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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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Mat, Hurin, trouvez vite quelque chose, qu’on puisse sortir d’ici. Ces gens sont cinglés !

Alors qu’il entrait dans une nouvelle salle, Rand découvrit que le trouvère qui se produisait à l’autre bout, pinçant sa harpe en déclamant un récit de La Grande Quête du Cor, n’était autre que Thom Merrilin. S’arrêtant net, Rand eut le sentiment que l’artiste ne le voyait pas, alors même que son regard était passé deux fois sur lui. Une rupture franche et définitive… Quand Thom disait quelque chose, il le pensait.

Rand voulut faire volte-face et s’en aller, mais une femme vint se placer devant lui et lui posa sur la poitrine une main à la luxuriante corolle de dentelle. Plutôt petite, la noble dame ne serait sans doute pas arrivée à l’épaule du jeune homme, mais sa pyramide de cheveux lui permettait de paraître presque aussi grande que lui. Le menton agacé par un col en dentelle, l’inconnue portait une robe bleue rayée d’abondance au-dessous de la poitrine.

— Je suis Alaine Chuliandred, et vous le célèbre Rand al’Thor ! Barthanes étant chez lui, il avait en quelque sorte la priorité, mais nous sommes tous fascinés par vous… hum… par toi, noble seigneur. J’ai même entendu dire que tu jouais de la flûte. Est-ce possible ?

— Je suis musicien à mes heures, oui…

Mais comment le sait-elle ? Caldevwin, bien sûr ! Par la Lumière ! à Cairhien, les murs ont des oreilles et ils sont plus bavards que des pies !

— On m’a dit que certains seigneurs étrangers s’adonnaient à la musique, mais je n’y ai jamais cru. Que ne donnerais-je pas pour t’entendre jouer ! Me feras-tu l’honneur de parler avec moi de tout et de rien ? Barthanes semblait fasciné par ta conversation. Mon mari passe ses jours à goûter la production de ses vignobles, et il me délaisse cruellement. Quand j’ai besoin de dialoguer, il n’est jamais là pour me donner la réplique…

— Il doit vous manquer beaucoup…, fit Rand en tentant de contourner la dame et son imposante jupe à armature.

La femme eut un rire de gorge, comme s’il venait de dire quelque chose d’irrésistiblement drôle.

Une nouvelle noble vint se camper devant Rand, lui posant elle aussi une main sur la poitrine. Arborant autant de rayures qu’Alaine, la nouvelle venue semblait du même âge qu’elle – soit une dizaine d’années plus vieille que le jeune homme.

— Tu veux le garder pour toi seule, Alaine ?

Les deux femmes échangèrent un sourire carnassier.

— Je suis Belevaere Osiellin. Tous les Andoriens sont-ils si grands ? Et si beaux ?

Rand manqua s’en étrangler.

— Eh bien, certains sont aussi grands et… Hum, si vous voulez bien m’excuser.

— Je t’ai vu parler avec Barthanes, dit Belevaere, et il paraît que tu es intime avec le roi. Tu devrais venir me rendre une petite visite, pour parler de choses et d’autres. En ce moment, mon mari inspecte notre domaine, au sud de la capitale.

— Aussi subtile qu’une racoleuse de taverne…, marmonna Alaine avant de sourire à Rand. Notre pauvre amie n’a aucun vernis… Quel homme s’attacherait à tant de vulgarité ? Viens chez moi avec ta flûte. Qui sait, tu consentiras peut-être à m’apprendre à en jouer ?

— Ce qu’Alaine tient pour de la subtilité, intervint Belevaere, est tout simplement un manque patent de courage. Un homme qui porte une épée au héron doit être plein de bravoure, non ? C’est bien une épée au héron, sur ta hanche ?

Rand tenta de battre en retraite avant d’être totalement submergé.

— Si vous voulez bien m’excuser, je…

Il recula, mais les deux femmes le suivirent, l’acculant contre un mur. En face de lui, leurs deux jupes côte à côte composaient une seconde muraille, aussi infranchissable que l’autre.

