Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
— Mais je peux te dire une chose, Al : ils se souviendront de notre visite.
À Mejis, comme dans toute autre Baronnie de l’Entre-Deux-Mondes, la semaine qui précédait un Jour de Fête était consacrée à la politique. Des gens importants arrivaient des coins les plus reculés de la Baronnie et se tenaient bon nombre de Parloirs qui préparaient le Grand Parloir du Jour de la Moisson. Susan était tenue d’y assister — avant tout pour témoigner décorativement de la puissance pérenne du Maire. Olive aussi était présente et les deux femmes, trônant de part et d’autre du cacatoès vieillissant, se livraient à une pantomime d’un comique cruel que seule la gent féminine était vraiment en mesure d’apprécier : Susan servait le café et Olive faisait circuler le gâteau ; toutes deux recevaient de bonne grâce des compliments sur le boire et le manger, sans avoir mis en rien la main à la pâte.
Susan avait énormément de mal à regarder le visage d’Olive souriant dans son malheur. Son mari ne coucherait jamais avec la fille de Pat Delgado… mais sai Thorin n’en savait rien et il était impossible à Susan de le lui dire. Jeter un coup d’œil en coin sur la femme du Maire suffisait à lui rappeler ce que Roland avait dit ce fameux jour sur l’Aplomb : Un instant, j’ai imaginé que c’était ma mère. Or c’était bien là tout le problème, non ? Olive Thorin n’était la mère de personne. C’était ce qui, en premier lieu, avait ouvert la porte à cette horrible situation.
Susan avait l’esprit occupé d’autre chose qu’elle devait faire, mais avec le plein d’activités à la Maison du Maire, ce ne fut que trois jours avant la Moisson que l’occasion s’en présenta. Enfin, dans la foulée de ce dernier Parloir, elle put se défaire de sa Robe Rose avec Appliques (comme elle la détestait ! Comme elle détestait toutes ces tenues !) et enfiler un jean, une casaque toute simple et un manteau de ranchero. Elle n’avait pas le temps de natter ses cheveux puisque au retour on l’attendait pour le Thé du Maire, mais Maria les lui noua dans le dos et, là-dessus, elle s’était mise en route pour la maison qu’elle allait bientôt quitter pour toujours.
Elle avait à faire dans la petite pièce tout au fond de l’écurie — qui avait servi de bureau à son père —, mais elle entra dans la maison en premier et y entendit exactement ce qu’elle avait souhaité ouïr : les ronflements sifflants et distingués de sa tante. Parfait.
Susan prit une tartine de miel et l’emporta dans l’écurie, la protégeant du mieux qu’elle put des nuages de poussière que soulevait le vent dans la cour. Le pantin de chiffon de sa tante cliquetait sur son piquet dans le jardin.
Elle se faufila dans la pénombre odorante de l’écurie. Pylône et Félicia la saluèrent d’un hennissement et elle partagea entre eux ce qu’elle n’avait pas mangé. Ce qui parut plutôt les satisfaire. Elle fit fête en particulier à Félicia, qu’elle abandonnerait sous peu derrière elle.
Elle avait évité de se rendre dans le petit bureau depuis la mort de son père, effrayée par avance du serrement de cœur qui la prit quand elle souleva le loquet et y pénétra. Les fenêtres étroites avaient beau être couvertes de toiles d’araignée, elles laissaient entrer la vive lumière d’automne, suffisamment en tout cas pour apercevoir la pipe dans le cendrier — la rouge, celle qu’il préférait, celle qu’il appelait sa pipe à penser — et un morceau de bride, posé sur le dos du fauteuil de son bureau. Il était probablement en train de la réparer à la lueur du gaz, avait dû la laisser là en pensant finir l’ouvrage le lendemain… et puis le serpent avait dansé sous les sabots d’Écume et il n’y avait plus eu de lendemain pour Pat Delgado.
— Oh, pa, fit-elle d’une petite voix brisée. Comme tu me manques !
