Les Jeux de l'amour et de la mort
- Автор: Варгас Фред
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Éditions du Masque
- ISBN: 978-2702478561
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Les Jeux de l'amour et de la mort». Краткое содержание книги:
Tom vit le visage de Galtier se contracter pendant les minutes qui passaient. Gaylor ne venait pas au téléphone. Trop tard, pensa Tom, trop tard. Puis il sentit Galtier se détendre, et il reconnut le bourdonnement de la voix de Gaylor dans le récepteur. Galtier dicta ses consignes. Qu’il ne bouge pas. On allait faire garder son immeuble par la police. Qu’il ne bouge pas. Il n’avait rien à redouter s’il ne bougeait pas.
— Il a l’air affolé, dit Galtier en raccrochant. Tout le monde s’affole. Vous aviez raison Soler : il ne m’a pas posé une question. Il savait parfaitement ce qui l’attendait depuis cette soirée. Bon dieu, pourquoi n’a-t-il rien dit ?
Quatre hommes allaient cerner le 25 de l’avenue de l’Observatoire. On les relèverait à 11 heures.
— Soler, pourquoi ne pas m’avoir prévenu de ce rendez-vous chez Gaylor hier ?
— Il m’avait écrit que la police elle-même avait conseillé cette entrevue.
— Vous l’auriez su.
— Vous m’avez fait suivre toute la journée. Vous avez bien dû vous rendre compte que j’allais chez Gaylor.
— On ne t’a pas fait suivre.
— Un type fatigué, en imperméable, avec un journal.
— Non. Nos types ne se font jamais repérer.
À voir, pensa Tom. Il m’a fait suivre bien sûr. Et puis il se tut. Il s’en foutait. On allait attendre maintenant.
Chez Gaylor, on faisait le moins de bruit possible. Il avait commandé qu’on baisse tous les volets et l’appartement était dans la pénombre. Khamal servait des mescals. Gaylor avait l’air mal, agité, et Khamal voulait faire venir un médecin. Mais Esperanza l’avait interdit. Elle disait que ce serait pire encore. Elle avait dit, tu sais comme il est, il vaut mieux le laisser seul. Finalement Gaylor hurla. Il en avait assez de voir leurs têtes apeurées comme s’il allait claquer d’une seconde à l’autre. Il en avait assez de les entendre marcher à petits pas, il voulait qu’on lui foute la paix. Il sortit un billet de son portefeuille et le fourra dans la main de Khamal.
— Sors Khamal, sois gentil, va au théâtre, va te saouler, va faire n’importe quoi mais sors, je vous en prie, disparaissez tous les deux. Speranza, va dans ton salon, va te coucher, va faire quelque chose, je n’en peux plus de vous voir me regarder.
Le petit policier posté sur le palier entendait à travers la porte les éclats de voix de Gaylor. Et il se dit que, tout célèbre qu’il était, le grand Gaylor n’avait pas plus de sang-froid qu’un lapin. Cela lui fit très plaisir. Il en avait vu plus d’un, des grands hommes, oui, plus d’un, se tasser comme un paquet de poils et de peau dans le coin d’un mur. Il en riait tout seul quand il vit le visage désespéré de Khamal par la porte qui s’entrebâillait. Pauvre Khamal ! Il avait les paupières gonflées, l’expression défaite, et il fuyait la colère du maître, avec son argent froissé dans la main !
— Tu l’oublieras va ! lui cria le petit policier en se penchant par dessus la rampe.
Il rit encore. Il passait décidément une très bonne soirée et il alluma une cigarette.
Galtier avait fait commander un repas, mais cela n’intéressait personne. Tom n’était pas autorisé à quitter le commissariat, ni le bureau, ni le regard de Galtier, et Jeanne ne voulait pas quitter Tom.
— Il est probable qu’on s’en fait pour rien, dit Galtier.
Il regretta aussitôt cette phrase qui n’avait pas de sens. Tom voyait qu’il avait les yeux presque fermés et les cils très longs. C’est rare ça, des cils aussi longs, pensa-t-il. Jeanne avait la tête dans les bras. Depuis une heure, Tom passait les doigts dans ses cheveux et il avait réussi comme ça à l’endormir un peu.
X
Louis fut surpris de ne pas trouver Tom.
— Il n’a pas pu venir. Il regrette. Nous devions nous voir tous les trois, et c’est remis. Mais on peut tout de même dîner ensemble.
— Qu’est-ce que voulait Tom ? questionna Louis.
