Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
1 ... 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165
Перейти на страницу:

Elle regarda Shirley et lui sourit.

— Alors, vous allez vivre ensemble ?

— C’est encore trop tôt… Il faut ménager Alexandre.

— Et Zoé.

— Zoé, aussi. C’est préférable que je reste encore un peu seule avec elle. On ira à Londres le week-end ou ils viendront à Paris. On verra bien.

— Elle va revoir Gaétan ?

— Elle l’a appelé hier. Elle lui a assuré que pour elle, il restait Gaétan, celui qui la remplissait de ballons, que Rouen n’était pas loin de Paris et que j’étais une mère plutôt cool !

— Elle n’a pas tort. Et lui ?

— Lui, c’est moins rose. Il a très peur de ressembler à son père et de devenir fou. Il n’en dort pas, il fait des cauchemars horribles. Sa grand-mère lui a trouvé un psy…

— Dis donc, il va devoir soigner toute la famille, le psy…

On sonna à la porte et un garçon apporta la bouteille de vin. Shirley servit un verre à Joséphine. Elles trinquèrent.

— À notre amitié, my friend, dit Shirley. Qu’elle reste toujours belle et tendre et douce et forte !

Joséphine allait répondre lorsque son téléphone sonna. C’était l’inspecteur Garibaldi. Il l’informait qu’elle pouvait réintégrer son appartement.

— Vous avez trouvé quelque chose ?

— Oui. Un journal que tenait votre sœur…

— Je peux le lire ? J’aimerais comprendre.

— Je l’ai fait déposer ce matin à votre hôtel, il vous appartient. Elle était passée dans un autre monde… Vous comprendrez en lisant.

Joséphine appela la réception. On lui monta aussitôt un pli.

— Ça t’ennuie si je le lis maintenant ? dit-elle à Shirley. Je ne vais pas pouvoir attendre. Je voudrais tellement comprendre…

Shirley fit signe qu’elle attendrait dans la pièce voisine.

— Non. Reste avec moi…

Joséphine ouvrit l’enveloppe, en sortit une trentaine de feuillets sur lesquels elle se jeta. Au fur et à mesure qu’elle lisait, elle pâlissait.

Elle tendit les feuillets à Shirley, en silence.

— Je peux ? demanda Shirley.

Joséphine fit signe que oui et courut à la salle de bains.

Quand elle revint, Shirley avait terminé et fixait un point dans le vide. Joséphine vint s’asseoir à côté d’elle et posa la tête sur son épaule.

— C’est horrible ! Comment a-t-elle pu…

— Je sais exactement ce qu’elle a éprouvé. J’ai connu cet état-là.

— Avec l’homme en noir ?

Shirley acquiesça. Elles restèrent silencieuses, se passant et se repassant les feuillets, étudiant l’élégante écriture d’Iris qui, à la fin, n’était plus qu’une série de pattes de mouches écrasées sur les feuilles blanches.

— On dirait des pâtés d’écolière, dit Joséphine.

— C’est exactement ça, dit Shirley. Il l’a réduite en pâté et l’a infantilisée. Il faut une force terrible pour échapper à cette folie…

— Mais il faut être fou pour y entrer !

Shirley releva vers elle un visage empreint d’une nostalgie étrange.

— Alors j’ai été folle aussi…

— Mais tu t’en es sortie ! Tu n’es pas restée avec cet homme !

— À quel prix ! mais à quel prix ! Et je lutte encore tous les jours pour ne pas retomber. Je ne peux plus dormir avec un homme sans mourir d’ennui tellement cela me paraît fade ! C’est une addiction, c’est comme la drogue, l’alcool ou la cigarette. Tu ne peux plus t’en passer. J’en rêve encore. Je rêve de cette dépendance totale, de cette perte de connaissance de soi, de cette volupté étrange faite d’attente, de douleur et de joie, la sensation de franchir la frontière à chaque fois… De repousser les limites d’un danger mortel. Elle a marché vers sa mort, mais je peux t’assurer qu’elle a marché heureuse, heureuse comme elle ne l’avait jamais été auparavant !

— Tu es folle ! cria Joséphine en s’écartant de son amie.

— J’ai été sauvée par Gary. Par l’amour que je portais à Gary. C’est lui qui m’a permis de sortir du gouffre… Iris n’était pas une mère.