Pour ne rien arranger, une troisième dame vint se joindre aux deux prédatrices. Un peu plus âgée qu’elles, mais tout aussi jolie, elle affichait un sourire dont la chaleur ne se communiquait pas à ses yeux froids et calculateurs. Sans doute parce qu’elle arborait plus de rayures que ses deux rivales réunies, celles-ci esquissèrent d’humbles courbettes tout en foudroyant l’intruse du regard.

— Ces deux araignées tentent de t’engluer dans leur toile, seigneur ? La plupart du temps, elles s’y empêtrent surtout elles-mêmes. Viens avec moi, bel Andorien, et je te parlerai des ennuis qu’elles t’attireront inévitablement. Moi, je n’ai pas de mari, pour commencer. Les époux sont une mine de problèmes, tu peux me croire.

Au-dessus de la tête d’Alaine, Rand vit que Thom se relevait après avoir salué un public qui ne l’avait pas remarqué – et encore moins applaudi. L’air mécontent, le trouvère subtilisa un gobelet sur le plateau d’un serviteur de passage qui n’aurait pas songé à lui proposer à boire.

— Je dois parler à quelqu’un…, dit Rand en exécutant avec succès une manœuvre d’évitement qui lui permit d’échapper au piège qui se refermait sur lui.

Vexées, les trois grâces le foudroyèrent du regard tandis qu’il rejoignait le trouvère.

Thom soutint un moment le regard de Rand, puis il but une longue gorgée de vin.

— Thom, tu as dit que nous devions en rester là, je sais, mais je devais échapper à ces femmes… Elles ne savent parler que de leur mari, toujours opportunément absent, mais ce sont aussi des championnes de l’allusion…

Le trouvère s’étrangla avec son vin, forçant Rand à lui taper dans le dos.

— Tu bois trop vite et les fausses routes sont fréquentes, de nos jours… Thom, elles pensent que je complote avec Barthanes ou Galldrian. À mon avis, il n’aurait pas suffi de nier pour qu’elles me croient. J’avais besoin d’un prétexte pour me défiler.

Le trouvère se lissa la moustache du dos d’un index, le regard rivé sur les trois mantes religieuses qui ne s’étaient pas séparées, dévisageant toujours Rand et son sauveur.

— Je les connais toutes les trois, mon garçon… La plus âgée, Breane Taborwin, te gratifierait d’une « formation » que tout homme aurait intérêt à suivre une fois dans sa vie, s’il pouvait y survivre. Et tu t’inquiètes au sujet des maris ? Tu m’en boucheras toujours un coin, petit ! (Le trouvère se rembrunit.) Tu as prétendu en avoir fini avec les Aes Sedai. Ce soir, tout le monde parlait d’un jeune seigneur andorien sorti de nulle part et venu avec une Aes Sedai. Barthanes et Galldrian… Tu as fui la Tour Blanche, mais tu es bel et bien en train de cuire dans le chaudron, ce coup-ci.

— Thom, l’Aes Sedai est arrivée hier… Dès que le Cor sera en sécurité, je n’aurai plus aucun rapport avec ces femmes. Crois-moi, je suis décidé à le faire.

— Le Cor ? Tu ne t’inquiétais pas à son sujet, la dernière fois que nous nous sommes vus.

— Des Suppôts l’ont volé et apporté ici. Barthanes est leur complice.

Le trouvère fit mine de contempler son vin. En réalité, il sonda les environs pour s’assurer que personne n’écoutait. D’autres groupes que les trois femmes les regardaient mine de rien, mais tout en gardant leurs distances. À tout hasard, Thom baissa la voix :

— Une accusation dangereuse, si elle est fausse. Et encore plus si elle est vraie. S’en prendre ainsi à l’homme le plus puissant du royaume… Tu dis qu’il détient le Cor ? Puisque tu t’es de nouveau fourré dans le pétrin avec la Tour Blanche, j’imagine que tu vas m’appeler au secours.

— Non, Thom, pas question.

Même s’il ignorait pourquoi, le trouvère avait raison de vouloir se tenir loin de Rand – qui ne voulait plus attirer d’ennuis à personne.

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