— Je ne sais pas. Il ne me l’a pas dit.
— J’aime autant ça. Je n’ai pas envie de voir Tom en ce moment. C’est entendu, où irons-nous ?
— J’ai ma voiture. Nous pourrons choisir en route.
La voiture hoquetait un peu. Elle cala tout à fait derrière la gare de Lyon.
— Ça ressemble à une bougie ça, dit Louis, accablé d’ennui à l’idée qu’il allait falloir s’occuper de cette foutue machine en panne.
— Ou bien c’est la tête d’allumage.
— Peut-être. Mais moi je vois plutôt une bougie.
Louis ne connaissait rien à la mécanique. Mais il aimait bien en parler de temps en temps. Il se sentit agrippé à la gorge. Il se débattit car il lui sembla impensable que son agresseur puisse avoir le dessus. Mais il étouffait et il ne put rien faire.
Tom dormait sur le banc du couloir, une main sur le ventre et l’autre touchant le sol. Galtier le prit par l’épaule.
— Ça y est, entendit-il. On vient de retrouver votre ami Louis sur un trottoir, derrière la gare de Lyon. Le pire est arrivé.
— Le pire arrive toujours, dit Tom.
Et il n’y eut plus moyen de le faire bouger pendant deux heures.
De temps en temps, Galtier passait, le secouait, et pensait que Thomas Soler avait l’air d’un homme fini.
En tout cas, le meurtre de Louis Vernon changeait bien des choses. Tom n’avait pas quitté le commissariat de toute la soirée. On ne pouvait imaginer plus innocent. Presque trop innocent peut-être. Galtier regarda Tom. Est-ce qu’il pouvait jouer la comédie, pleurer sur commande ? Est-ce qu’il aurait été de taille à monter un coup pareil ? Quel coup ? Faire tuer Louis par un complice dans le simple but de gagner son innocence ? Galtier trouva cette idée idiote et lugubre. Mais quelque chose le gênait. La police avait fouillé tout le passé de Tom et les résultats étaient désespérants. Tom avait peur des vaches et des bombyx. Qu’est-ce qu’on pouvait faire d’un type comme ça ? D’un autre côté, il avait passé des années à voyager seul dans des pays impossibles. Et il était violent, et toujours sur le point de se battre. Galtier avait même été proposer les photos des toiles de Tom à l’examen d’un psychiatre, démarche qu’il avait accomplie par devoir mais qui lui avait coûté beaucoup d’effort. Il n’en était sorti que des choses très ordinaires, qui avaient effaré le médecin, mais dont Galtier avait haussé les épaules. Angélisme, mégalomanie. Et alors ? Ce n’était pas une raison pour tuer tout le monde.
Il allait falloir aller trouver Jeanne Vernon, qu’on avait emmenée à l’infirmerie. Il allait falloir dire que Louis avait été étranglé et laissé pour compte sous la pluie du soir sur un trottoir de rien. Que la police n’avait rien su faire pour l’empêcher. Qu’on n’avait pas retrouvé le meurtrier et que cela risquait encore de durer longtemps comme ça et que lui, Galtier, était un zéro.
Et Soler qui ne voulait toujours pas remuer et qui faisait le mou sur ce foutu banc. Le type accompli de l’homme efficace. Pas une seule fois il ne s’était comporté comme il l’aurait fallu. Dans une minute Galtier se lèverait, il allumerait une cigarette et il dirait foutaises. C’est ce qu’il fit en effet et cela lui fit un peu de bien.
Il appela chez Gaylor, et dit qu’on avait tué Louis et qu’il arrivait. Qu’on ne bouge pas. Il prit un homme avec lui. Cette fois, il allait cracher le morceau le peintre. S’il avait bien voulu parler plus tôt, au lieu de protéger sa renommée des salissures, Louis Vernon ne serait sûrement pas mort. Et Galtier était exaspéré de cette mort. On l’en avait prévenu quelques heures plus tôt et elle s’était malgré tout produite. Soler l’avait supplié de l’empêcher. Mais son impuissance avait été publique. Et surtout il y avait Jeanne. Dans les limites de son indifférence, Galtier avait été troublé. Même tout à l’heure à l’infirmerie, après lui avoir dit pour Louis, elle avait eu une telle expression qu’il lui avait serré fort le visage entre ses deux mains. Il n’aurait pas voulu qu’elle s’écroule, c’est pourquoi il avait dû serrer si fort. Oui, cette fois-ci, il allait cracher le morceau le peintre.