Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Si mon pa était encore ici…
Mais il n’y est point. Puisqu’il est mort.
Elle avait dit à Roland qu’elle ne pouvait point croire que Fran Lengyll mentirait à propos de la mort de son père… mais elle le croyait maintenant.
Les dieux viennent à son aide, elle le croyait maintenant.
— Qu’est-ce que vous faites là-dedans ?
Elle poussa un petit cri, lâcha le registre et pivota sur elle-même. Cordélia se tenait là dans l’une de ses robes noires démodées. Les trois boutons du haut étaient défaits et Susan apercevait les clavicules de sa tante saillir au-dessus de sa chemise de coton blanc. En voyant ces protubérances osseuses, Susan se rendit compte combien Tante Cord avait perdu de poids ces trois derniers mois. Elle remarqua l’empreinte rouge laissée par l’oreiller sur la joue gauche de sa tante, comme la marque d’une gifle. Ses yeux luisaient au fond d’orbites cerclées d’un noir bleuâtre évoquant des ecchymoses.
— Tante Cord ! Vous m’avez fait peur ! Vous…
— Qu’est-ce que vous faites ici ? répéta Tante Cord.
Susan se pencha et ramassa le registre tombé sur le sol.
— Je suis venue pour me rappeler mon père, dit-elle en remettant le registre en place sur l’étagère.
Qui avait déchiré ces pages ? Lengyll ? Rimer ? Elle en doutait fort. Elle se disait qu’il était plus que probable que c’était la femme qui se tenait devant elle qui avait fait cela. Et pour à peine un rouge liard, peut-être. Pas vu, pas pris, tout est bien qui finit bien, avait-elle dû songer en jetant la pièce dans sa tirelire, non sans l’avoir mordue au préalable pour s’assurer qu’elle était bonne.
— Vous souvenir de lui ? C’est son pardon que vous devriez lui demander. Car vous avez oublié son visage, si fait. C’est fort grave à vous de l’avoir oublié, Sue.
Susan se borna à la fixer.
— Êtes-vous allée avec lui aujourd’hui ? demanda Cordélia d’un ton moqueur et crispé.
Portant la main à la marque rouge sur sa joue, elle se mit à la frotter. Elle se sentait de mal en pis depuis que les racontars sur l’idylle de Jonas et de Coraline Thorin allaient bon train.
— Vous êtes allée retrouver sai Dearborn ? Est-ce que ta fente est encore humide de sa giclée ? Voyons un peu ça, je vais m’en rendre compte par moi-même !
Sa tante se faufila vers elle, tel un spectre dans sa robe noire, corsage dégrafé, sur la pointe de ses pieds en pantoufles. Et Susan la repoussa. Effrayée et dégoûtée, elle la repoussa violemment. Cordélia heurta le mur près la fenêtre pleine de toiles d’araignée.
— Vous devriez lui demander pardon vous-même, dit Susan. De parler de la sorte à sa fille en cet endroit. Surtout en cet endroit.
Elle tourna les yeux vers l’étagère qui supportait les registres, puis les reporta sur sa tante. L’expression de Cordélia Delgado, où l’effroi le disputait au calcul, dit à Susan tout ce qu’elle voulait — ou avait besoin de — savoir. Si elle n’avait pas trempé dans le meurtre de son frère, cela Susan ne pouvait le croire, elle avait eu vent de quelque chose. Oui, de quelque chose.
— Espèce de garce sans parole ! murmura Cordélia.
— Non, dit Susan, j’ai été loyale.
Et en le disant, elle comprit qu’elle l’avait été. Un grand poids parut lui glisser des épaules à cette idée. Elle gagna la porte du bureau et, une fois là, se retourna vers sa tante.
— Je viens de passer ma dernière nuit ici, dit-elle. Je n’écouterai plus jamais rien de pareil ni ne vous regarderai comme vous êtes en ce moment. J’en ai mal au cœur et ça m’enlève l’amour que j’ai eu pour vous depuis que je suis toute petite, quand vous faisiez de votre mieux pour remplacer ma ma.
