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Quelqu'un marchait sur ma tombe

Электронная книга - «Quelqu'un marchait sur ma tombe». Краткое содержание книги:

Lisa a su mobiliser et convaincre l'avocat de son amant et ses amis dans le seul but de le faire évader de la prison de Hanovre.
Franck, condamné à perpète pour le meurtre d'un flic, sera-t-il enfin libre après cinq années de détention ?
Ses amis réussiront-ils cet exploit incroyable préparé à son insu ?
Dans sa cellule Franck se pose des questions au sujet de ces cinq années… Lisa est-elle la maîtresse de son avocat ? L'a-t-elle trahi ?
Au cours d'une course contre la montre et d'un suspense à huis clos, la jalousie armera-t-elle le bras de la justice immanente ?
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Ces paroles apaisantes tranquillisèrent Lisa.

— Tu devrais te changer, Frank, fit la jeune femme en montrant la valise.

Frank approuva.

— Vous restez ici, maître ?

Gessler fit un lent signe de tête affirmatif.

— C’est très imprudent, souligna Frank. Très imprudent. Supposez que… que la situation n’évolue pas favorablement…

L’avocat s’assit sans répondre. Il était infiniment morne, comme un homme qui a passé plusieurs nuits sans dormir et qui flotte dans un état second sans parvenir à s’en arracher.

Il jeta un coup d’œil à Lisa qui détourna la tête. Ce manège n’échappa pas à Frank dont le visage se durcit un peu plus. Il ouvrit la valise et en sortit l’uniforme.

Il hésitait à le revêtir. Ces hardes l’incommodaient. Il éprouvait une certaine nostalgie inavouable en songeant à son droguet de détenu.

— Alors ! tu le passes, ton beau costume marin ? gouailla Paulo qui devinait ses hésitations.

Frank quitta sa veste et se mit à dégrafer son pantalon. Au moment de l’ôter il s’interrompit pour regarder les autres. Seul Gessler s’était détourné.

— Je n’aime pas qu’on me regarde me déshabiller, lança le garçon.

Paulo et Freddy se hâtèrent de lui tourner le dos. Mais les deux Allemands qui n’avaient pas compris continuaient de le fixer tranquillement.

— Dites-le à ces deux idiots ! dit Frank.

— Il voudrait que vous vous détourniez, dit Lisa en allemand.

Warner et Baum hochèrent la tête et allèrent regarder par la verrière. Frank laissa tomber son pantalon et déclara en passant l’autre :

— Tu vois, Lisa, nous avons vécu cinq ans en Allemagne tous les deux. Toi, tu as appris l’allemand, moi pas !

— Pourquoi dis-tu cela ?

— Je constate. C’est vrai ou pas ?

— Pourquoi le constates-tu de ce ton hargneux, Frank ?

— Ce pantalon me gratte, dit Frank. C’est du drap dont on fait les couvertures de chevaux, non ?

— Quand on sera au Danemark, tu t’achèteras la tenue fantoche pour sortir en ville, plaisanta Paulo.

Il fut surpris de constater que sa boutade n’amusait personne.

— Vous pouvez vous retourner ! annonça Frank lorsqu’il eut enfilé la veste.

Ils abandonnèrent tous leur position discrète et Frank leur sourit à la ronde. Il paraissait tout à coup d’excellente humeur.

— Vous comprenez, s’excusa-t-il, j’ai perdu l’habitude d’être regardé. En taule, des habitudes, on en perd plus qu’on n’en prend !

Il bomba le torse et coiffa la casquette d’un geste rond.

— Je porte bien l’uniforme ?

— Tu fais marin, mais pas Allemand, remarqua Paulo. Vous ne trouvez pas, cher maître ?

— Mets la radio, Lisa, ordonna Frank en désignant le poste.

De nouveau, elle se mit à tourner le bouton chercheur, en quête d’informations. Mais elle n’en trouva pas et laissa l’appareil branché sur de la musique. Il s’agissait d’une valse viennoise au rythme durement marqué. Frank s’empara du passeport et murmura en le feuilletant :

— Au fait, je m’appelle comment ?…

Il trouva le nom et épela avec un très mauvais accent :

— Karl Lüdrich !

