Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
Philibert referma la porte derri�re lui, se retourna et murmura distinctement : � Ta gueule � toi aussi... �
Il attendit que le comprim� ait rendu toutes ses bulles puis la d�rangea une derni�re fois. Il crut l'entendre chuchoter � papa... �. � moins que ce ne f�t � pas... pas... � car elle n'avait probablement plus soif. Il ne savait pas.
Il remouilla le gant, tira les draps et resta l� un moment.
Interdit, effray� et fier de lui.
Oui, fier de lui.
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Camille fut r�veill�e par la musique de U2. Elle crut d'abord �tre chez les Kessler et s'assoupit de nouveau. Non, s'embrouillait-elle, non, ce n'�tait pas possible �a... Ni Pierre, ni Mathilde, ni leur bonne ne pouvaient balancer Bono � plein volume de cette mani�re. Il y avait un truc qui ne collait pas, l�... Elle ouvrit lentement les yeux, g�mit � cause de son cr�ne et attendit dans la p�nombre de pouvoir reconna�tre quelque chose.
Mais o� �tait-elle ? Qu'est-ce que... ?
Elle tourna la t�te. Tout son corps regimbait. Ses muscles, ses articulations et son peu de chair lui refusaient le moindre mouvement. Elle serra les dents et se releva de quelques centim�tres. Elle frissonnait et �tait de nouveau couverte de transpiration.
Son sang lui battait les tempes. Elle attendit un moment, immobile et les yeux clos, que la douleur s'apaise.
Elle rouvrit d�licatement les paupi�res et constata qu'elle se trouvait dans un lit �trange. Le jour passait � peine entre les interstices des volets int�rieurs et d'�normes rideaux en velours, � moiti� d�croch�s de leur tringle, pendaient mis�rablement de chaque c�t�. Une chemin�e en marbre lui faisait face, surplomb�e d'un miroir tout piquet�. La pi�ce �tait tendue d'un tissu � fleurs dont elle ne distinguait pas tr�s bien les couleurs. Il y avait des tableaux partout. Des portraits d'homme et de femmes v�tus de noir qui semblaient aussi �tonn�s qu'elle de la trouver l�. Elle se tourna ensuite vers la table de nuit et aper�ut une tr�s jolie carafe grav�e � c�t� d'un verre � moutarde Scoubidou. Elle mourait de soif et la carafe �tait remplie d'eau, mais elle n'osa pas y toucher : � quel si�cle l'avait-on remplie ?
O� �tait-elle bon sang, et qui l'avait amen�e dans ce mus�e ?
Il y avait une feuille de papier pli�e en deux contre un bougeoir : � Je n'ai pas os� vous d�ranger ce matin. Je suis parti travailler. Je reviens vers sept heures. Vos v�tements sont plies sur la berg�re. Il y a du canard dans le r�frig�rateur et une bouteille d'eau min�rale au pied du lit. Philibert. �
Philibert ? Mais qu'est-ce qu'elle fichait dans le pieu de ce gar�on ?
Au secours.
Elle se concentra pour retrouver les bribes d'une improbable d�bauche, mais ses souvenirs n'allaient pas au-del� du boulevard Brune... Elle �tait assise, pli�e en deux sous un Abribus et suppliait un grand type avec un manteau sombre de lui appeler un taxi... �tait-ce Philibert ? Non, pourtant... Non, ce n'�tait pas lui, elle s'en serait souvenue...
Quelqu'un venait d'�teindre la musique. Elle entendit encore des pas, des grognements, une porte qui claquait, une deuxi�me et puis plus rien. Le silence.
Elle avait une envie pressante mais attendit encore un moment, attentive au moindre bruit et d�j� �puis�e � l'id�e de bouger sa pauvre carcasse.
Elle poussa les draps et souleva l'�dredon qui lui sembla peser aussi lourd qu'un �ne mort.
Au contact du plancher, ses orteils se recroquevill�rent. Deux babouches en chevreau l'attendaient � la lisi�re du tapis. Elle se leva, vit qu'elle �tait v�tue d'un haut de pyjama d'homme, enfila les chaussons et mit sa veste en jean sur ses �paules.
Elle tourna la poign�e tout doucement et se retrouva dans un immense couloir, tr�s sombre, d'au moins quinze m�tres de long.
Elle chercha les toilettes...