— Mais tu es normale, toi ! Dis-moi que tu es normale ! Dis-moi que je ne suis pas entourée de fous ! s’écria Joséphine.

Shirley laissa tomber un regard étrange dans le regard soudain affolé de Joséphine et murmura :

— Qu’est-ce qui est « normal », Jo ? Qu’est-ce qui ne l’est pas ? Who knows ? Et qui décide de la norme ?

Joséphine enfila ses chaussures de jogging et appela Du Guesclin. Il était couché devant la radio et écoutait TSF Jazz en remuant l’arrière-train. C’était sa station de radio favorite. Il passait des heures à l’écouter. Au moment des pubs, il partait renifler sa gamelle ou se rouler aux pieds de Joséphine, lui offrant son ventre à gratter. Puis il revenait. Quand une trompette déraillait dans les aigus, il posait ses pattes sur ses oreilles et balançait la tête douloureusement.

— Allez, Du Guesclin, on y va !

Il fallait qu’elle bouge. Qu’elle aille courir. Qu’elle repousse, en forçant son corps, le rouleau de douleur qui l’écrasait. Elle ne voulait pas risquer de mourir une nouvelle fois. Mais comment est-ce possible ? Comment est-ce que je peux avoir aussi mal chaque fois ? Je ne guérirai jamais, jamais.

Heureusement que tu es là, toi ! Avec ta gueule de bandit amoché, murmura-t-elle à Du Guesclin. Quand les gens se penchaient vers elle et demandaient d’un petit ton surpris « c’est votre chien ? », suggérant « c’est vous qui l’avez choisi aussi noir, aussi lourd, aussi laid ? », elle se rebiffait et disait : « C’est MON chien et je n’en veux pas d’autre ! » Même s’il a pas de queue, une oreille cassée, un œil voilé, qu’il est chauve de poils par endroits, cousu de cicatrices, a le cou bien épais et la tête enfoncée dans les épaules. Je n’en connais pas de plus beau. Du Guesclin se pavanait, fier d’avoir été si bien défendu, et Joséphine disait : « Viens, Du Guesclin, ces gens-là n’y connaissent rien. »

Ce devrait être toujours comme ça quand on aime. Sans condition. Sans juger. Sans établir des critères, des préférences.

Je n’étais pas assez bien, n’est-ce pas ? Je ne suis toujours pas assez bien. Pas assez, pas assez, pas assez… Cette antienne a bousillé mon enfance, bousillé ma vie de femme et se prépare à saborder mon amour.

Peu de temps après la mort d’Iris, elle avait appelé Henriette. Elle lui avait demandé s’il était possible de retrouver des photos d’Iris et elle, enfants. Elle voulait les encadrer. Henriette avait répondu que ses photos étaient à la cave, qu’elle n’avait pas le temps d’aller les chercher et de les trier.

— Et d’ailleurs, Joséphine, je crois qu’il est préférable que tu ne m’appelles plus. Je n’ai plus de fille. J’en avais une et je l’ai perdue.

Et le rouleau de vagues l’avait écrasée, emportée, renvoyée vers le large, vers une noyade certaine. Depuis, tout était flou. Elle perdait pied. Rien ni personne ne pouvait la sauver. Elle ne pouvait compter que sur elle, que sur ses forces à elle pour reprendre pied.

Cette femme, sa mère, avait la toute-puissance de la tuer chaque fois. On ne guérit pas d’avoir une mère qui ne vous aime pas. Ça creuse un grand trou dans le cœur et il en faut de l’amour et de l’amour pour le remplir ! On n’en a jamais assez, on doute toujours de soi, on se dit qu’on n’est pas aimable, qu’on ne vaut pas tripette.

Peut-être qu’Iris aussi souffrait de ce mal-là… Peut-être que c’est pour cette raison qu’elle a couru vers cet amour de folie. Qu’elle a tout accepté, tout enduré, il m’aime, elle se disait, il m’aime ! Elle croyait avoir trouvé un amour qui remplissait le puits sans fond.

Et moi, Du Guesclin, je veux quoi ? Je ne sais plus. Je sais l’amour de mes filles. Le jour de la crémation, on était soudées, mes mains dans les leurs, et c’est la première fois que j’ai senti qu’à nous trois, on ne faisait qu’un. J’ai aimé cette arithmétique-là. Il faut que j’apprenne, maintenant, l’amour avec un homme.

1 ... 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)