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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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Miguel, qui accueillit Sheemie sous l’arche de Front de Mer avec l’air condescendant et volontiers dédaigneux qu’il réservait aux catégories inférieures, retira le bouchon du premier fût, puis du deuxième. Il se contenta rapport au premier de renifler la bonde ; quant au second, il y plongea le pouce qu’il suça d’un air pénétré. Avec ses joues ridées, creusées par la dégustation, et sa vieille bouche édentée s’activant en tous sens, il avait tout d’un bébé barbu.

— Goûteux, s’pas ? demanda Sheemie. Goûteux comme un goûter, s’pas, bon vieux Miguel, qu’est là depuis mille ans au moins ?

Miguel, suçant toujours son pouce, fusilla Sheemie d’un regard revêche.

— Andale. Andale, simplón.

Sheemie, contournant la maison, mena son mulet à la cuisine. Là, la brise de l’océan vous faisait piquer des frissons. Il salua de la main les cuisinières, mais aucune ne lui rendit son salut ; il est probable qu’elles ne l’aperçurent même pas. Une marmite bouillait sur chaque rond de l’énorme fourneau et les femmes — en amples robes de cotonnade à manches longues, telles des chemises de nuit, leurs cheveux protégés par des mouchoirs de couleurs vives — se déplaçaient comme des fantômes entraperçus dans le brouillard.

Sheemie déchargea tour à tour les deux tonneaux du dos de Capi. Il les transporta, ahanant sous l’effort, jusqu’à l’énorme foudre de chêne, près de la porte de derrière. Il ouvrit le couvercle de la barrique et se pencha au-dessus, mais recula bien vite sous l’effet lacrymogène de l’odeur forte du graf d’âge respectable.

— Pfff ! fit-il, hissant le premier fût. Y a de quoi se soûler rien qu’en respirant là-dedans !

Il versa le graf nouveau, faisant attention de ne pas en répandre. Quand il eut fini, la barrique était pleine à ras bord ou tout comme. Ce qui était une bonne chose, car la Nuit de la Moisson, la bière de pomme coulerait à flots de ses robinets, comme de l’eau.

Il reglissa les tonneaux vides dans leurs bâts, lança encore un coup d’œil dans la cuisine pour s’assurer qu’on ne l’observait pas (ce qui était le cas, le garçon de taverne simplet de Coraline était le cadet des soucis de n’importe qui, ce matin-là), puis, ne faisant pas reprendre à Capi le chemin qu’ils avaient suivi à l’aller, il le mena le long d’un passage qui conduisait aux remises de stockage de Front de Mer.

Il y en avait trois en enfilade, chacune flanquée d’un pantin aux mains rouges, assis devant. Les pantins, qui semblaient guetter ses moindres faits et gestes, donnèrent le frisson à Sheemie. Il se souvint alors de sa visite à cette vieille folle de Rhéa, la sorcière. Elle, y avait de quoi avoir la frousse. Eux, c’étaient rien d’autre que des tas de vieilles nippes bourrées de paille.

— Susan ? appela-t-il à voix basse. Vous êtes là ?

La porte du magasin du milieu était entrebâillée. Elle s’entrouvrit sous une légère poussée.

— Entre ! souffla-t-elle sans élever la voix, elle non plus. Avance avec le mulet ! Vite !

Il mena Capi dans une remise qui sentait la paille, le haricot, les articles de sellerie… et autre chose encore. Quelque chose de plus caustique. Les fusées de feux d’artifice, se dit-il. La poudre à fusil, aussi.

Susan, qui avait passé la matinée à subir les derniers essayages, portait un fin saut-de-lit en soie et de grandes bottes en cuir. Sa tête se hérissait de papillotes bleu et rouge vif.

Sheemie eut un petit rire bête.

— Vous m’semblez bien amusante, Susan, fille de Pat. Quel rire pour moi, j’pense bien.

— Si fait, je suis à peindre, d’accord, dit Susan, l’air éperdu. Il faut qu’on fasse vite. Il me reste vingt minutes avant qu’on ne réclame après moi. Peut-être même moins si jamais ce vieux bouc part à ma recherche… faisons vite !

