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Sous les vents de Neptune

Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:

Cette formation sur les empreintes génétiques au Québec, Jean-Baptiste Adamsberg l’accueille avec soulagement. Deux semaines sans subir l'inexplicable hostilité de son adjoint Danglard, le paradis ! Mais une coupure de presse ravive de pesants souvenirs sur un meurtre commis durant sa jeunesse qui mettait en cause son frère Raphaël, disparu depuis. Le tueur au Trident serait-il de retour ? Un malaise et un coma éthylique plus tard, Adamsberg perd le contrôle. Seules la mansuétude d’un Danglard et l’ingéniosité de sa collaboratrice Violette Retancourt pourront le sortir, presque indemne, des affres du passé.
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— Blessure de guerre ? lui demanda-t-il en désignant son bras en écharpe.

— Une arrestation un peu tumultueuse, confirma Adamsberg.

— Ça vous en fait combien ?

— D’arrestations ?

— De cicatrices ?

— Quatre.

— Et moi sept. Il n’est pas né le flic qui me battra aux coutures, conclut Trabelmann avec un nouveau rire. Vous avez apporté votre souvenir d’enfance, commissaire ?

Adamsberg désigna sa sacoche avec un sourire.

— Là-dedans. Mais je ne suis pas sûr qu’il vous plaise.

— Ça ne coûte rien de l’entendre, répondit le commandant en ouvrant sa voiture. J’ai toujours adoré les contes.

— Même meurtriers ?

— Vous en connaissez d’autres ? demanda Trabelmann en démarrant. Le cannibale du Chaperon rouge, l’infanticide de Blanche-Neige, l’ogre du Petit Poucet.

Il freina au feu rouge et eut un nouveau petit rire.

— Des meurtres, partout des meurtres, reprit-il. Et la Barbe-Bleue, un beau tueur en série, celui-là. Ce qui me plaisait dans la Barbe-Bleue, c’était cette foutue tache de sang sur la clef qui ne partait jamais. On frottait, on l’enlevait, et elle revenait, comme une souillure de culpabilité. J’y pense souvent quand un criminel m’échappe. Je me dis, toi, mon petit gars, tu peux toujours courir mais la tache reviendra, et je te trouverai. Tout bonnement. Pas vous ?

— L’histoire que j’apporte a quelque chose de la Barbe-Bleue. Il y a trois taches de sang qu’on efface et qui reviennent toujours. Mais seulement pour qui veut les voir, comme dans les contes.

— Je dois passer par Reichstett prendre un de mes brigadiers, on a un petit bout de route à faire. Si vous commenciez votre histoire maintenant ? Il était une fois un homme ?

— Qui vivait seul dans un manoir avec deux chiens, enchaîna Adamsberg.

— Bon début, commissaire, ça me plaît beaucoup, dit Trabelmann dans un quatrième éclat de rire.

En s’arrêtant sur le petit parking de Reichstett, le commandant était devenu plus grave.

— Il y a des tas de choses convaincantes dans votre truc. Je ne discute pas cela. Mais si c’est votre homme qui a tué la jeune Wind — et je dis bien si —, cela ferait un demi-siècle qu’il battrait la campagne avec son trident à transformations. Vous réalisez ? À quel âge a-t-il commencé ses ravages, votre Barbe-Bleue ? À l’école primaire ?

Un autre style que Danglard, mais la même objection, naturelle.

— Pas précisément, non.

— Allez-y commissaire : sa date de naissance ?

— Je ne la connais pas, éluda Adamsberg, je ne sais rien de sa famille.

— Cela ne nous donne pas un tout jeune gars quand même, hein ? Au minimum un type entre soixante-dix et quatre-vingts berges, pas vrai ?

— Si.

— Je ne vais pas vous apprendre la force qu’il faut pour neutraliser un adulte et enfoncer des coups de poinçon mortels ?

— Le trident démultiplie la puissance du coup.

— Mais le tueur a ensuite tiré sa victime et son vélo dans les champs, à une dizaine de mètres de la route, avec un fossé de drainage à passer et un talus à escalader. Vous savez ce que c’est que de traîner un corps inerte, pas vrai ? Élisabeth Wind pesait soixante-deux kilos.

