l’abri du fracas des roues et des sonneries de tramways. La même feuille de bloc-notes m’ouvrit la porte d’un cabinet de travail où, comme me le dit un domestique, se trouvait présentement le maître de maison. J’en franchis le seuil et découvris une salle immense, étirant largement ses coins et sans la moindre apparence de mobilier. Tout le plancher de la salle, d’un mur à l’autre, était tendu d’une gigantesque feuille de papier d’une éblouissante blancheur, maintenue avec des punaises. Mes yeux glissèrent sur les nombreux mètres carrés de sa surface et, à son extrémité, j’aperçus un homme qui, à quatre pattes, s’y déplaçait de gauche à droite, en suivant des lignes invisibles. Y regardant à deux fois, je vis pointer, au bout des mains et des pieds de l’individu, des plumes d’acier qui labouraient avec ardeur le champ de papier. Travaillant à la vitesse d’un cireur de parquet expérimenté, il avait creusé, grattant de ses quatre plumes, quatre sillons d’encre d’un mur à l’autre, et se rapprochait peu à peu de moi. En plissant les yeux, je pouvais à présent distinguer : sur la ligne du haut une tragédie, un pied au-dessous un traité sur les voix de basse et les formes du contrepoint ; de son pied gauche émergeaient les lignes d’un essai sur la situation économique du pays, et sous son pied droit crissait un vaudeville à couplets.

— Que faites-vous ? ne pus-je m’empêcher de demander, en avançant d’un pas vers le cireur de parquet.

Se tournant vers moi, le damné de la plume leva la tête et me fixa d’un regard myope à travers les verres embués de son pince-nez :

— De la littérature.

Je m’en fus sur la pointe des pieds, craignant de gêner cet accouchement.

Ma découverte du monde scientifique et artistique de Moscou ne s’arrêta pourtant pas là : je fis une visite à l’auteur d’un Dictionnaire intégral des non-dits, passai chez un célèbre géographe qui avait découvert le Diable Vauvert, puis chez un modeste collectionneur de fentes ; enfin, j’assistai à une réunion de la Société d’Étude de la Neige de l’Année dernière. En d’autres termes, je pénétrai au cœur des angoissantes questions auxquelles la science rouge consacrait ses travaux. Le temps me fait malheureusement défaut pour m’attarder plus sur ce captivant sujet.

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Сюжет
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Главный герой
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