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Les Jeux de l'amour et de la mort

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Les Jeux de l'amour et de la mort
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— Et qu’on les recherche pour les éliminer vingt ans après ? Alors qu’ils se sont tus jusque-là ? Lucie haussa les épaules.

— On a déjà vu des hommes attendre vingt ans leur vengeance, dit Tom.

— Oui c’est vrai. Mais ce peut-être aussi des milliers d’autres choses. En tout cas je ne retournerai pas voir Louis. Je ne suis pas fière de moi. J’ai eu l’impression de le blesser.

— Est-ce que tu as vu Jeremy ?

— Non. Il a appelé. D’après son informateur toujours, la police ne lâche pas la piste Saldon, dit Lucie en jetant un regard vers l’homme installé de l’autre côté de la place. Ils s’obstinent. Mais il y a du nouveau malgré tout. Sur les dix personnes qui étaient près de vous quand Saldon a sursauté, l’une était sans doute à Frisco au moment de l’affaire de la fausse agence de voyage. Elle y a même peut-être tenu un rôle de premier plan.

— Ne me dis rien. Attends. Je vais deviner. L’import-export dans la chaussure, le roux ?

— Non.

— Le banquier ?

— Non. Tu ne trouveras pas. L’amour de sa vie.

— La gracieuse Américaine ?

— Exactement. Elle est l’épouse d’un homme de la General Motors et elle vit magnifiquement en Floride. Elle a dit n’avoir jamais été à Frisco, n’avoir jamais quitté l’Est. Mais Galtier a téléphoné là-bas. D’après son collègue, il pourrait s’agir d’une des têtes de ce vieux gang. Elle était chargée de donner confiance. Une jolie femme tu comprends, cela rassure tout le monde. Quand le coup s’est éventé, elle a disparu avec le fric, et la police n’a jamais pu remettre la main dessus. Les descriptions n’étaient pas assez précises pour qu’on la retrouve. Elle changeait souvent de visage, d’allure.

— Alors finalement, c’est bien à cause d’elle que Sald a sursauté mais pas du tout pour une histoire d’amour ? dit Tom en riant.

— Qui sait ? Sald a pu l’aimer malgré tout ! Ou même la suivre par amour ! On ne saura jamais.

Tom se rappela que Saldon était mort et il cessa de rire.

— Je m’en vais, dit Lucie. Que vas-tu faire maintenant ?

— Traîner sans doute. C’est même certain.

— Et lui là-bas ?

— Il va traîner derrière moi. Je vais le promener un peu, ça le dégourdira.

— Traîne bien alors. Et fais attention à toi tout de même.

— Pourquoi dis-tu cela ?

— Ce n’est pas moi. C’est Jeremy qui a dit ça tout à l’heure. Il a dit « fais attention à toi tout de même, ce n’est pas du tout une plaisanterie, et dis-le à Tom ». Donc je te le dis. Ce n’est pas une plaisanterie.

— Mais c’est lui qui s’amusait tellement hier soir, non ?

— Aujourd’hui il était différent.

— Dis-lui ce que je t’ai raconté, n’est-ce pas ?

— Ne t’inquiète pas.

Tom partit dans les rues. Il sentait derrière lui le poids de l’homme qu’il remorquait. Maintenant, cela l’amusait. On peut faire des tas de choses distrayantes avec quelqu’un qui surveille vos mauvaises actions.

Tom s’arrêta devant un platane, piétina un peu, et en fit trois fois le tour à pas très lents. Puis du bout de la rue, il vit l’homme qui fouillait du regard la grille de l’arbre. Tom se rapprocha doucement, cigarette aux lèvres.

— Vous avez du feu ?

Tom vit qu’il avait l’air fatigué, l’air d’en avoir assez, et il regretta tout de suite d’avoir joué avec lui. C’était facile d’agacer les enquêteurs loin du regard de Galtier.

— Pardonnez-moi, dit-il. J’ai tourné autour de cet arbre pour vous énerver. C’est idiot. Je n’ai rien mis dans la grille, et je n’y ai rendez-vous avec personne. D’ailleurs je ne suis pas l’assassin.

