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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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La question, songea le Président, est de savoir de qui il a peur. De moi – ou de ses douteux complices ?

— Charlie, commença le Président, je voudrais vous parler de votre coup d’État.

Le secrétaire de la Défense ne cilla même pas. Une attitude tout à son honneur.

— Asseyez-vous, l’invita le Président.

Charlie s’assit.

— Je ne devrais pas l’appeler votre coup d’État, n’est-ce pas ? Je sais que votre position est équivoque. Et je n’attends pas que vous admettiez votre complicité dans un complot visant à renverser le gouvernement civil. C’est le général Chafee, n’est-ce pas, qui a suggéré que vous pourriez assurer l’intérim de la présidence ? Un membre du cabinet ministériel, un civil, donc un homme de paille idéal. Vous leur conféreriez une certaine légitimité dans un pays où les mots « junte militaire » ont encore une très mauvaise presse.

Le Président posa ses mains bien à plat sur le bureau et se pencha vers Charlie. Le geste, il en avait conscience, était agressif, autoritaire.

— En toute honnêteté, Charlie, mes informateurs ignorent la façon dont vous avez répondu à l’offre ; ils savent seulement qu’elle a été faite. Et que le général Chafee souriait en vous serrant la main.

— Il va de soi, dit Charlie Boyle, que je nie tout cela.

— C’est noté. Cependant la question n’est pas là. Incidemment, votre loyauté est mise en cause, mais nous n’en tiendrons pas compte non plus.

Le secrétaire de la Défense fronça les sourcils. Il n’arrive pas à déterminer s’il a été insulté ou non, songea le Président. Et il est intrigué, aussi.

— Dans ce cas, dit sèchement Charlie, quel est l’objet de cette rencontre ?

— Il est tard, reconnut le Président. Vous souhaitez probablement aller retrouver Evelyn et les enfants. Je comprends parfaitement. Mais en ces moments de trouble, je pense qu’elle vous pardonnera quelques heures supplémentaires.

Il martela le bureau du bout de son stylo-plume tandis que Charlie se tortillait imperceptiblement sur sa chaise.

— Je vous connais depuis cinq ans et j’ai bien suivi votre carrière, poursuivit le Président. Votre nomination au cabinet ministériel est celle dont j’ai été le plus fier, Charlie, le saviez-vous ? Je ne prétends pas que vous soyez une fripouille. Seulement que votre loyauté est peut-être partagée. Suis-je loin du compte ?

— Vous me demandez une déclaration que je ne suis pas en mesure de faire. D’un point de vue officiel, je déplore vivement l’insinuation.

— Laissons tomber l’officiel. Il s’agit d’une rencontre privée.

— Suis-je censé le croire ?

— Vous êtes censé écouter.

Le Président avait délibérément laissé percer une certaine irritation dans sa voix. L’autorité était un des pivots du psychisme de Charlie Boyle : il la reconnaissait, il la respectait, il l’acquérait. Je te connais, songea le Président, je connais ton enfance miséreuse, et je sais ce que l’armée a dû signifier pour l’enfant déraciné que tu as été. Bien plus qu’une étape vers la respectabilité civile, encore qu’elle fût cela, aussi.

Le pouvoir magique des vieux totems avait la vie dure. Aux yeux de Charlie, l’homme qui exerçait les fonctions présidentielles n’était sans doute pas irremplaçable, mais les fonctions elles-mêmes, l’idée de ces fonctions, le commandement suprême, portaient encore en elles un poids symbolique très lourd. Un poids dont, sur le moment, le Président comptait bien tirer profit.

Il choisit ses mots avec soin.

— J’aimerais que vous considériez le fait que cette tentative se révélera peut-être stérile. Pire, même : condamnée d’avance. J’aimerais que vous considériez le fait que les dignitaires proposés par les chefs d’état-major ne sont pas les seules autorités influentes du pays, militaires ou civiles. Les représentants du gouvernement exercent toujours un puissant ascendant. Votre soulèvement se heurterait inévitablement à une opposition, et le sang coulerait. Cela n’en vaudrait pas la peine.

Charlie Boyle s’abîma dans un long silence pesant. Quand il en sortit enfin, ce fut pour s’exprimer avec circonspection.

— Les gens prétendent que vous êtes en contact avec le vaisseau. On dit que vous savez quelque chose que vous gardez pour vous. Et on parle aussi d’une sorte de maladie. Le centre épidémiologique ne répond plus depuis la semaine dernière. Tout le monde se tait.

— Peut-être suis-je au courant de certaines choses, en effet. Peut-être est-ce que je me prépare à communiquer certaines informations à mon heure. C’est mon privilège, non ?

— Vous n’avez même pas dit un seul putain de mot au cabinet. Même vos propres conseillers, le Conseil de sécurité nationale…

— Étant donné le climat qui règne actuellement, est-ce vraiment surprenant ?

— Les gens veulent savoir qui gouverne le pays.

— Bon Dieu, Charlie, je gouverne !

— Les gens n’en sont plus certains. On chuchote que vous êtes peut-être bien passé à l’ennemi.

— Les gens assoiffés de pouvoir sont prêts à dire n’importe quoi. Les campagnes politiques reposent sur des mensonges. Les coups d’État militaires aussi.

— Vous pourriez faire taire les rumeurs.

— Je m’adresse à la nation dans deux jours. N’est-ce pas suffisant ?

— Peut-être pas.

Charlie se tenait raide sur sa chaise, en puritain offensé. Il n’avait déjà reconnu que trop de choses malgré lui, fût-ce tacitement.

— Vous admettez que vous savez quelque chose.

— Exactement. Je sais reconnaître l’insubordination. Et je sais comment y répondre.

Charlie marqua le coup mais ne se départit pas de son regard hostile.

— Vous n’avez aucun allié, monsieur.

— Seriez-vous prêt à en mettre votre tête à couper ?

La question demeura sans réponse.

— Dites-leur que je suis au courant de ce qui se passe, reprit le Président. C’est votre rôle, Charlie. Dites au général Chafee, au général Weismann et aux autres fauteurs de désordre qu’ils sont sous étroite surveillance depuis quelque temps déjà. Dites-leur qu’ils n’obtiendront pas ce qu’ils convoitent sans verser beaucoup de sang.

Le Président fixa le secrétaire de la Défense, et le tint prisonnier de son regard.

— Vous avez fidèlement servi ce pays presque toute votre vie. Souhaitez-vous réellement le voir basculer dans la guerre civile ? Souhaitez-vous réellement être un nouveau Jefferson Davis – et finir comme lui ?

Charlie Boyle ouvrit la bouche mais la referma aussitôt.

— Dites au général Chafee…

C’était le plus difficile à dire.

— Dites-lui que je ne suis pas hostile aux négociations. Mais la violence générera la violence. Et puis… Charlie ?

— Monsieur ?

— Merci d’avoir pris le temps de m’écouter.

Le personnel des services secrets avait été doublé dans les couloirs de la Maison-Blanche. Le Président s’interrogeait sur la pertinence de cette décision. Trop de visages étrangers en circulation. Le système de protection devenait un risque en lui-même, et entretenait en outre une atmosphère de crise. Mais peut-être était-ce inévitable. Il avait bien fallu des tireurs d’élite autour du Capitole pour protéger Lincoln le jour de son investiture. Les temps étaient durs, mais ils avaient connu pire. Encore que, il était vrai, les temps n’avaient jamais été plus étranges.

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