Gessler rectifia la prononciation.

— Si on vous demande votre nom et que vous l’articuliez de cette façon, vous aurez du mal à faire admettre que c’est le vôtre.

À plusieurs reprises, Frank répéta le nom, corrigé chaque fois par Gessler. À la fin il réussit à se le mettre en bouche et l’avocat lui fit signe que ça pouvait aller. Frank empocha le passeport.

— Que faisiez-vous pendant la guerre ? demanda-t-il à son avocat.

Gessler releva la tête.

— J’étais officier, pourquoi ?

— En taule je n’ai jamais osé vous le demander.

— Cela vous intéressait donc ?

— Vous avez fait la Russie ?

— Non, la Libye.

— Et pas la France ?

— La France également.

— Ça vous a plu, Paris ?

— Non.

— Pourquoi ?

— Parce qu’il était occupé. Je le préférais avant la guerre, et je le préfère maintenant. C’est une ville si fragile…

Freddy, qui musardait dans un coin de l’entrepôt où s’amoncelaient des colis, se mit à déchirer l’emballage d’un billard électrique.

— Eh bien, moi, dit Frank, savez-vous ce que je faisais pendant la guerre ?

— Que faisiez-vous ? demanda Gessler.

— J’étais au lycée ! Vous avez déjà eu des bacheliers parmi vos clients ?

— Ça m’est arrivé, affirma l’avocat.

Frank parut dépité.

— Et moi qui croyais être un cas ! soupira-t-il. 

10

L’inspecteur dépêché par le commissariat portait un manteau brun, trop long, et un vieux feutre défraîchi. Il examina les deux motocyclettes noires, nota leurs numéros et, se tournant vers les employés du tunnel, demanda :

— Quelqu’un se souvient-il d’avoir vu entrer les motocyclistes ?

Les interpellés s’entre-regardèrent avec des moues incertaines. Le plus jeune, un frêle garçon au visage criblé de taches de rousseur, déclara :

— Je ne vois que les policiers…

L’inspecteur tiqua.

— Les policiers ?

— Un fourgon cellulaire a pris le tunnel en fin d’après-midi. Deux motards l’escortaient…

L’hypothèse parut insensée à l’inspecteur.

— Des motards n’ont pas l’habitude d’abandonner leurs engins dans les ascenseurs ! déclara-t-il.

Les assistants éclatèrent de rire, à l’exception du jeune employé qui rougit.

— Je crois pourtant que c’est de leurs motos qu’il s’agit, insista-t-il, d’une voix qui s’étranglait.

Ses collègues le chahutèrent.

— Dis voir, Hans, tu n’aurais pas lu cette nuit un Kriminal Roman qui te serait resté sur la conscience ?

Ces sarcasmes donnèrent au jeune homme le courage d’exposer son point de vue.

— Quelque chose m’a surpris sur les motos de ces policiers, dit-il. En général, ils ont sur le guidon une plaque blanche avec le mot « Police ». Eux n’en avaient pas. Et puis leurs engins étaient plus petits que les motocyclettes réglementaires. Et puis…

— Et puis ? insista l’inspecteur.

— Et puis il manquait un garde-boue à l’une des machines. Et vous voyez : il en manque un à celle-ci.

— Vous me paraissez avoir un drôle d’œil, mon garçon, félicita le délégué du commissariat.

Hans rougit un peu plus. Ses collègues ne riaient plus.

— Ces motards escortaient un fourgon cellulaire, dites-vous ? reprit l’inspecteur.

— Oui.

— S’ils ont laissé leurs motos dans le second ascenseur, ils ont dû sortir à pied, non ? Demandez des détails de l’autre côté.

Le chef décrocha son téléphone pour sonner la rive d’en face. Il regrettait d’avoir laissé le vieux liftier rentrer chez lui. Son témoignage eût été précieux. Au poste de contrôle de l’autre rive, on lui répondit qu’effectivement un fourgon cellulaire noir était bien sorti du tunnel vers six heures trente, mais qu’aucun motard de l’escortait.

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