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Sous les vents de Neptune

Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:

Cette formation sur les empreintes génétiques au Québec, Jean-Baptiste Adamsberg l’accueille avec soulagement. Deux semaines sans subir l'inexplicable hostilité de son adjoint Danglard, le paradis ! Mais une coupure de presse ravive de pesants souvenirs sur un meurtre commis durant sa jeunesse qui mettait en cause son frère Raphaël, disparu depuis. Le tueur au Trident serait-il de retour ? Un malaise et un coma éthylique plus tard, Adamsberg perd le contrôle. Seules la mansuétude d’un Danglard et l’ingéniosité de sa collaboratrice Violette Retancourt pourront le sortir, presque indemne, des affres du passé.
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— Dis donc, ça me rappelle, dit Vétilleux en montrant le gobelet. Le gars partageux, il avait un truc qu’était pas ordinaire dans le partage, justement. Il avait un gobelet comme le tien. Et il avait sa bouteille et moi la mienne. Il buvait pas au goulot, tu vois ? Un peu classieux, il faisait des manières.

— Tu es certain de ça ?

— Sûr. Et je me suis dit, ça, c’est un gars qu’est tombé du haut. Tu sais, y en a qui tombent du haut. Une gonzesse qui les plaque et, bon, ils se collent à boire et ils dégringolent le toboggan. Ou bien c’est leur boîte qui capote et vas-y, ils se collent à boire. Moi je dis merde. On va pas dégringoler sous prétexte que ta gonzesse ou ta boîte t’a laissé sur le flanc. Moi je dis, faut s’accrocher, merde. Tandis que moi, tu comprends, c’est pas que j’ai manqué de cran. Je suis pas tombé du haut parce que j’étais déjà en bas. Alors j’y suis resté. Tu vois la différence ?

— Bien sûr, dit Adamsberg.

— Remarque, je juge pas, hein. Mais ça fait quand même une différence. Et c’est vrai que quand Josie m’a plaqué, ça m’a pas aidé, je reconnais. Mais attention, je picolais déjà avant. C’est pour ça qu’elle s’est tirée aussi. Je peux pas lui donner tort, je juge pas. Sauf les gros culs qui me donnent même pas une pièce. Alors là oui, des fois, j’ai été chier devant leur porte, je reconnais. Mais jamais dans la niche des mômes.

— Tu es sûr qu’il venait de là-haut ?

— Ouais, mon gars. Et ça faisait pas tant de temps que ça qu’il était tombé. Parce que dans ce milieu, tu restes pas longtemps à faire le dégoûté avec ton gobelet. Disons, tu t’accroches à ta timbale pendant trois quatre mois et puis après, fini, tu boirais au goulot de n’importe quel soiffard. Comme moi. Sauf que je picole pas avec ceux qui sentent, mais c’est autre chose, question d’odorat, je juge pas.

— Donc, tu dirais qu’il n’était pas à la rue depuis plus de quatre mois ?

— Eh, je suis pas un radar. Mais quand même, je dirais que c’était récent. Il avait dû se faire plaquer par sa gonzesse, se retrouver dehors, est-ce qu’on sait ?

— Et vous avez parlé ?

— Ben pas trop, quoi. On a dit que le pinard, il était bon. Que c’était pas un temps à faire coucher un chien dehors. Des trucs comme ça, des trucs de d’habitude.

Vétilleux avait la main posée sur son gros pull, à l’endroit de la poche chemise où il avait glissé la flasque.

— Il est resté longtemps ?

— Tu sais, le temps, je le compte pas.

— Je veux dire : il est reparti ? Il s’est endormi dans la niche ?

— M’en souviens pas. C’est là que j’ai dû piquer du nez. Ou partir marcher, je sais pas.

— Et ensuite ?

Vétilleux écarta les bras et les laissa retomber sur ses jambes.

— Ensuite, c’est la route. Le matin, les gendarmes.

— Est-ce que tu as rêvé ? Une image ? Une sensation ?

L’homme fronça les sourcils, perplexe, posant sa main sur son pull, ses ongles longs grattant la laine usée. Adamsberg se tourna à nouveau vers le brigadier, qui se dégourdissait les jambes en marchant sur place.

— Brigadier, auriez-vous la gentillesse de m’apporter ma sacoche ? J’aurais besoin de noter quelque chose.

Vétilleux sortit de sa langueur et avec une rapidité de reptile, extirpa la flasque, la déboucha et en avala plusieurs gorgées. Le temps que le brigadier revienne, tout était en place sous le pull-over. Adamsberg admira l’adresse et la célérité. La fonction crée l’organe. Vétilleux était un type intelligent.

