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Ensemble, c’est tout

Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:

Et puis, qu'est-ce que ça veut dire, différents ? C'est de la foutaise, ton
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
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Un peu fatigue...

Dites-moi, Camille, vous n'avez pas trop froid l-haut ?

Je ne sais pas... Bon, je... J'y vais l... Merci pour la toque.

Engourdie par la chaleur de la rame, elle s'endormit et ne se rveilla qu'au bout de la ligne. Elle s'assit dans l'autre sens et enfona son bonnet d'ours sur ses yeux pour pleurer d'puisement. Oh, ce vieux truc puait affreusement...

Quand, enfin, elle sortit la bonne station, le froid qui la saisit fut si cinglant qu'elle dut s'asseoir sous un Abribus. Elle se coucha en travers et demanda au jeune homme qui se trouvait prs d'elle de lui happer un taxi.

Elle remonta chez elle sur les genoux et tomba de tout son long sur son matelas. Elle n'eut pas le courage de se dshabiller et songea, lespace d'une seconde, mourir sur-le-champ. Qui le saurait ? Qui s'en soucierait ? Qui la pleurerait ? Elle grelottait de chaleur et sa sueur l'enveloppa d'un linceul glac.

20

Philibert se releva vers deux heures du matin pour aller boire un verre d'eau. Le carrelage de la cuisine tait gel et le vent cognait mchamment contre les carreaux de la fentre. Il fixa un moment l'avenue dsole en murmurant des bribes d'enfance... Voici venir l'hiver, tueur des pauvres gens... Le thermomtre extrieur affichait moins six et il ne pouvait s'empcher de penser ce petit bout de femme l-haut. Dormait-elle, elle ? Et qu'avait-elle fait de sa chevelure, la malheureuse ?

Il devait faire quelque chose. Il ne pouvait pas la laisser comme a. Oui, mais son ducation, ses bonnes manires, sa discrtion enfin, l'emberlificotaient dans d'infinies palabres...

tait-ce bien convenable de dranger une jeune fille en pleine nuit ? Comment allait-elle le prendre ? Et puis, peut-tre qu'elle n'tait pas seule aprs tout ? Et si elle tait nue ? Oh, non... Il prfrait ne pas y songer... Et comme dans Tintin, l'ange et le dmon se chamaillaient sur l'oreiller d' ct.

Enfin... Les personnages taient un peu diffrents...

Un ange frigorifi disait : Voyons, mais elle meurt de froid cette petite... et l'autre, les ails pinces, lui rtorquait : Je sais bien mon ami, mais cela ne se fait pas. Vous irez prendre de ses nouvelles demain matin. Dormez maintenant, je vous prie.

Il assista leur petite querelle sans y prendre part, se retourna dix fois, vingt fois, les pria de se taire et finit par leur voler leur oreiller pour ne plus les entendre.

trois heures cinquante-quatre, il chercha ses chaussettes dans le noir.

Le rai de lumire qui filtrait sous sa porte lui redonna du courage.

Mademoiselle Camille ? Puis, peine plus fort :

Camille ? Camille ? C'est Philibert... Pas de rponse. Il essaya une dernire fois avant de rebrousser chemin. Il tait dj au bout du couloir quand il entendit un son touff.

Camille, vous tes l ? Je me faisais du souci pour vous et je... Je...

... porte... ouverte... gmit-elle.

La soupente tait glace. Il eut du mal entrer cause du matelas et buta contre un tas de chiffons. Il s'agenouilla. Souleva une couverture, puis une autre, puis une couette et tomba enfin sur son visage. Elle tait trempe.

Il posa sa main sur son front :

Mais vous avez une fivre de cheval ! Vous ne pouvez pas rester comme a... Pas ici... Pas toute seule... Et votre chemine ?

... pas eu le courage de la dplacer...

Vous permettez que je vous emmne avec moi ?

O?

Chez moi.

Pas envie de bouger...

Je vais vous prendre dans mes bras.

Comme un prince charmant ?

Il lui sourit :

Allons bon, vous tes si fivreuse que vous dlirez prsent...

Il tira le matelas au milieu de la pice, lui dfit ses grosses chaussures et la souleva aussi peu dlicatement que possible.

Hlas, je ne suis pas aussi fort qu'un vrai prince... Euh... Vous pouvez essayer de passer vos bras autour de mon cou, s'il vous plat ?

