Les Jeux de l'amour et de la mort
- Автор: Варгас Фред
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Éditions du Masque
- ISBN: 978-2702478561
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Les Jeux de l'amour et de la mort». Краткое содержание книги:
Donc rien n’explique le meurtre de Sald. C’est R.S. Gaylor qui devait être tué ce soir-là.
Et dans cette hypothèse, tout s’arrange. Parce que Gaylor, on ne l’approche pas facilement. Cette soirée est sans doute une occasion rare pour pouvoir se glisser auprès de lui et l’éliminer. Ce qui paraît exclure a priori ses intimes et oriente les soupçons vers une relation éloignée du peintre, ou même un inconnu agissant sur ordre. À moins que l’intime en question n’ait précisément joué là-dessus, ce qui deviendrait extrêmement compliqué. Tuer au milieu d’une réception quasi-publique, alors qu’on a vingt fois l’occasion de le faire chaque jour… Pas sot.
Ensuite, qu’il s’agisse d’une proche ou d’un tueur à gages, il suffit de bien préparer son coup, d’isoler Gaylor à un moment convenu de la soirée. De l’attirer dans son bureau. Un complice peut appeler de l’extérieur, et demander à parler d’urgence à Gaylor pour une affaire confidentielle. Naturellement Gaylor viendra prendre la communication dans son bureau, et non pas dans l’entrée où il y a beaucoup trop de monde. L’assassin attend sa victime, et à l’heure dite, il voit entrer un homme en cape qui s’approche du secrétaire. Comment pourrait-il imaginer qu’il s’agit d’un pauvre Américain qui n’a rien à voir dans cette histoire ? Dans l’hypothèse d’un tueur à gages, la méprise est certaine. Elle est douteuse venant d’un proche. Allons pour le tueur donc. Et le tueur fait son travail. Il tue.
Je suis génial, pensa Tom. Tout ceci est limpide, mécanique et génial. Pauvre Saldon. Il a mal choisi son moment. Et si contrairement à toutes les prévisions, Gaylor avait pris la communication en bas ? Et si Saldon, le voyant occupé au téléphone, avait jugé que c’était le moment ou jamais d’aller faire son coup tranquillement là-haut ? Ce qui expliquerait qu’il ait poussé la porte du bureau à la minute précise où le tueur attendait Gaylor. Cela s’organise impeccablement. Et Galtier qui fait le con à me faire surveiller. Tom jeta un œil. Le type était toujours là, il lisait le journal, debout au milieu de la rue. Tom secoua la tête. C’était donc vrai que les flics en civil étaient repérables comme des palmiers dans le désert. Et en plus il était en imperméable. C’était misérable et Tom eut honte pour Galtier. Mais peut-être Galtier tenait-il à ce qu’il se sache suivi, pour l’épuiser. Ç’aurait bien été dans son style.
Et d’ailleurs, ce qui prouvait qu’il était bien dans la bonne direction, c’était cette panique de Gaylor. Gaylor, lui, ne s’y était pas trompé. Il savait qu’on avait voulu le tuer et que Saldon lui avait servi sans le vouloir de bouclier. Mais il n’a rien dit à la police. Il planque quelque chose. Il espère s’en tirer tout seul. C’est peut-être une vieille affaire qui remonte à la sale passe de Frisco, dont Saldon ne parlait qu’avec répugnance. Peut-être un règlement de comptes sur lequel il ne peut pas s’expliquer sans se compromettre affreusement.
Qu’est-ce qu’il avait bien pu foutre là-bas ? Est-ce qu’il connaît au moins celui qui le cherche ? Peut-être pas. Et c’est pour cela qu’il me convoque. Pour me questionner, pour savoir si je n’aurais pas perçu un détail, insignifiant pour moi, mais essentiel pour lui. Il est déçu. Je n’ai rien perçu du tout. Il ne peut pas aller interroger les flics, ils pourraient flairer son secret, et il veut absolument éviter ça. Tandis qu’avec moi, il est tranquille. Même si je me doute de quelque chose, je n’irai pas le raconter à Galtier.
Et pourquoi ? Comment peut-il être certain de ça ? Tom fit la moue. Parce que je suis suspecté, parce que Galtier n’a pas confiance en moi, parce qu’il sait que j’attends quelque chose de lui, que j’étais là pour lui montrer mes tableaux.