— Un truc, dit-il soudain, les joues plus colorées. J’ai rêvé que j’avais dégotté un endroit confortable, bien au chaud pour roupiller. Et ça m’énervait de pas pouvoir en profiter bien.

— Pourquoi ?

— Parce que j’avais envie de dégueuler.

— Ça t’arrive souvent ? Envie de dégueuler ?

— Jamais.

— Et de rêver d’avoir chaud ?

— Dis donc, si je passais mes nuits à rêver que j’ai chaud, ce serait le Pérou, mon gars.

— Un poinçon, t’en possèdes un ?

— Non. Ou alors c’est le type d’en haut qui me l’a donné. Je veux dire, le type d’en haut qu’était en bas. Ou alors je l’ai braqué. Est-ce que je sais ? Tout ce qu’on voit, c’est que j’ai tué cette pauvre fille avec ce truc. Elle est peut-être tombée sur la route, peut-être que je l’ai prise pour un gros ours, qu’est-ce qu’on peut savoir ?

— Tu y crois ?

— Y a les empreintes, quand même. Et j’étais juste à côté.

— Et pourquoi aurais-tu traîné le gros ours et sa bicyclette dans les champs ?

— Va comprendre ce qui se passe dans la tête d’un poivrot, va comprendre. Ce qu’il y a, c’est que je regrette, parce que j’aime pas faire mal. Je tue pas les bêtes, alors pourquoi je tuerais les gens ? Même en ours ? Je crois pas que j’ai peur des ours. Paraît qu’ils en ont plein au Canada. Ils font les poubelles, comme moi. Ça me plairait de voir ça, de faire les poubelles avec eux.

— Vétilleux, si tu veux tout savoir des ours…

Adamsberg colla sa bouche contre son oreille.

— Ne dis rien, n’avoue rien, lui murmura-t-il. Boucle-la, ne dis que la vérité. Ton amnésie. Promets-moi.

— Eh ! interrompit le brigadier. Pardon, commissaire, mais c’est interdit de chuchoter avec les prévenus.

— Toutes mes excuses, brigadier. Je lui racontais une petite histoire leste sur un ours. Le gars n’a pas tant de distractions.

— Même, commissaire, je ne peux pas vous laisser faire.

Adamsberg fixa Vétilleux en silence. Il lui fit un signe qui voulait dire « Compris ? ». Et Vétilleux hocha la tête. « Promis ? » articula muettement Adamsberg. Nouveau hochement de tête, regard rouge mais précis. Ce gars-là lui avait donné la flasque, c’était un pote. Adamsberg se leva et, avant de sortir de la cellule, posa sa main libre sur son épaule, dans un serrement qui signifiait « Je te laisse, je compte sur toi ».

En reprenant le chemin du bureau, le brigadier demanda rapidement à Adamsberg si, sauf votre respect, il pouvait connaître l’histoire de l’ours. Adamsberg y échappa grâce à l’interruption de Trabelmann.

— Impression ? demanda Trabelmann.

— Bavard.

— Ah tiens. Pas avec moi, en tout cas. Il est mou comme une chiffe, ce type.

— Trop mou. Ne le prenez pas en mauvaise part, commandant, mais il est dangereux de sevrer brusquement un alcoolique aussi imbibé que Vétilleux. Il pourrait vous claquer dans les doigts.

— Je le sais parfaitement, commissaire. Il a droit à un verre à chaque repas.

— Eh bien, triplez les doses. Croyez-moi, commandant, c’est nécessaire.

— Entendu, dit Trabelmann, nullement vexé. Et dans tout son bavardage, reprit-il en s’asseyant à sa table, quoi de neuf ?

— Le type est intelligent et sensible.

— D’accord avec vous. Mais quand on a picolé comme un trou, ça ne vaut plus un clou. Les gars qui battent leur femme sont souvent de vrais agneaux jusqu’au soir.

— Mais Vétilleux n’a pas de casier. Pas une bagarre, n’est-ce pas ? C’est bien ce qu’ont confirmé les flics de Strasbourg ?

— Affirmatif. Un gars qui ne leur fait pas d’ennuis. Jusqu’au jour où ça déraille. Vous avez pris son parti ?

— Je l’ai écouté.

Adamsberg résuma objectivement son entrevue avec Vétilleux, exception faite du preste échange de la flasque.

— Rien ne s’oppose, conclut Adamsberg, à ce que Vétilleux ait été pris en charge dans une voiture, sur la banquette arrière. Il se sentait au chaud, confortable, mais écœuré.

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