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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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10

Les baraques foraines ouvrirent au Cœur Vert deux jours avant la Fête de la Moisson et les premiers badauds vinrent tenter leur chance à la roue de la fortune, au jeu de massacre, au lancer d’anneaux et autres pêches miraculeuses. Il y avait même un petit train… consistant en une carriole qu’on tirait sur une voie dont les rails étroits formaient un grand huit.

(— La loco s’appelait Charlie ? demanda Eddie Dean à Roland.

— Je ne crois pas, répondit Roland. Mais nous avions un mot désagréable qui sonnait un peu comme ce nom-là dans le Haut Parler.

— Quel mot ? demanda Jake.

— Celui qui veut dire mort.)

Roy Depape regarda la loco effectuer péniblement son circuit pendant deux, trois tours, se rappelant avec une certaine nostalgie être monté dans le même genre de wagon, étant enfant. Bien entendu, les trois quarts du temps, il n’avait pas payé les tours.

Quand il eut regardé tout son soûl, Depape redescendit en flânant jusqu’au bureau du Shérif. Il y trouva Herk Avery, Dave et Frank Claypool occupés à nettoyer un fantastique assortiment d’armes à feu. Avery salua Depape d’un signe de tête et se remit à la tâche. Au bout d’un instant ou deux, Depape mit le doigt sur la bizarrerie qui l’intriguait : pour une fois, le Shérif n’était pas en train de bâfrer, n’avait pas à portée de la main une platée de boustifaille.

— Vous êtes tous prêts pour demain ? demanda Depape.

Avery lui lança un coup d’œil mi-irrité, mi-ironique.

— Ça rime à quoi, cette question ?

— C’est celle que Jonas m’a envoyé vous poser, repartit Depape.

Réponse qui mit à mal l’étrange petit sourire crispé d’Avery.

— Si fait, on est prêts.

Avery balaya les armes d’un geste de son bras grassouillet.

— Ça s’voit point qu’on l’est ?

Depape aurait pu lui sortir le vieux dicton selon lequel c’est en le mangeant qu’on prouve l’existence du pudding, mais à quoi bon ? Tout se passerait bien si les trois garçons étaient les dupes que Jonas croyait ; dans le cas contraire, probable qu’ils tailleraient des croupières à Herk Avery et qu’après avoir découpé son gros cul en lanières, ils le jetteraient en pâture à la horde de carcajous la plus proche. D’un côté comme de l’autre, c’était le cadet des soucis de Roy Depape.

— Jonas m’a aussi demandé d’vous rappeler qu’ça s’passerait tôt.

— Si fait, si fait, on y sera d’bonne heure, acquiesça Avery. Ces deux-là plus six hommes d’confiance. Fran Lengyll a demandé à v’nir avec sa mitraillette.

Avery prononça ces dernières paroles avec une fierté tonitruante, comme s’il était l’inventeur de la mitraillette en personne. Puis il regarda en coin Roy Depape.

— Et vous, cercueil-man ? Vous voulez être d’la partie ? J’peux faire d’vous un adjoint en un clin d’œil.

— J’suis déjà occupé ailleurs. Et Reynolds aussi.

Depape sourit.

— On aura tous du pain sur la planche, Shérif — après tout, c’est la Moisson.

11

Cet après-midi-là, Susan et Roland se retrouvèrent à la cabane dans la Mauvaise Herbe. Elle lui parla du registre aux pages arrachées et Roland lui montra ce qu’il avait caché dans l’un des coins de la cabane sous un tas de peaux moisissantes.

Après avoir regardé de quoi il retournait, elle leva sur lui des yeux pleins d’effroi.

— Qu’est-ce qui cloche ? Qu’est-ce que tu soupçonnes qui cloche ?

Il secoua la tête. Rien ne clochait… rien d’exprimable, en tout cas. Et pourtant, il avait senti une forte nécessité de faire ce qu’il avait fait, de cacher ce qu’il avait caché. Ça n’avait rien à voir avec le shining et tout avec l’intuition.