— Tu as l’air terriblement concentré, dit Lucie. Tom leva la tête.
— J’étais seulement en train d’espérer qu’il n’a pas fait semblant d’apprécier mes tableaux. Mais vraiment je ne le crois pas. Sincèrement non. Il aurait dit « la lumière est belle » ou bien « la composition ne manque pas d’audace : », j’aurais su qu’il n’aimait pas. C’est toujours ce qu’on dit dans ces cas-là. Mais non, il a eu vraiment l’air d’aimer.
— Dis-moi rapidement où tu en es, dit Lucie.
Tom la regarda s’assoir. Qu’est-ce qu’elle avait aujourd’hui pour être si belle ? Il ferma les yeux un bref instant et prit une cigarette.
— Écoute bien cette histoire, Lucie. D’abord, tu vois le type là-bas, près de la station, qui lit un journal ? C’est un enquêteur à Galtier. C’est pour moi. C’est pour me tenir chaud. Mais moi, pendant ce temps-là, voilà ce que j’ai trouvé.
— C’est bien pensé, dit Lucie pour finir.
— Oui, tu trouves ? Moi aussi j’en suis content.
— Esperanza est louche.
— Elle n’a probablement rien à voir là-dedans. Sinon, Sald ne m’aurait pas dit que c’était d’elle qu’il tenait son carton. Sald a menti. D’ailleurs il a légèrement hésité avant de parler. C’est la preuve qu’il cherchait un nom.
— Ou bien la preuve qu’il n’a pas résisté au plaisir de la compromettre, parce qu’il était un peu saoul, et qu’il en avait marre d’assumer tout le sale boulot tout seul. La beauté n’est pas un critère de pureté, Tom. De ce côté, ton raisonnement manque de hardiesse.
— Je n’aime pas que tu parles ainsi. C’est trop facile. Saldon a menti.
— De toute façon cela n’a pas d’importance. Puisque d’après toi, cette affaire de vol, commandé ou non, n’est qu’un élément parasite, c’est cela ?
— Oui. C’est un court-circuit en quelque sorte, qui a sauvé momentanément la vie de Gaylor et précipité Saldon.
— C’est du côté de Frisco que cela vient.
— As-tu vu Louis ?
— Justement. Il n’a rien voulu dire. J’ai été le surprendre à la Galerie Mex, il était en train d’encadrer des photos. Il était au courant par le journal du meurtre de Saldon, mais cela avait l’air de lui être tout à fait égal. Jusqu’à ce que je lui dise que c’était sans doute Gaylor qu’on avait voulu tuer. Tom, on dit toujours que les gens deviennent blancs, mais je ne l’avais jamais vu. Louis est devenu blanc, absolument blanc. Il s’est dressé d’un tel bond qu’il a fait tomber son cadre qui s’est cassé. Il n’a pas eu l’air de le remarquer. Je lui ai dit qu’il n’y avait aucune piste, aucun indice, rien, et que s’il savait quelque chose au sujet de Gaylor, il fallait qu’il le dise, parce qu’on risquait de t’emprisonner, toi, Tom. Il a crié qu’il ne savait rien, pourquoi est-ce qu’il saurait quelque chose ? Qui m’avait demandé de venir le questionner ? Je lui ai dit qu’il n’y avait aucune raison de s’affoler comme ça s’il ne savait rien. Il m’a répondu que ce n’était pas mes affaires, et qu’il avait simplement peur qu’en fouillant le passé de Gaylor, cela ne nuise à sa réputation, que n’importe qui pouvait comprendre ça. Et il m’a pratiquement jetée à la porte. Il est si calme, d’habitude.
Sa réputation ! Comme si Louis en avait quelque chose à faire ! Plus il y a de monde au courant de ses liaisons illustres et plus il est heureux. Tu te souviens de son histoire avec l’écrivain polonais ? Plus un parisien ne l’ignorait. En revanche, son escapade d’adolescent avec Gaylor, qui pourtant lui ferait une excellente publicité, il ne veut pas qu’on en parle. Ça le met hors de lui.
— Est-ce que tu penses qu’avec Gaylor ils ont pu faire quelque chose de moche ? De dangereux ? Ou qu’ils ont pu être simplement témoins d’une sale affaire et que ce soit la raison pour laquelle Gaylor ait fui l’Amérique ?