Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
La mèche verte d’un big bangueur dépassait du morceau d’abat cru. Sous la mèche, le foie avait des renflements de femme enceinte. Le premier gamin, prenant l’allumette soufrée coincée entre ses incisives proéminentes, la craqua.
— Y le bouffera jamais ! fit un troisième gamin, n’y tenant plus, espoir et angoisse mêlés.
— Maigre comme il est ? reprit le premier. Oh que si. J’te parie mon jeu de cartes contre ta queue d’canasson.
Le troisième gamin, après mûre réflexion, refusa de la tête.
Le premier eut un grand sourire.
— T’es un p’tit futé, fit-il en allumant la mèche du gros pétard.
— Eh, mon goujat, apostropha-t-il le chien. T’veux une morse d’un truc qu’est bon ? Alors attrape !
Et il lui lança le foie. Le sifflement de la mèche ne fit pas hésiter le chien décharné qui se précipita en avant, son œil unique braqué sur le premier morceau de nourriture digne de ce nom depuis des jours. Au moment où il le happait au vol, le big bangueur que les gamins y avaient glissé explosa. Éclair et rugissement. Le chien eut le bas de la gueule emportée. Il demeura encore un instant à les fixer de son œil valide, tout ruisselant de sang, puis s’effondra.
— T’l’avais dit-lili ! railla le premier gamin. T’l’avais dit qu’y l’bouffrait ! Bonne Moisson à nous tous, hein ?
— Qu’est-ce que vous fabriquez, les garçons ? demanda sèchement une voix de femme. Déguerpissez, sales corbeaux !
Les gamins, ne demandant pas leur reste, s’égaillèrent en riant à gorge déployée dans la clarté vive de l’après-midi. À les entendre, on les aurait vraiment confondus avec un vol de corbeaux.
Cuthbert et Alain arrêtèrent leurs montures à l’entrée de Verrou Canyon. Même si le vent éloignait d’eux le son de la tramée, il leur bourdonnait dans la tête, leur agaçant les dents qu’il faisait vibrer.
— Mes dieux, que je déteste ça ! fit Cuthbert sans desserrer les siennes. Ne traînons pas.
— Si fait, dit Alain.
Ils mirent pied à terre, empêtrés dans leurs manteaux de rancheros, et attachèrent les chevaux au tas de broussailles qui obstruait l’entrée du canyon. D’habitude, une telle mesure ne s’imposait pas, mais les deux garçons ne voyaient que trop que leurs chevaux détestaient ce son geignard tel celui d’une meule autant qu’eux-mêmes. Cuthbert avait l’impression que la tramée transmettait à son esprit des paroles d’invite d’une voix horriblement persuasive malgré son ton gémissant.
Viens donc, Bert. Laisse toutes ces idioties derrière toi : les tambours, l’orgueil, la peur de la mort, la solitude dont tu te moques parce qu’à part rire aux éclats, tu ne sais que faire. Abandonne aussi cette fille. Tu l’aimes, n’est-ce pas ? Et même si tu ne l’aimes pas, tu la désires. C’est triste qu’elle soit amoureuse de ton ami et non de toi, mais si tu viens à moi, tout cela aura tôt fait de ne plus te tourmenter. Viens donc. Qu’est-ce que tu attends ?
— Qu’est-ce que j’attends ? marmonna-t-il.
— Euh ?
— J’ai dit qu’est-ce qu’on attend ? Faisons ça vite et filons d’ici, enfer et sainteté.
De sa sacoche de selle, chacun tira un sachet de coton. Ils étaient remplis de la poudre qu’ils avaient extraite des plus petits pétards que Sheemie leur avait apportés deux jours plus tôt. Alain tomba à genoux, sortit son couteau et, avançant à reculons, se mit à creuser une tranchée aussi loin qu’il put aller sous les broussailles.
— Creuse bien profond, dit Cuthbert. Faudrait pas que le vent la disperse.
Alain lui lança un regard particulièrement en rogne.
