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Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
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Hortense regarda le papier sur lequel sa mère avait imprimé le texte qu’elle devait lire et soupira, encore une idée de maman ! Comme si on avait la tête à lire de la poésie. Enfin… Elle écouta jusqu’au bout le quartet à cordes de Mozart et quand vint le moment où elle dut lire le poème de Clément Marot, elle commença d’une voix qu’elle détesta d’être tremblante :

Plus ne suis ce que j’ai été…

Elle toussota, reprit un peu d’aplomb. Et continua vaillamment :

Plus ne suis ce que j’ai été

Et plus ne saurai jamais l’être.

Mon beau printemps et mon été

Ont fait le saut par la fenêtre.

Amour, tu as toujours été mon maître,

Je t’ai servi sous tous les dieux.

Ah, si je pouvais deux fois naître

Comme je te servirais mieux !

Et alors, à l’idée qu’Iris pourrait se lever de ce cercueil, venir s’asseoir au milieu d’eux, réclamer une coupe de champagne, enfiler des bottes d’égoutier et les assortir avec un petit haut rose fuchsia de Christian Lacroix, elle éclata en sanglots. Elle pleura, furieuse, debout, les bras tendus en avant comme si elle tentait de repousser les armées de larmes qui la dévastaient. C’est de leur faute aussi ! Cette mise en scène macabre ! On est là comme des imbéciles, on chiale au fond d’une crypte sinistre, on se lamente en récitant des vers et en écoutant Mozart. Et l’autre qui me regarde avec sa tronche désolée de grand dadais ! Ah ! Il va pas en rajouter ! Il va pas faire ça, il va pas venir vers moi et…

Et elle se jeta dans les bras de Gary qui l’enlaça comme on porte une gerbe de fleurs, posa sa tête sur le sommet de son crâne et la serra fort, fort en disant, pleure pas, Hortense, pleure pas. Et plus il la serrait, plus elle avait envie de pleurer, mais c’étaient de drôles de pleurs, ça ressemblait plus du tout aux pleurs de Clément Marot, c’étaient des pleurs pour autre chose qu’elle ne connaissait pas vraiment, mais qui était plus doux, plus gai, des pleurs comme une sorte de bonheur, de soulagement, de grande joie qui lui tordait le cœur, qui la faisait rire et pleurer à la fois comme si c’était trop grand, trop flou, trop insaisissable, du réconfort qu’elle attrapait avec ses doigts. Il était là, et pas là, elle le tenait et elle le tenait pas, une sorte de réconciliation avant une autre séparation, peut-être, elle ne savait pas. Elle avait envie de ne jamais s’arrêter de pleurer.

Et puis, mince ! Elle analyserait plus tard, quand elle aurait le temps, quand on en aurait fini avec tous ces pleurs, ces regrets étouffés dans des mouchoirs, ces nez rougis, ces cheveux mal peignés. Elle se reprit, renifla et réalisa, furieuse, qu’elle n’avait jamais pleuré de sa vie, que c’était sa première fois et il fallait que ce soit dans les bras de Gary, ce traître à la solde de Charlotte Bradsburry ! Elle se dégagea d’un coup, vint se ranger aux côtés de sa mère qu’elle empoigna fermement par le bras, signifiant à Gary que la séquence tendresse était terminée.

On leur annonça que la crémation allait avoir lieu. Qu’ils pouvaient attendre dehors. Ils sortirent en rangs disciplinés. Joséphine serrant les mains de ses filles, Philippe tenant celle d’Alexandre. Henriette, seule, évitant soigneusement Carmen qui restait en retrait. Shirley et Gary fermaient la marche.

Philippe avait décidé de disperser les cendres d’Iris dans la mer, devant leur maison de Deauville. Alexandre était d’accord. Joséphine aussi. Il en avertit Henriette qui déclara : « L’âme de ma fille ne réside pas dans une urne, vous pouvez en faire ce que vous voulez. Quant à moi, je vais rentrer chez moi… Je n’ai plus rien à faire ici. » Elle les salua et partit. Carmen la suivit après s’être abîmée dans les bras de Philippe qui lui promit qu’il continuerait à s’occuper d’elle. Elle embrassa Joséphine et se retira comme une ombre désolée, longeant les allées du cimetière.

Shirley et Gary allèrent visiter les tombes. Gary tenait à voir celles d’Oscar Wilde et de Chopin. Ils emmenèrent Hortense, Zoé et Alexandre.

