Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Elle éternua et se moucha dans un Kleenex. La grippe de Taiwan n’épargnait personne.
— Je peux revenir une autre fois, suggéra-t-il.
— Non. Restez, je vous en prie.
Elle ne s’était pas départie de son sourire.
Le terme clinique pour ce genre de comportement se nommait « refus ». Une façon de faire face à la situation. Continuer comme si de rien n’était, sourire, recevoir l’invité. Une nouvelle facette de sa lutte contre sa propre douleur. Pourtant, Matt eut la sensation qu’Ellen était différente. Comme soulagée d’un certain poids. Était-ce possible ?
— David est là ? demanda-t-il.
— Non. Il a pris son service de bonne heure à l’usine. Voulez-vous un café ?
— Non, merci, Ellen.
Il tourna la tête vers la chambre de Cindy.
— Comment va-t-elle ?
— Mieux.
Matt ne put cacher sa surprise.
— C’est vrai ! insista Ellen. Elle se sent bien mieux. Vous pouvez le lui demander vous-même.
La plaisanterie tournait au macabre.
— Ellen…
Le sourire d’Ellen s’adoucit. Elle posa la main sur son bras.
— Allez la voir, Matt. Allez-y.
Cindy était assise dans son lit, ce qui, en soi, constituait déjà un petit miracle. Matt fut contraint de reconnaître que, à première vue, elle paraissait en effet beaucoup mieux. Elle était encore horriblement maigre – l’émaciation délicate du cancéreux en phase terminale. Mais ses yeux grands ouverts semblaient tout à fait lucides. La dernière fois qu’il était passé la voir, elle n’avait pas paru le reconnaître.
Matt posa sa sacoche sur la table de chevet et la salua. Il prenait toujours soin de lui parler, même si le neurologue lui avait assuré qu’elle ne comprenait plus. Elle pouvait peut-être trouver quelque réconfort dans le ton de sa voix.
— Je suis venu voir comment tu allais, aujourd’hui.
Cindy cligna des yeux.
— Merci, docteur Wheeler, dit-elle. Je vais bien.
— On dirait que vous avez rencontré un fantôme, dit Ellen quand il ressortit de la chambre de Cindy. Venez, asseyez-vous.
Il s’assit à la table de la cuisine et accepta le verre de citronnade que lui offrit Ellen.
— Elle se sent vraiment mieux, dit-elle. Je vous avais prévenu.
Matt s’efforça d’éclaircir ses pensées embrouillées.
— Elle m’a parlé, dit-il. Elle était lucide. Elle a compris ce que je lui ai dit. Elle est faible et un peu fiévreuse, mais j’ai l’impression qu’elle a même repris un peu de poids.
Il releva les yeux vers Ellen.
— Rien de tout ça ne devrait être possible.
— C’est un miracle, répondit fermement Ellen. Du moins, c’est mon opinion.
Elle se mit à rire.
— C’est moi qui suis malade, maintenant ! Je suis un peu fiévreuse.
— Ellen, écoutez. Je suis heureux de ce qui arrive. Je ne pourrais pas être plus heureux. Mais je n’y comprends rien.
C’était vraiment l’incompréhension totale. Oui, bien sûr, la rémission existait. Il avait vu un jour une tumeur du poumon diminuer de façon dite « miraculeuse ». Mais le cas de Cindy était d’une tout autre nature. Le tissu cérébral avait été détruit. Même si les tumeurs avaient disparu, elle n’aurait pas dû être en mesure de parler. Cette partie du cerveau n’existait plus. Et même sans les tumeurs, elle aurait dû être dans la position d’un malade ayant subi une grave attaque. Certaines facultés pouvaient à la rigueur être recouvrées ; mais une guérison complète était hors de question. Ce dont il venait d’être témoin dans la chambre relevait de l’impossible.
Il ne dit rien de tout cela à Ellen.
— Je voudrais être sûr, Ellen, dit-il. Je veux que l’hôpital la voie.
Elle eut une expression soucieuse.
