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Les Jeux de l'amour et de la mort

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Les Jeux de l'amour et de la mort
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« Et puis maintenant ils ont eu Louis. Comment ont-ils su pour lui ? Comment ? Il ne devait jamais rien dire à personne. Je le lui avais fait promettre. Mais ils l’ont eu. C’était donc bien ça.

Gaylor rabaissa ses manches.

— Rideau, dit-il.

Galtier n’avait rien à dire. Qu’est-ce qu’il aurait pu dire ? Il aurait souhaité pouvoir s’excuser, mais il n’aimait pas ça, et ce serait pire de toute façon. Et que pouvait lui faire après tout que Gaylor ait ou n’ait pas une bonne opinion de lui ?

Il tourna un moment dans la pièce, les mains croisées dans le dos, écrasant les lattes du parquet sous les tapis.

— La police laissera deux hommes dans la rue.

— Et alors ? Vous ne pourrez pas le faire éternellement. Et je ne vais pas passer ma vie dans cette pièce aux volets tirés, n’est-ce pas ? Ni vous ni moi ne savons le visage de celui qui viendra pour me tuer.

— Nous trouverons. L’enquête sur le meurtre de Louis Vernon ne fait que commencer.

— C’est votre métier de le dire et d’y croire. Ce n’est pas le mien.

— Pourtant, insista Galtier, au cours des jours qui viennent, je vous prie de prendre garde à vous-même. Ne nous compliquez pas la tâche en vous exposant sans nous prévenir. Même par bravade. Mais je crois que vous serez plus prudent que vous ne me le laissez croire.

— C’est possible, dit Gaylor.

Galtier vit qu’il souriait un peu, et il en profita pour lui tendre la main.

— Mais voyez-vous reprit-il, je ne sais pas ce que j’ai fait cette nuit-là. Je ne le sais pas. Ai-je fait quelque chose d’horrible ? Quelque chose qui mérite sa peine ?

— Est-ce vraiment là votre morale ?

— Non. Bien sûr que non. Mais parfois je me demande. Cette nuit effacée me hante souvent. Bonsoir, inspecteur.

Une fois dans la rue, Galtier se sentit ému, faible et furieux. Mais qu’est-ce qu’ils avaient tous ? Ils le menaçaient. Gaylor, Soler, et Jeanne, et Esperanza, tous, tous. Il n’y en avait pas un pour se comporter normalement. À croire que c’était lui, Galtier, l’accusé, l’accusé de tous leurs regards.

Au moins, quand on tombait sur ces types qui vous traitaient tout de suite de sale flic et de pourri, les choses étaient claires, la discussion était close et tout allait droit. Mais là, rien n’allait comme d’habitude. On le jaugeait, on l’observait, on le questionnait. Non, rien ne marchait dans cette enquête. On ne le laissait pas en paix. Qu’ils aillent tous au diable. Pourquoi est-ce qu’il pensait à eux ? Il n’avait à penser qu’aux événements.

Galtier écouta le bruit de ses pas. Il rentrerait à pied au bureau, il était plus de 2 heures maintenant, et il n’y avait pas de lune. Il fit un peu plus de bruit avec ses chaussures. C’était exceptionnel qu’il le fasse. Tous les jours de la vie, il sentait assez sa force pour ne jamais penser à marquer sa marche. Mais ce soir, c’était vraiment nécessaire qu’il écoute ce rythme rapide dans la nuit.

Dans le couloir, il retrouva Soler. Il s’était assis. Allons. Encore un effort et il serait debout. Finalement Soler n’était qu’une loque. Galtier fit la moue. Tom le dévisagea quand il passa devant lui, droit, sans même tourner la tête.

— Inspecteur ! appela-t-il.

Galtier ne se retourna pas et chercha ses clefs dans sa poche.

— Inspecteur !

— Quoi ? Rentre chez toi bon dieu ! Tu n’as rien à faire ici !

— Vous faites du bruit en marchant. Est-ce qu’il y a du neuf ? Est-ce que vous avez trouvé quelque chose ?

Galtier serra les dents.

— File d’ici. Tu m’épuises. Tu peux comprendre ça ?

— Vous ne voulez pas me répondre ?

— Non. Je n’ai pas envie de parler. Va dormir, Thomas Soler. Laisse-moi.

Galtier entra brutalement dans son bureau, lança ses clefs sur la table. Elles glissèrent et tombèrent dans la corbeille. Parfait, qu’elles y restent. Est-ce qu’il allait aussi tout rater en lançant sa serviette sur le fauteuil d’angle ? Oui. Il l’avait raté. Ses papiers s’écrasèrent au sol. Très bien, qu’ils y restent. D’un revers de manche, il dégagea sa table, s’assit, croisa les bras et posa la tête dessus. Comme ça, les yeux dans le noir, il serait bien. Près de son regard, il ne voyait que les motifs dorés de son sous-main, troubles et inoffensifs, et il ne penserait qu’à eux. Et le temps coulerait.

Une heure peut-être passa ainsi. Galtier sentait que le tissu de sa veste s’était incrusté dans son front et que sa violence était à peu près tombée. Pas loin de lui, il entendit quelqu’un qui dit : « Malgré tout, je vous aime bien. » Et c’était comme si on avait parlé du temps qu’il faisait.

Galtier se redressa d’un coup. Tom était assis de l’autre côté du bureau, il fumait, les pieds posés sur l’angle de la table. Il avait l’air fatigué et un peu grave.

— Qui vous a permis d’entrer ? demanda Galtier d’une voix rauque. Je t’avais demandé de foutre le camp. De quel droit t’installes-tu ici sans mon ordre ? De quel droit ? hurla-t-il. De quel droit ?

Surpris, Tom replia ses longues jambes et considéra Galtier en reculant un peu dans l’obscurité.

— Mais je ne sais pas. Je n’ai pas réfléchi. La porte était restée ouverte et je vous ai entendu faire beaucoup de bruit, et puis plus rien. Et je ne voyais pas de lumière. J’ai eu peur que vous ne soyez tombé ou je ne sais quoi. C’est naturel. Et comme vous étiez là, la tête dans les bras, j’ai été chercher mes cigarettes sur le banc et je me suis assis sans bruit et je vous ai tenu compagnie. Je me sentais incapable de rentrer chez moi, je préférais être là. Je ne comprends pas pourquoi vous vous énervez comme ça. Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Je me suis assis, j’ai réfléchi, j’ai refait le monde comme le premier venu.

— Et depuis combien de temps me « tiens-tu compagnie » avec autant de sollicitude ? Dis-moi, combien de temps ?

Tom vit que Galtier s’essuyait le front et les lèvres avec la main.

— À peu près une heure je crois. Je n’en sais rien, je n’ai pas ma montre.

— Qu’est-ce que tu as foutu ici ? Tu as fouillé mes papiers ! C’est cela ! Tu as fouillé mes papiers !

— Vous êtes fou, dit Tom. Je n’ai rien à faire de vos papiers. J’en ai suffisamment à moi. Je préfère être assis et réfléchir dans le noir que de fouiller dans vos papiers. C’est ainsi, et je ne vois pas ce qu’il peut bien y avoir d’extraordinaire là-dedans.

— Eh bien moi je le vois. Moi, je le vois. Tu te conduis de manière insensée, intolérable. Qu’est-ce que tu as dans le ventre, bon dieu ! Qu’est-ce que tu cherches ? Tu es venu prendre quelque chose, oui c’est cela que tu es venu faire !

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