Philippe et Joséphine restèrent seuls. Ils s’assirent sur un banc, au soleil. Philippe avait pris la main de Joséphine dans la sienne et la caressait doucement en silence.

— Pleure, mon amour, pleure. Pleure sur sa vie car, aujourd’hui, elle a trouvé la paix.

— Je le sais. Mais je peux pas m’en empêcher. Il va me falloir du temps pour réaliser que je ne la verrai plus. Je la cherche partout. J’ai l’impression qu’elle va surgir, se moquer de nous et de nos mines tristes.

Une femme blonde, d’un certain âge, marchait vers eux. Elle portait un chapeau, des gants, un tailleur très bien coupé.

— Tu la connais ? demanda Philippe entre ses lèvres.

— Non. Pourquoi ?

— Parce que je crois bien qu’elle va nous parler…

Ils se redressèrent et la femme fut bientôt devant eux. Elle paraissait très digne. Son visage chiffonné révélait des nuits sans sommeil et les coins de sa bouche tombaient en virgules tristes.

— Madame Cortès ? Monsieur Dupin ? Je suis madame Mangeain-Dupuy, la mère d’Isabelle…

Philippe et Joséphine se levèrent. Elle leur fit signe que ce n’était pas nécessaire.

— J’ai lu l’avis de décès dans Le Monde et je voulais vous dire… enfin je ne sais pas comment… C’est un peu délicat… Je voulais vous dire que la mort de votre sœur, madame, celle de votre femme, monsieur, n’a pas été inutile. Elle a libéré une famille… Est-ce que je peux m’asseoir ? Je ne suis plus toute jeune et ces événements m’ont fatiguée…

Philippe et Joséphine s’écartèrent. Elle s’assit sur le banc et ils prirent place à côté d’elle. Elle posa ses mains gantées sur son sac. Releva le menton et, en fixant le carré de gazon face à elle, elle commença ce qui devait être une longue confession que Joséphine et Philippe écoutèrent sans l’interrompre tant l’effort que faisait cette femme pour parler leur paraissait immense.

— Ma visite doit vous paraître saugrenue, mon mari ne voulait pas que je vienne, il trouve ma présence déplacée, mais il me semble que c’est mon devoir de mère et de grand-mère d’accomplir cette démarche…

Elle avait ouvert son sac. Elle en sortit une photo, celle-là même que Joséphine avait aperçue au mur de la chambre des Lefloc-Pignel : la photo du mariage d’Hervé Lefloc-Pignel et d’Isabelle Mangeain-Dupuy. L’essuya du revers de sa main gantée, puis se mit à parler.

— Ma fille, Isabelle, a rencontré Hervé Lefloc-Pignel au bal de l’X, à l’Opéra. Elle avait dix-huit ans, il en avait vingt-quatre. Elle était jolie, innocente, venait d’avoir son bac et ne se trouvait ni belle ni intelligente. Elle avait un terrible complexe d’infériorité envers ses deux sœurs aînées qui avaient fait des études brillantes. Elle est tombée tout de suite très amoureuse et très vite aussi, elle a voulu l’épouser. Quand elle nous en a parlé, nous l’avons mise en garde. Je vais être franche, nous ne voyions pas cette union d’un bon œil. Pas tellement à cause des origines d’Hervé, ne vous méprenez pas, mais parce qu’il nous paraissait ombrageux, difficile, extrêmement susceptible. Isabelle n’a jamais voulu nous écouter et il a bien fallu consentir à cette union. La veille du mariage, son père l’a suppliée une dernière fois de renoncer. Elle lui a alors lancé au visage que, s’il avait peur de la mésalliance, elle se souciait comme d’une guigne qu’il sorte d’une bouse de vache ou d’une vaisselle en argent ! Ce sont ses propres mots… Nous n’avons plus insisté. Nous avons appris à déguiser nos sentiments et l’avons accueilli comme notre gendre. L’homme était brillant, il est vrai. Difficile, mais brillant. À un moment, il a su sortir la banque familiale d’un terrible bourbier et à partir de ce jour, nous l’avons traité en égal. Mon mari lui a offert la présidence de la banque et beaucoup d’argent. Il s’est détendu, a paru heureux, les rapports avec nous ont été plus faciles. Isabelle rayonnait. Elle était enceinte de son premier enfant. Ils avaient l’air très amoureux. Ce fut une période bénie. Nous regrettions même d’avoir été si… conservateurs, si méfiants envers lui. Nous parlions souvent quand nous étions seuls, mon mari et moi, de ce retournement de situation. Et puis…

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