— Peut-être quand elle sera plus forte, Matt. Mais je ne sais même pas… Je ne supporte pas l’idée de lui faire subir tout cela de nouveau.
— Je ne voudrais pas que nous nous bercions de fausses illusions.
— Vous croyez qu’elle peut rechuter ?
Elle secoua la tête.
— Ce ne sera pas le cas. Je ne peux pas vous dire comment je le sais. Mais c’est un fait. La maladie est partie, docteur Wheeler.
Matt ne put se résoudre à la contrarier.
— Je souhaite que vous ayez raison. Cindy m’a dit quelque chose du même genre.
— Vraiment ?
La fillette s’était exprimée avec effort, comme si la formulation des mots exigeait encore une concentration considérable, mais de façon très claire.
— Pauvre docteur Wheeler, lui avait dit cette enfant émaciée. Vous n’aurez bientôt plus de travail.
L’incident était pour le moins étrange, mais plus étrange encore fut le fait que Matt n’y accorda pas plus d’attention que cela après avoir quitté Ellen Rhee.
Il longea la baie sur Promenade Street. Il y avait très peu de circulation. La route était plaisante, l’océan calme et bleu sous le lavis turquoise du ciel. Un midi d’août brûlant où rien ne bouge.
Il se sentait aussi bizarrement paisible que Buchanan. Il avait tout d’abord rendu la fièvre responsable de ce calme vide – le sien, celui de la ville –, mais il se prit à réfléchir.
Peut-être que Jim avait raison, finalement. Nous sommes tous infectés. Avec des machines dans le sang. Un genre de peste. La grippe de Taiwan…
Mais ces pensées, elles aussi, glissèrent sur la surface lisse de la journée.
Jill, la réceptionniste, n’était pas à son poste – elle avait appelé pour prévenir qu’elle ne se sentait pas bien – mais Annie occupait sa place à la réception et répondait aux appels, pour la plupart des annulations de rendez-vous. Elle raccrocha et brancha le répondeur afin de déjeuner tranquille. Matt remonta des sandwiches au jambon et des salades de la cafétéria du premier étage – qui manquait elle aussi de personnel. Annie mangea du bout des dents, les yeux dans le vague.
— Curieuse journée, dit-elle.
Matt lui parla de Cindy Rhee, mais son récit avait une résonance lointaine, étrangement immatérielle.
Le front d’Annie se plissa. L’effort qu’elle fournissait pour comprendre se heurtait à quelque résistance interne.
— C’est peut-être pour ça qu’ils annulent leurs rendez-vous. Ils se sentent tous… mieux.
Pauvre docteur Wheeler. Vous n’aurez bientôt plus de travail.
Matt eut une moue dubitative. Mieux… ou plus malades.
Il expliqua aussi à Annie ce que Jim Bix lui avait confié quant aux corps étrangers découverts dans les échantillons de sang. Il n’avait pas eu l’intention de lui parler de cela, du moins pas encore, par crainte de l’inquiéter inutilement. Mais elle accueillit de nouveau ses propos avec placidité.
— J’en ai entendu parler à l’hôpital. J’ai déjeuné l’autre jour avec une infirmière du labo. Elle était complètement paniquée. Et moi aussi, après. Alors j’ai appelé le chef du service hématologique de l’hôpital de Dallas où j’ai fait mon internat. Il ne voulait pas en parler, mais quand je lui ai dit ce que je savais, il m’a plus ou moins confirmé les faits.
Ainsi, chacun gardait ses informations pour soi, songea Matt. Combien de personnes encore étaient dans le secret ?
— On peut donc en conclure que ce n’est pas uniquement local.
— Ça te surprend ?
— Non.
— Le centre épidémiologique devait le savoir au moins depuis aussi longtemps que Jim Bix.
Elle but une gorgée de Pepsi.
— À priori, le secret a été respecté. Il n’y a pas eu la moindre fuite dans les journaux. Je suppose que c’est dans l’intérêt des gens. Pourquoi les inquiéter ? Une maladie sans symptômes, insaisissable, dont tout le monde est déjà atteint… Est-ce que ça vaut la peine de déclencher la panique, franchement ?