— Tu veux le faire à ma place ? Comme ça, tu seras sûr que c’est fait dans les règles.
C’est la tramée, songea Cuthbert. Elle le travaille, lui aussi.
— Non, Al, dit-il avec humilité. Tu te débrouilles très bien pour un aveugle ramolli du bulbe. Continue.
Alain le fusilla du regard quelques secondes encore, puis son visage s’éclaira d’un sourire et il se remit à sa tranchée sous l’amas de broussailles.
— Tu mourras jeune, Bert.
— Si fait, probablement.
Cuthbert se laissa tomber à genoux à son tour et se mit à ramper à la suite d’Alain, répandant la poudre dans la tranchée tout en tâchant d’ignorer le zonzon enjôleur de la tramée. Non, la poudre ne serait certainement pas emportée pas le vent, sauf s’il soufflait en tempête. Par contre, s’il pleuvait, les broussailles n’offriraient qu’une bien piètre protection. Si jamais il pleuvait…
Ne pense pas à ça, se morigéna-t-il. C’est le ka.
Ils finirent de garnir de poudre les tranchées creusées des deux côtés du barrage broussailleux en dix minutes à peine. Mais le temps leur parut plus long. Aux chevaux pareillement, semblait-il ; ils piaffaient avec impatience au bout de leur longe, les oreilles couchées et roulant des yeux fous. Cuthbert et Alain les détachèrent et les enfourchèrent. Le cheval de Cuthbert fit à deux reprises un haut-de-corps… mais son cavalier eut davantage l’impression que la pauvre bête était prise de frissons.
Non loin de là, l’éclat du soleil venait percuter de l’acier brillant. Les citernes à la Roche Suspendue. On les avait collées le plus près possible de l’affleurement gréseux, mais quand le soleil était au zénith, l’ombre disparaissait et, avec elle, la clandestinité.
— J’ai du mal à y croire, dit Alain, alors qu’ils amorçaient leur retour.
La balade serait longue, incluant un large détour, loin de la Roche Suspendue, pour éviter d’être repérés.
— Ils doivent nous prendre pour des aveugles.
— C’est pour des idiots qu’ils nous prennent, fit Cuthbert. Mais je suppose que ça revient au même.
À présent qu’ils laissaient derrière eux Verrou Canyon, la tête lui tournait presque de soulagement. Allaient-ils pénétrer là-dedans dans quelques jours ? Vraiment y pénétrer à cheval et s’y enfoncer jusqu’à quelques mètres à peine de l’endroit où cette maudite bouillasse débutait ? Il avait du mal à le croire… et s’obligea à ne plus y penser avant de se mettre à y croire pour de bon.
— Encore des cavaliers qui se dirigent vers la Roche Suspendue, dit Alain, montrant derrière lui les bois, au-delà du canyon. Tu les vois ?
On aurait dit des fourmis à cette distance, mais Bert ne les en distingua pas moins fort bien.
— La relève de la garde. L’important, c’est qu’on ne se fasse pas repérer… ils ne peuvent pas nous apercevoir, à ton avis ?
— De là-bas ? Très improbable.
Cuthbert ne le croyait pas non plus.
— Ils y seront tous, la Moisson venue, n’est-ce pas ? demanda Alain. Ce ne serait pas très bon pour nous de n’en choper que quelques-uns.
— Tu l’as dit… mais je crois qu’ils seront au grand complet.
— Et Jonas et ses potes ?
— Eux aussi.
Devant eux, la Mauvaise Herbe se rapprochait. Le vent les cinglait au visage, leur faisant pleurer les yeux, mais Cuthbert n’en avait cure. Le son de la tramée n’était plus qu’un léger bourdonnement dans son dos et aurait bientôt complètement disparu. Pour l’heure, cela suffisait amplement à faire son bonheur.
— Tu crois qu’on va réussir, Bert ?
— Chais pas, répondit Cuthbert.
Il songea alors aux tranchées pleines de poudre courant sous l’amas de broussailles sèches et se prit à sourire.