— Je crois que tout va bien… aussi bien qu’il est possible quand les forces en présence risquent d’opposer cinquante d’entre eux contre chacun d’entre nous. Notre seule chance, Susan, c’est de les prendre par surprise. Tu ne vas pas risquer de nous la faire perdre, hein ? Tu n’as pas dans l’idée d’aller chez Lengyll lui agiter sous le nez le registre de ton père ?

Elle fit non de la tête. Si Lengyll avait fait ce dont elle le soupçonnait à présent, il récolterait ce qu’il avait semé dans deux jours d’ici. Ce serait la Moisson, finalement. Et il engrangerait d’abondance. Mais cela… lui faisait peur. Et elle ne se priva pas de le dire.

— Écoute, fit Roland, prenant le visage de Susan entre ses mains et plongeant ses yeux dans les siens. C’est une simple mesure de précaution. Si les choses tournaient mal — et c’est très possible —, tu es la seule, selon toute apparence, à pouvoir t’en tirer sans dommage. Enfin, toi et Sheemie. Si jamais cela arrivait, Susan, tu devras venir ici prendre mes revolvers. Et les remporter à l’ouest jusqu’à Gilead. Tu iras trouver mon père. Il saura que tu es qui tu dis par ce que tu lui montreras. Raconte-lui tout ce qui s’est passé ici. C’est tout.

— Si quelque chose t’arrivait, Roland, je serais incapable de faire quoi que ce soit. À part mourir.

Ses mains enserraient toujours son visage. Il la força à faire lentement non de la tête.

— Tu ne mourras pas, dit-il.

Sa voix et ses yeux étaient empreints d’une certaine froideur qui la frappa non de crainte mais d’un respect épouvanté. Elle songea au sang qui coulait dans ses veines — à son ancienneté certaine, à sa froideur certaine.

— Pas avec cette tâche à accomplir. Promets-le-moi.

— Je… je te le promets, Roland.

— Dis-moi à haute voix ce que tu me promets.

— Je viendrai ici prendre tes revolvers. Et je les apporterai à ton pa. Puis je lui raconterai ce qui s’est passé.

Il acquiesça et libéra son visage, qui garda l’empreinte estompée de ses doigts.

— Tu m’as fait peur, dit Susan avant de secouer la tête ; ce n’était pas là exactement ce qu’elle voulait dire :

— Tu me fais peur.

— Je suis ce que je suis, je n’y peux rien.

— Et je ne voudrais point que tu changes pour rien au monde.

Elle baisa sa joue gauche, puis la droite, avant de l’embrasser sur la bouche. Elle glissa sa main sous sa chemise et lui caressa la poitrine. Elle sentit son téton se durcir sous son doigt.

— Oiseau et ours, lièvre et poisson, dit-elle.

Et elle se mit à lui couvrir la figure de petits baisers légers comme des papillons.

— Accordez à son aimée son vœu le plus profond, ajouta-t-elle.

Après, étendus sur une peau d’ours que Roland avait apportée, ils écoutèrent le vent soupirer dans l’herbe.

— J’adore ce bruit, dit-elle. J’ai toujours voulu me fondre dans le vent… aller où il va, voir ce qu’il voit.

— Cette année, si le ka le permet, tu pourras contenter ton envie.

— Si fait. Et avec toi.

Elle se tourna vers lui, appuyée sur un coude. La lumière du jour tombait à travers le toit en ruine et tachetait son visage de soleil.

— Je t’aime, Roland.

Et l’embrassant, elle se mit à pleurer.

Il la prit dans ses bras, soudain soucieux.

— Qu’est-ce qu’il y a, Sue ? Qu’est-ce qui te tracasse ?

— Je ne sais pas, dit-elle, pleurant de plus belle. Tout ce que je sais, c’est que j’ai une ombre dans le cœur.

Elle le regardait, et ses larmes continuaient de couler.

— Tu ne m’abandonneras point, n’est-ce pas, mon amour ? Tu ne t’en iras point sans ta Sue, n’est-ce pas ?

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