Les Jeux de l'amour et de la mort
- Автор: Варгас Фред
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Éditions du Masque
- ISBN: 978-2702478561
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Les Jeux de l'amour et de la mort». Краткое содержание книги:
— Mais je n’en sais rien au juste. À la fin de notre séjour, il est resté une semaine absent. J’étais morte d’angoisse. Louis ne disparaissait jamais sans me prévenir. Au bout de quelques jours, j’ai eu un appel de Gaylor. Il fallait que je ne m’inquiète pas, et que j’attende sans alerter personne surtout. Et finalement un matin, très tôt, Louis est arrivé. Il a dit : « fais ta valise, on se tire ». Et c’est tout. Il n’a rien ajouté d’autre et je ne lui ai pas posé de questions. Il avait l’air faible et terrorisé, et il avait des pansements. Il a mis très longtemps à retrouver le sourire. Si tu savais le temps qu’il a mis. C’est pour ça que je ne veux pas qu’on l’emmerde.
— Tu n’as rien pu savoir ?
— Tout ce que je peux te dire, c’est le nom des boîtes où ils allaient le soir. Ça je le sais.
Tom prit un papier.
— Il y avait d’abord le Western Club, non, le Western Hall. Je ne pourrais pas te dire où cela se trouve, mais ils y allaient très souvent. Et puis le Company, Louis disait le Comp’. Et puis le Greenline. Il y en avait encore un autre qui s’appelait le Country. Je ne les accompagnais jamais. Moi, je donnais des cours de français et je recevais des leçons d’anglais en échange, c’était Louis qui avait arrangé ça pour moi, et il n’y avait pas à discuter.
— Pourquoi Louis t’avait-il emmenée ?
— Ça ne t’avancerait à rien de le savoir. Disons qu’il fallait me changer d’air. Et puis il y avait encore le Peacock. Je n’ai jamais vu aucun de ces bars. Je m’ennuyais tellement avec mes leçons que j’ai voulu absolument les accompagner un soir. Louis est devenu furieux. Ce n’était pas des endroits pour moi, comment est-ce que je pouvais y songer ? De toute façon, on n’acceptait pas les filles, sauf au Greenline, donc cela réglait la discussion.
— Comment sais-tu tous ces noms, alors ?
— Tu crois que je te raconte n’importe quoi ? Simplement Louis me disait, « Ce soir petite, je sors. Si tu t’inquiètes, si tu as besoin de moi, je suis au Compagny avec Gaylor, tu peux m’y appeler. » S’il lui arrivait de changer de bar pendant la nuit, il me téléphonait pour me prévenir. Parfois, Louis rentrait saoul comme dix hommes à la fois, ou bien complètement abruti. Je me levais et je l’aidais à se coucher. Il me faisait peur. J’ai été soulagée qu’on s’en aille. Est-ce que cela peut t’aider ?
— Sûrement, dit Tom.
— Pourquoi est-ce que tu te mêles de ça ? Pourquoi ne laisses-tu pas les flics se débrouiller ?
— Je ne suis pas d’accord avec eux.
— Ah.
— Et puis on me suspecte.
— Je sais. Tout ce qui m’importe — et Jeanne se mit debout —, c’est que tu fiches la paix à Louis maintenant.
— J’ai compris. Tu me l’as déjà dit.
— Si j’arrive à en savoir plus, je te le dirai. Mais moi seule le questionnerai, c’est entendu, n’est-ce pas Tom ?
— C’est promis.
— J’ai ta parole.
Jeanne envoya un baiser du bout des doigts et partit sans dire au revoir. Tom regarda la porte quelques minutes. Si seulement Jeanne ne se faisait pas tant de souci pour son frère. Louis était un très bon photographe et il était en train de bien réussir. Il n’y avait pas de quoi se faire du souci. Il fallait juste espérer que Gaylor ait fait un coup tout seul et que Louis ne se soit pas mêlé à une sale histoire. Tom n’avait pas voulu inquiéter Jeanne.
