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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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— Je crois qu’on a terminé.

— Je lui dis de tout oublier ?

Roland fit non de la tête sans hésiter — ils formaient un ka-tet, pour le meilleur comme pour le pire. Il toucha les doigts de Susan ; effectivement, ils étaient glacés.

— Susan ?

— Si fait, mon chéri.

— Je vais te dire une poésie. Quand j’aurai fini, tu te souviendras de tout, comme auparavant. D’accord ?

Elle sourit en refermant les yeux.

— Oiseau et ours, lièvre et poisson…

— Accordez à mon aimée son vœu le plus profond, termina Roland en souriant.

Susan rouvrit les yeux. Elle sourit.

— Toi, dit-elle une fois encore, et elle l’embrassa. « Toujours toi, Roland. Toi toujours, mon amour. »

Incapable de résister, Roland la prit dans ses bras.

Cuthbert regarda ailleurs. Alain fixa le bout de ses bottes et s’éclaircit la gorge.

9

Pendant leur retour à cheval vers Front de Mer, Susan, les bras noués autour de la taille de Roland, demanda :

— Tu vas aller lui prendre le cristal ?

— Il vaut mieux qu’il reste là où il est pour l’instant. Jonas l’a confié à sa garde pour le compte de Farson, je n’ai aucun doute là-dessus. Il devra prendre le chemin de l’Ouest avec le reste du butin ; je n’ai aucun doute là-dessus non plus. On s’en occupera en même temps que des citernes et des hommes de Farson.

— Tu le feras suivre avec nous ?

— Je l’emporterai ou le briserai. Je suppose que je ferais mieux de le rapporter à mon père, mais c’est assez risqué. Il nous faudra nous montrer prudents. C’est un glam puissant.

— Suppose que Rhéa voie ce qu’on projette. Suppose qu’elle prévienne Jonas ou Kimba Rimer ?

— Tant qu’elle ne nous voit pas venir lui dérober son précieux joujou, je ne crois pas que nos plans quels qu’ils soient l’intéressent. Je crois que nous l’avons paniquée un brin et si le cristal a établi pour de bon une certaine emprise sur elle, regarder dedans est la seule occupation de son temps qu’elle doit privilégier à l’heure qu’il est.

— Et elle ne doit avoir aucune envie de le lâcher non plus.

— Si fait.

Flash suivait une sente qui traversait les bois de la falaise donnant sur la mer. À travers les branches à demi dépouillées, ils apercevaient le mur d’enceinte couvert de lierre de la Maison du Maire et, au-dessous d’eux, entendaient le ressac des vagues venant se briser en cadence sur la plage de galets.

— Tu peux rentrer sans te faire remarquer, Susan ?

— N’aie crainte.

— Tu as bien compris ce que toi et Sheemie devez faire ?

— Si fait. Il y a une éternité que je ne me suis sentie aussi bien. Comme si une ombre qui pesait depuis longtemps sur mon esprit s’était enfin levée.

— En ce cas, c’est Alain que tu dois remercier. Seul, je n’aurais pas réussi.

— Il a de la magie dans ses mains.

— Oui.

Ils avaient atteint la porte de service. Susan mit pied à terre avec aisance et facilité. Roland descendit à son tour et se tint près d’elle, lui entourant la taille de son bras. Elle levait les yeux vers la lune.

— Regarde, elle est assez grosse pour qu’on commence à distinguer le visage du Démon. Tu le vois ?

La lame du nez, l’ombre du rictus. Pas encore l’œil, mais oui, il le voyait.

— Il me terrifiait quand j’étais petite, chuchotait à présent Susan, songeant à la proximité de la maison derrière le mur. Je tirais le store quand la Lune du Démon était pleine. J’avais peur que s’il me voyait, il ne tende la main et ne m’emporte dans son repaire pour me manger.

Ses lèvres tremblaient.

— C’est bête, les enfants, hein ?

— Quelquefois.

Lui n’avait pas eu peur de la Lune du Démon quand il était petit, mais il avait peur de celle-ci. L’avenir lui paraissait si obscur et la voie pour atteindre la lumière si étroite.

— Je t’aime, Susan. De tout mon cœur.

— Je sais. Moi aussi, je t’aime.

Elle lui baisa la bouche de ses lèvres gentiment ouvertes. Posa un instant sur ses seins la main de Roland, dont elle embrassa la paume chaude. Il la serra contre lui, mais les yeux de Susan demeurèrent fixés sur la lune mûrissante.

— Plus qu’une semaine avant la Moisson, dit-elle. Fin de año, c’est comme ça que les vaqueros et les labradores l’appellent. Dans ton pays, on l’appelle pareil ?

— À peu de chose près, dit Roland. On appelle ça la clôture de l’année. Les femmes distribuent des baisers et des confitures à la ronde.

Elle rit doucement contre son épaule.

— Peut-être que les choses ne me paraîtront point si différentes, après tout, là-bas.

— Tu devras mettre tes meilleurs baisers de côté pour moi.

— Bien sûr.

— Quoi qu’il arrive, nous resterons ensemble, dit-il.

Mais, au-dessus d’eux, la Lune du Démon ricanait dans l’obscurité étoilée qui s’étendait sur la Mer Limpide, comme si elle avait connaissance d’un avenir différent.

CHAPITRE 6

La clôture de année

1

Ainsi donc arrive maintenant la fin de año à Mejis, plus connue au centre de l’Entre-Deux-Mondes comme la clôture de l’année. Elle arrive comme un millier de fois auparavant… ou dix milliers ou cent milliers. Personne ne saurait le dire avec certitude ; le monde a changé et le temps est devenu étrange. À Mejis, on a coutume de dire « le Temps est comme un visage sur l’eau ».

Dans les champs, hommes et femmes ramassent les pommes de terre tardives : ils portent des gants et leurs ponchos les plus épais, car à présent le vent a tourné carrément, soufflant d’est en ouest, soufflant en rafales, et l’air glacial a tout le temps une odeur de sel — une odeur de larmes. Los campesinos fauchent les derniers sillons assez allègrement, parlant de ce qu’ils vont faire — surtout des farces — à la Fête de la Moisson, mais n’en sentent pas moins dans le vent toute l’antique tristesse de l’automne et de l’an qui s’en va. Il les fuit comme le flux d’un ruisseau et, même si aucun n’en parle, tous le savent fort bien.

Dans les vergers, les dernières pommes — les plus haut perchées — sont cueillies par de jeunes hommes rieurs (en ces jours de quasi-bourrasques, les ultimes jours de cueillette sont leur domaine réservé) qui apparaissent et disparaissent comme des vigies dans leur nid-de-pie. Au-dessus d’eux, dans des ciels d’un bleu éclatant, sans un nuage, des escadrilles d’oies sauvages filent vers le sud, claironnant leurs rauques adieux.

Les barques de pêche sont tirées sur le rivage ; leurs propriétaires leur décapent la coque, puis la repeignent ; ils œuvrent presque tous torse nu malgré l’air plus que vif et fredonnent en travaillant les chansons d’autrefois…

J’suis un homme de la mer bleu roi, Tout ce que j’vois, tout ce que j’vois J’suis un homme de la Baronnie, moi Tout ce que j’vois, Tout ce que j’vois, N’est à personne d’aut’ qu’à moi !
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