— La dernière fois que j’ai vu l’homme, il n’était pas jeune et dégageait encore une grande puissance. Réellement, Trabelmann. Plus d’un mètre quatre-vingt-cinq, une impression de vigueur et d’énergie.

— Une « impression », commissaire, dit Trabelmann en ouvrant la porte arrière pour son brigadier, auquel il adressa un bref salut militaire. Et ça remonte à quand ?

— À vingt ans.

— Vous me faites rire, Adamsberg, au moins vous me faites rire. Je peux vous appeler Adamsberg ?

— Je vous en prie.

— On va filer droit sur Schiltigheim et contourner Strasbourg. Tant pis pour la cathédrale. Je suppose que vous vous en foutez pas mal ?

— Aujourd’hui, oui.

— Moi c’est tout le temps. Les vieux machins, ça ne me dit rien, tout bonnement. Je l’ai vue cent fois, remarquez, mais j’aime pas ça.

— Qu’est-ce que vous aimez, Trabelmann ?

— Ma femme, mes gosses, mon boulot.

Simple.

— Et les contes. J’adore les contes.

Moins simple, rectifia Adamsberg.

— Ce sont pourtant des vieux machins, les contes, dit-il.

— Oui, bien plus vieux que votre bonhomme. Continuez tout de même.

— Pourrait-on passer d’abord par la morgue ?

— Pour prendre vos petites mesures, je suppose ? Pas d’objection.

Adamsberg achevait son récit quand ils passèrent les portes de l’Institut médico-légal. Quand il oubliait de se tenir droit, comme en cet instant, le commandant n’était pas plus haut que lui.

— Quoi ? cria Trabelmann en s’immobilisant au milieu du hall. Le juge Fulgence ? Vous êtes cinglé, commissaire ?

— Et après ? demanda calmement Adamsberg. En quoi cela vous dérange ?

— Mais nom d’un chien, vous savez qui c’est, le juge Fulgence ? Ce n’est plus un conte, ça ! C’est comme si vous me disiez que c’est le Prince Charmant qui crache du feu et non pas le dragon.

— Beau comme un prince, oui, mais ça n’empêche pas de cracher le feu.

— Vous rendez-vous compte, Adamsberg ? Il existe un bouquin sur les procès de Fulgence. Ce ne sont pas tous les magistrats du pays qui ont droit à un bouquin, si ? C’était un type éminent, un juste.

— Juste ? Il n’aimait ni les femmes ni les enfants. Pas comme vous, Trabelmann.

— Je ne compare pas. C’était une grande figure, que tout le monde respectait.

— Redoutait, Trabelmann. Il avait la main tranchante, et lourde.

— Faut bien que justice passe.

— Et longue. Depuis Nantes, il pouvait faire trembler la cour de Carcassonne.

— Parce qu’il avait de l’autorité, et de la justesse de vues. Vous me faites rire, Adamsberg, au moins vous me faites rire.

Un homme en blanc accourut vers eux.

— Du respect, messieurs.

— Salut, Ménard, coupa Trabelmann.

— Pardon, commandant, je ne vous avais pas reconnu.

— Je vous présente un collègue de Paris, le commissaire Adamsberg.

— Je vous connais de nom, dit Ménard en lui serrant la main.

— C’est un rigolo, précisa Trabelmann. Ménard, conduisez-nous au caisson d’Élisabeth Wind.

Ménard replia le drap mortuaire avec application et découvrit la jeune morte. Adamsberg l’observa sans bouger pendant quelques instants, puis fit doucement basculer la tête pour examiner les ecchymoses sur la nuque. Il concentra ensuite son attention sur les perforations ventrales.

— Dans mon souvenir, dit Trabelmann, ça atteint quelque chose comme vingt et un ou vingt-deux centimètres de long.

Adamsberg secoua la tête, dubitatif, et sortit un mètre de sa sacoche.

— Aidez-moi, Trabelmann. Je n’ai qu’une main.

Le commandant déroula le mètre sur le corps. Adamsberg en cala précisément l’extrémité sur le bord externe de la première blessure et l’étendit jusqu’à la limite externe de la troisième.

— 16,7 cm, Trabelmann. Jamais plus, je vous l’ai dit.

— Hasard, tout bonnement.

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