Ils retirèrent les tonneaux du dos de Caprichoso. Susan sortit un mors cassé de la poche de son saut-de-lit et utilisa le bout pointu pour soulever l’un des couvercles. Puis elle tendit le mors à Sheemie qui fit sauter l’autre. L’odeur de tarte aux pommes du graf emplit la remise.

— Attrape ! dit-elle en lançant une peau de chamois à Sheemie. Sèche-les du mieux que tu peux. Ça n’a point besoin d’être parfait, ils sont empaquetés, mais il vaut mieux ne courir aucun risque.

Ils essuyèrent l’intérieur des fûts, Susan jetant des coups d’œil furtifs vers la porte toutes les secondes ou presque.

— Ça ira très bien comme ça, dit-elle. Bon. Maintenant… il y en a de deux sortes. Je suis sûre qu’on ne remarquera point qu’ils manquent ; il y en a assez là-bas derrière pour faire sauter la moitié du monde.

Elle retourna en hâte dans la pénombre de la remise, soulevant son saut-de-lit d’une main, ses bottes entravant sa marche. Elle s’en revint, les bras chargés de paquets.

— Ça, ce sont les plus gros, dit-elle.

Il les emmagasina dans l’un des fûts. Il y avait une dizaine de paquets en tout et Sheemie sentait des trucs ronds à l’intérieur, à peu près de la grosseur d’un poing d’enfant. Des big bangueurs. Le temps qu’il finisse de les ranger et de remettre le couvercle en place, elle était de retour avec une pleine brassée de paquets plus petits. Il rangea ceux-là dans l’autre tonneau. Au toucher, c’étaient des p’tiots, qui non seulement faisaient du pétard mais projetaient aussi des flammes de couleur.

Elle l’aida à rebâter les tonneaux sur le dos de Capi, tout en continuant à jeter de petits coups d’œil à la porte de la remise. Une fois les fûts solidement arrimés aux flancs du mulet, Susan poussa un soupir de soulagement et essuya la sueur de son front d’un revers de main.

— Les dieux en soient loués, cette partie est terminée, dit-elle. Tu sais où tu dois les emporter, maintenant ?

— Si fait, Susan, fille de Pat. Au Bar K. Mon ami Arthur Heath les mettra en lieu sûr.

— Et si jamais quelqu’un te demande ce que tu vas faire par là-bas ?

— J’livre du graf doux aux garçons de l’Intérieur, pas qu’ils ont décidé d’point s’rendre en ville pour la Fête… pourquoi ça, Susan ? Z’aiment point les Fêtes ?

— Tu le sauras bien assez tôt. Ne t’occupe point de ça pour le moment, Sheemie. Va… il vaut mieux que tu ne tardes point.

Et cependant, il traînait.

— Quoi encore ? demanda-t-elle, tâchant de ne pas montrer son impatience. Qu’est-ce qu’il y a, Sheemie ?

— J’aim’rais qu’vous m’donniez un baiser de fin de año, si fait.

Le visage de Sheemie avait viré à l’écarlate de façon alarmante.

Susan ne put se retenir de rire, puis se dressant sur la pointe des pieds, elle le baisa au coin de la bouche. Là-dessus, Sheemie cingla vers le Bar K avec son chargement de feu.

4

Reynolds se rendit à Citgo le jour suivant ; il allait au galop, un bandana lui masquant la figure jusqu’aux yeux. Il serait plus que ravi de quitter cette foutue région qui dansait une valse-hésitation entre ses ranchlands et sa côte maritime. La température n’était pas si basse que cela mais, après avoir soufflé au-dessus de l’eau, le vent coupait comme un rasoir. Et ce n’était pas tout — Hambry et l’ensemble de la Baronnie de Mejis semblaient atteints de morosité au fur et à mesure que la Moisson approchait, une sorte de hantise qu’il n’appréciait pas du tout. Roy ressentait la même chose. Reynolds le lisait dans ses yeux.

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