Elle gagna la table de travail, fit courir ses doigts à la surface, laissant un tracé dans la poussière. Elle s’installa dans son fauteuil, l’écouta craquer sous son poids comme il l’avait toujours fait sous le sien et ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Pendant les cinq minutes qui suivirent, elle resta là à sangloter, se pressant les poings sur les yeux comme elle le faisait autrefois. Sauf qu’à présent, bien sûr, elle n’avait plus de Grand Pat qui vienne la tirer de cet état par ses plaisanteries, la prenant sur ses genoux et l’embrassant à cet endroit chatouilleux entre tous sous son menton (particulièrement sensible aux poils de sa moustache) jusqu’à ce que ses larmes virent aux gloussements. Le Temps était comme un visage sur l’eau et, cette fois, c’était celui de son père.
Ses pleurs diminuèrent et finirent en reniflements. Elle ouvrit les tiroirs du bureau, l’un après l’autre, découvrant d’autres pipes (beaucoup rendues inutilisables par son mâchonnement constant du tuyau), un chapeau, une de ses poupées au bras cassé (que Pat apparemment n’avait jamais trouvé le temps de réparer), des plumes d’oie, une petite flasque — vide mais dont le goulot dégageait encore une faible odeur de whiskey. Le seul article présentant de l’intérêt se trouvait dans le tiroir du bas : une paire d’éperons. Si l’un possédait encore sa molette en étoile, celle de l’autre était brisée. C’étaient là, elle en était quasiment certaine, les éperons qu’il portait le jour de sa mort.
Si mon pa était encore ici, avait-elle commencé à dire ce jour-là sur l’Aplomb. Mais il n’y est point, avait répondu Roland. Puisqu’il est mort.
Une paire d’éperons, une molette brisée.
Elle les fit sauter dans sa paume, s’efforçant d’imaginer Écume d’Océan se cabrer, désarçonner son père (dont l’un des éperons se prenait dans l’étrier et dont la molette se brisait net), puis, s’abattant sur le flanc, l’écraser sous son poids. Elle eut une claire vision de tout cela, mais pas du serpent dont Fran Lengyll leur avait parlé. Elle ne vit rien du tout qui ressemblât à cela de près ou de loin.
Remettant les éperons là où elle les avait trouvés, Susan se leva et regarda l’étagère à droite du bureau, à portée de la main de Pat Delgado. On y voyait une rangée de registres reliés cuir, trésor inestimable dans une société où le secret de la fabrication du papier s’était perdu. Son père s’était occupé des chevaux de la Baronnie trente années durant ou presque et les livres qu’il avait tenus dans sa charge étaient là pour en attester.
Susan prit le dernier de la file et commença à le feuilleter. Cette fois, elle accueillit presque avec reconnaissance le serrement de cœur qu’elle éprouva en revoyant l’écriture familière de son père — en cursive laborieuse, les chiffres penchés, mais bizarrement tracés avec plus d’assurance.
Nés d’HENRIETTA, 2 poulains tous deux conformes.
Mort-né de DÉLIA, un rouan (MUTANT).
Né de YOLANDA, un PUR-SANG, un JEUNE MÂLE PARFAITEMENT CONFORME.
Et à la suite de chaque notation, une date. Comme il avait été consciencieux ! Tellement minutieux. Tellement…
Elle s’interrompit, comprenant soudain qu’elle avait trouvé ce qu’elle cherchait, sans même une conscience très claire de ce qu’elle était venue faire ici. On avait arraché les dix dernières pages du plus récent registre de lignée de son pa.
Qui avait fait une chose pareille ? Certainement pas son père ; pour une bonne part autodidacte, il révérait le papier comme d’autres l’or ou les dieux.
Et pourquoi avait-on fait une chose pareille ?
Ça, elle croyait le savoir : à cause des chevaux qui se coursent, évidemment. Il y en avait trop sur l’Aplomb. Et les rancheros — Lengyll, Croydon, Renfrew — mentaient sur la qualité de bon aloi de la race. Henry Wertner, celui qui avait succédé à son père, mentait de même.