Elle laissa tomber sa tte sur son paule et il fut drout par l'odeur aigre qui manait de sa nuque.

L'enlvement fut dsastreux. Il cognait sa belle dans les tournants et manquait de tomber chaque marche. Heureusement, il avait pens prendre la clef de la porte de service et n'eut que trois tages descendre. Il traversa l'office, la cuisine, faillit la faire tomber dix fois dans le corridor et la dposa enfin sur le lit de sa tante Edme.

coutez-moi, je dois vous dcouvrir un peu, j'imagine... Je... Enfin, vous... Enfin, c'est trs embarrassant, quoi...

Elle avait ferm les yeux.

Bon.

Philibert Marquet de la Durbellire se trouvait l dans une situation fort critique.

Il songea aux exploits de ses anctres mais la Convention de 1793, la prise de Cholet, le courage de Cathelineau et la vaillance de La Rochejaquelein lui semblrent bien peu de chose tout coup...

L'ange courrouc tait maintenant perch sur son paule avec son guide de la Baronne Staffe sous le bras. Il s'en donnait cur joie : Eh bien, mon ami, vous tes content de vous, n'est-ce pas ? Ah ! Il est bien, l, notre preux chevalier ! Mes flicitations, vraiment... Et maintenant ? Qu'est-ce qu'on fait, prsent ? Philibert tait totalement dsorient. Camille murmura :

... soif...

Son sauveur se prcipita dans la cuisine, mais l'autre rabat-joie l'attendait au bord de l'vier : Mais, oui ! Mais continuez... Et le dragon alors ? Vous n'y allez pas, combattre le dragon ? , Oh, toi, ta gueule ! lui rpondit Philibert. Il n'en revenait pas et repartit au chevet de sa malade le cur plus lger. Finalement ce n'tait pas si compliqu. C'est Franck qui avait raison : quelquefois un bon juron valait mieux qu'un long discours. Ainsi ragaillardi, il la fit boire et prit son courage deux mains : il la dshabilla.

Ce ne fut pas facile car elle tait plus couverte qu'un oignon. Il lui ta d'abord son manteau, puis sa veste en jean. Vint ensuite un pull, un deuxime, un col roul et enfin, une espce de liquette manches longues. Bon, se dit-il, je ne peux pas la lui laisser, on pourrait presque l'essorer... Bon, tant pis, je verrai son... Enfin son soutien... Horreur ! Par tous les saints du ciel ! Elle n'en portait pas ! Vite, il rabattit le drap sur sa poitrine. Bien... Le bas maintenant... Il tait plus l'aise car il pouvait manuvrer ttons en passant par-dessous la couverture. Il tira de toutes ses forces sur les jambes de son pantalon. Dieu soit lou, la petite culotte n'tait pas venue avec...

Camille ? Vous avez le courage de prendre une douche ?

Pas de rponse.

Il secoua la tte de dsapprobation, alla dans la salle de bains, remplit un broc d'eau chaude dans lequel il versa un peu d'eau de Cologne et s'arma d'un gant de toilette.

Courage, soldat !

Il dfit le drap et la rafrachit du bout du gant d'abord, puis plus vaillamment.

Il lui frotta la tte, le cou, le visage, le dos, les aisselles, les seins puisqu'il le fallait, et pouvait-on appeler cela des seins, d'ailleurs ? Le ventre et les jambes. Pour le reste, ma foi, elle verrait... Il essora le gant et le posa sur son front.

Il lui fallait de l'aspirine prsent... Il empoigna si fort le tiroir de la cuisine qu'il en renversa tout le contenu sur le sol. Fichtre. De l'aspirine, de l'aspirine...

Franck se tenait sur le pas de la porte, le bras pass sous son tee-shirt en train de se gratter le bas-ventre :

Hou, fit-il en billant, qu'est-ce qui se passe ici ? C'est quoi tout ce merdier ?

Je cherche de l'aspirine...

Dans le placard...

Merci.

T'as mal au crne ?

Non, c'est pour une amie...

Ta copine du septime ?

Oui. Franck ricana :

Attends, t'tais avec elle, l ? T'tais l-haut ?

Oui. Pousse-toi, s'il te plat...

Arrte, j'y crois pas... Ben t'es plus puceau alors !

Ses sarcasmes le poursuivaient dans le couloir :

H ? Elle te fait le coup de la migraine ds le premier soir, c'est a ? Putain, ben t'es mal barr, mon gars...

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