— Je ne sais pas ce que vous me voulez, dit l’homme.

Bien sûr. Il ne pouvait pas répondre autre chose.

— C’est bien, dit Tom. Je m’en vais. C’est-à-dire, on s’en va. Et je vais même vous dire où on va. Mais attention, à l’oreille.

Tom l’attrapa par le col et chuchota : Je rentre à la maison.

Et il le laissa avec un grand sourire.

C’est en chemin que Tom réalisa vraiment que le peintre pouvait mourir d’un moment à l’autre et que personne n’avait l’air de s’en soucier autrement. Galtier s’acharnait sur lui et sur les bricoles d’amateur de Saldon, alors que quelqu’un guettait, tranquille comme tout, que la belle occasion se présente à nouveau. Mais lui pouvait peut-être faire quelque chose. Il pouvait chercher, s’embusquer, protéger, il pouvait être merveilleux, comme avec l’anaconda. Il avait fini par tout savoir sur l’anaconda, le géant de la famille des Boïnés. Celui qu’il avait tué à la hache faisait plus de six mètres. Il finirait par tout savoir aussi de cet autre meurtrier et il se lancerait à travers sa route venimeuse. Tom se passa la main sur le front. Il imaginait trop en ce moment, beaucoup trop. Ça dépassait les limites qu’il s’était permises. Il n’avait même pas remarqué le chemin qu’il venait de parcourir alors qu’il était à présent presque devant chez lui. Peut-être des milliers de gens l’avaient-ils salué qu’il n’avait même pas vus. Il fallait qu’il reprenne ses pinceaux et qu’il se remette au travail, c’était ce qu’il avait de mieux à faire pour l’instant.

Il préparait ses couleurs quand le téléphone sonna. Il souhaita que ce soit Gaylor, mais c’était Jeanne. Elle paraissait très en colère, et Tom en fut fatigué d’avance. Lucie était venue harceler Louis de questions et elle ne le tolèrerait pas. Il fallait qu’on foute la paix à Louis avec ça.

— Il me semble que tu ne l’as pourtant pas épargné l’autre soir, dit Tom durement.

— C’est vrai. Mais c’est mon frère et cela me regarde. Il n’y a que moi qui aie le droit de l’emmerder avec cette histoire. C’est convenu entre nous.

— Comment cela ?

— J’étais en Amérique avec lui quand il a connu Gaylor. J’étais petite, sans doute, mais je me souviens bien de ce qui s’est passé. Je sais de quoi il s’agit et moi seule ai le droit d’en parler. C’est admis.

— Je ne cherche pas à lui faire de mal. Mais il y a des choses qu’il faut que j’apprenne et je me débrouillerai pour y parvenir.

Il y eut un silence et puis Jeanne dit :

— Ne bouge pas Tom. Je viens chez toi tout de suite.

Jeanne avait des façons très brutales. Tom rangea un à un ses pinceaux. Il passa sur sa paupière celui en poil de martre, qui avait coûté si cher, si cher d’ailleurs qu’il avait dû le voler en fin de compte. Quand Jeanne sonna, il retournait sa toile face contre le mur.

Elle ne dit pas bonjour, elle s’allongea sur le lit et croisa les mains sous sa nuque.

— Je te dis ce que je sais et tu me jures de le laisser tranquille. On est d’accord ?

— On est d’accord.

— Qu’est-ce qui t’intéresse ?

— Louis et Gaylor. Qu’est-ce qu’ils ont fabriqué là-bas ? Qu’est-ce qu’ils ont bien pu fabriquer pour qu’on manque de liquider Gaylor plus de vingt ans plus tard ?

— Qu’est-ce qui te fait croire que c’est en Amérique qu’il s’est passé quelque chose ?

— C’est une idée que j’ai.

— C’est à dire que tu n’en as pas d’autre ?

— Mets les choses comme ça si tu veux.

— Je n’aime pas ça. Tu crois que Louis pourrait risquer quelque chose ?

— Non. Pas forcément. Gaylor a très bien pu faire un coup tout seul. Mais Louis a l’air de se douter de quelque chose. Dis-moi ce que c’est.

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