IX
Tom eut l’impression qu’on sonnait sans arrêter à sa porte. Il se réveilla tout à fait et c’était l’aube. 5 heures. 5 heures du matin ! Les flics, sûrement. Pris de rage, Tom donna un coup de pied violent dans la porte avant de l’ouvrir. Et dans le couloir, il vit Jeremy, frais, propre, rasé, et souriant. Il avait une valise.
— Il est 5 heures du matin ! hurla Tom. Qu’est-ce que tu fous à me réveiller à cette heure-là ? (Sans attendre de réponse, Tom regagna aussitôt son lit et rabattit les couvertures sur sa tête.) Et éteins cette lumière, bon dieu, ou je te tue ! Va-t’en, je ne veux pas te voir maintenant !
— Tom il n’y avait pas d’autre moyen. Je file à l’aéroport, je prends ta voiture.
— Les clefs sont dans ma veste ! cria Tom.
— Non. Tu n’as rien compris, c’est toi qui conduis. Tu as juste le temps de mettre un pantalon et de m’accompagner.
— Tu es fou. Prends un taxi.
— Non. Je voulais te voir d’abord. Viens, tu te recoucheras plus tard. Tu verras, une fois debout, tu n’y penseras plus.
— Si j’y penserai ! Fous le camp ! Tu m’exaspères quand tu es comme ça !
— Viens bon dieu ! Où est ta voiture ?
— Sur le boulevard, devant la station.
— Je vais la prendre. Tiens-toi prêt. Dans cinq minutes, je te ramasse en bas. Tu prendras le volant, cela te réveillera tout à fait. Tu as entendu ? Dans cinq minutes !
— Ça va ! hurla Tom.
Jeremy partit en courant et Tom entendit qu’il riait. C’est facile de rire quand on s’endort après le dîner. Mais Tom n’était couché que depuis — il fit le calcul — depuis deux heures et demie. Il soupira et se mit debout.
— Pourquoi n’apprends-tu pas à conduire ?
— Je ne sais pas pourquoi, dit Jeremy.
— Cesse de prendre cet air nonchalant, c’est énervant. Où va-t’on ? Tu peux me le dire maintenant ?
— On va à l’aéroport. Prends par là.
— Mais tu pars loin ?
— Je pars pour l’Amérique, tout simplement. Californie. Cela t’intéresse ?
— Bien sûr cela m’intéresse.
— Tu te souviens de ce cycle de conférences que je devais faire au mois d’août ? Eh bien il est avancé. Plutôt non, je l’ai fait avancer. Car comprends-tu, un terme de l’affaire Gaylor est là-bas. Il faut aller le chercher. Et je vais le chercher.
— Très bien. Je t’absous. C’est une idée merveilleuse. Tu vas te renseigner sur le Greenline, le Western Hall, le Company, le Peacock ?
— Qu’est-ce que tu dis ?
— Ce sont les noms des bars où Gaylor a fait tant de tapage avant de filer en Europe. Tu es étonné, non ? Si, bien sûr tu es étonné. Je te mâche la tâche. Le germe est dans l’un de ces bars, j’en mettrai mes deux mains à couper.
— C’est précieux les mains.
— Ça veut dire ?
— Que tu t’emballes un peu trop vite et n’importe comment.
— Ne me dis pas Jeremy que tu vas négliger une piste pareille ?
— Une piste en or en effet. Avec tout ce qu’il faut pour te faire courir. Tu prends un vieux peintre célèbre, tu le balades dans les rues de Frisco, capitale du crime, tu ajoutes quelques bars pourris, pas mal de dépravation dans l’alcool, pas mal d’homosexualité, pas mal de tapage nocturne, tu couvres, tu laisses bouillir, tu lies avec un scandale quelconque à la cocaïne, ou ce que tu as sous la main d’un peu relevé, peu importe, tu mouilles un gros industriel très respecté, tu fais flamber. Et tu obtiens un gros succès auprès des convives béats.
— Et, bien entendu, le convive béat, c’est moi ?
— Bien entendu. Nappes et serviettes en satin noir gansé, très important.
— Arrête !
— J’ai fini.
— Et bien entendu tu vois les choses autrement ?
— Bien entendu. Cela t’intéresse de savoir comment ?
— Non cela ne m’intéresse pas ! cria Tom.