Non, l�, c'�tait un placard, ici une chambre d'enfant avec deux lits jumeaux et un cheval � bascule tout mit�. Ici... Elle ne savait pas... Un bureau peut-�tre ? Il y avait tant de livres pos�s sur une table devant la fen�tre que le jour n'entrait qu'� peine. Un sabre et une �charpe blanche �taient pendus au mur ainsi qu'une queue de cheval accroch�e au bout d'un anneau en laiton. Une vraie queue d'un vrai cheval. C'�tait assez sp�cial comme relique...
L� ! Les toilettes !
Le battant �tait en bois ainsi que la poign�e de la chasse d'eau. La cuvette, vu son �ge, avait d� voir des g�n�rations de popotins en crinolines... Camille eut quelques r�ticences d'abord, mais non, tout cela fonctionnait parfaitement. Le bruit de la chasse �tait d�routant. Comme si les chutes du Niagara venaient de lui tomber sur la t�te...
Elle avait le vertige, mais continua son p�riple � la recherche d'une bo�te d'aspirine. Elle entra dans une chambre o� r�gnait un bazar indescriptible. Des v�tements tra�naient partout au milieu de magazines, de canettes vides et de feuilles volantes : bulletins de paye, fiches techniques de cuisine, manuel d'entretien GSXR ainsi que diff�rentes relances du Tr�sor public. On avait pos� sur le joli lit Louis XVI une horrible couette bariol�e et du matos � fumette attendait son heure sur la fine marqueterie de la table de nuit. Bon, �a sentait le fauve l�-dedans...
La cuisine se trouvait tout au bout du couloir. C'�tait une pi�ce froide, grise, triste, avec un vieux carrelage p�le rehauss� de cabochons noirs. Les plans de travail �taient en marbre et les placards presque tous vides. Rien, si ce n'�tait la pr�sence bruyante d'un antique Frigidaire, ne pouvait laisser supposer que des gens vivaient l�... Elle trouva le tube de comprim�s, prit un verre pr�s de l'�vier et s'assit sur une chaise en formica. La hauteur sous plafond �tait vertigineuse et le blanc des murs retint son attention. Ce devait �tre une peinture tr�s ancienne, � base de plomb, et les ann�es lui avaient donn� une patine velout�e. Ni cass�, ni coquille d'�uf, c'�tait le blanc du riz au lait ou des entremets fades de la cantine... Elle proc�da mentalement � quelques m�langes et se promit de revenir un jour avec deux ou trois tubes pour y voir plus clair. Elle se perdit dans l'appartement et crut qu'elle n'allait jamais retrouver sa chambre. Elle s'�croula sur le lit, songea un instant � appeler l'autre comm�re de chez Touclean et s'endormit aussit�t.
22
� �a va ?
� C'est vous Philibert ?
� Oui...
� Je suis dans votre lit, l� ?
� Mon lit ? Mais, mais... Mais non, voyons... Jamais je...
� Je suis o� ?
� Dans les appartements de ma tante Edm�e, Tante M�e, pour les intimes... Comment vous sentez-vous, ma ch�re ?
� �puis�e. J'ai l'impression d'�tre pass�e sous un rouleau compresseur...
� J'ai appel� un m�decin...
� Oh, mais non, il ne fallait pas !
� Il ne fallait pas ?
� Oh... Et puis si... Vous avez bien fait... J'aurai besoin d'un arr�t de travail de toute fa�on...
� J'ai mis de la soupe � chauffer...
� Je n'ai pas faim...
� Vous vous forcerez. Il faut vous retaper un peu sinon votre corps ne sera pas suffisamment vaillant pour bouter le virus hors des fronti�res... Pourquoi vous souriez ?
� Parce que vous parlez comme si c'�tait la Guerre de Cent Ans...
� Ce sera un peu moins long, j'esp�re ! Ah, tiens, vous entendez ? Ce doit �tre le m�decin...
� Philibert ?
� Oui?
� Je n'ai rien, l�... Pas de ch�quier, pas d'argent, rien...
� Ne vous inqui�tez pas. On s arrangera plus tard... Au moment du trait� de paix...
23
� Alors ?
� Elle dort.
� Ah?
� C'est un membre de votre famille ?
� Une amie...
� Une amie comment ?
� Eh bien, c'est euh... une voisine, enfin u... une voisine amie, s'embrouilla Philibert.
� Vous la connaissez bien ?
� Non. Pas tr�s bien.
� Elle vit seule ?
� Oui.
Le m�decin grima�a.
� Quelque chose vous pr�occupe ?
� On peut dire �a comme �a... Vous avez une table ? Un endroit o� je puisse m'asseoir ?
Philibert le conduisit dans la cuisine. Le m�decin sortit son bloc d'ordonnances.