Cordélia se cacha le visage dans les mains comme si Susan lui offensait la vue.
— Alors, va-t’en ! hurla-t-elle. Retourne à Front de Mer ou n’importe où que ce soit où tu te vautres avec ce garçon ! Si je ne revois plus jamais ta face de dévergondée, je m’estimerai heureuse !
Susan fit sortir Pylône de l’écurie dans la cour ; elle sanglotait presque trop fort pour le monter. Pourtant, elle y arriva. Elle ne pouvait nier que son cœur se partageât entre le chagrin et le soulagement. Tournant dans la Grand-Rue, elle éperonna Pylône pour lui faire prendre le galop et ne jeta pas un seul coup d’œil en arrière.
À une heure sombre du petit matin, le lendemain, Olive Thorin quitta subrepticement la chambre où elle dormait à présent pour se faufiler dans celle qu’elle avait partagée pendant presque quarante ans avec son mari. Le carreau était froid sous ses pieds nus et elle frissonnait quand elle atteignit la couche… mais le sol glacé n’était pas la seule cause de ses frissons. Elle se glissa auprès du maigrichon qui ronflait à tue-tête sous son bonnet de nuit et quand ce dernier lui tourna le dos (avec force craquements de vertèbres et de ménisques), elle se serra contre lui. Aucune passion là-dedans, mais le simple besoin de profiter un peu de sa chaleur. Sa poitrine — creuse, mais dont elle avait une connaissance presque aussi intime que de la sienne des plus rembourrées — se levait et s’abaissait sous ses mains qui l’étreignaient et elle commença à se calmer un peu. Il s’ébroua et elle crut un instant qu’il allait se réveiller et découvrir qu’elle partageait son lit pour la première fois depuis les dieux savaient quand.
Oui, c’est ça, réveille-toi, se dit-elle. Elle n’osait pas prendre sur elle de le faire — elle avait épuisé tout son courage rien que pour venir là, tâtonnant dans le noir, suite au pire cauchemar qu’elle ait fait de sa vie —, mais s’il s’éveillait, elle prendrait cela pour un signe et lui raconterait son rêve : elle avait vu un oiseau immense, un rock cruel à l’œil d’or, planer au-dessus de la Baronnie, ses ailes dégouttant de sang.
Là où son ombre tombait, il y avait du sang, lui dirait-elle, et son ombre recouvrait tout. La Baronnie tout entière, d’Hambry jusqu’à Verrou Canyon. Et je sentais une odeur d’incendie dans le vent. Je courais te prévenir et te retrouvais mort dans ton bureau, assis près de la cheminée, les yeux arrachés et un crâne sur les genoux.
Mais, au lieu de se réveiller, il lui prit la main dans son sommeil, comme il le faisait autrefois, avant qu’il n’ait commencé à suivre les tendrons — y compris les servantes — du regard quand elles passaient devant lui ; Olive décida qu’elle se contenterait de rester couchée là, tranquillement, et de le laisser tenir sa main. Que tout redevienne un petit moment comme au bon vieux temps, quand il n’y avait pas trace d’une ombre entre eux.
Elle s’assoupit un petit peu, elle aussi. Quand elle s’éveilla, les premières lueurs grises de l’aube s’infiltraient par les fenêtres. Il avait lâché sa main — avait, en fait, émigré loin d’elle, à l’autre extrémité du lit. Ça ne servirait à rien qu’il la trouve près de lui à son réveil, décida-t-elle, et son cauchemar avait perdu de son urgence. Elle repoussa les couvertures, posa le pied par terre, le regarda encore une fois. Son bonnet de nuit était de travers. Elle le lui remit d’aplomb en lissant d’une caresse l’étoffe et le front osseux qu’elle recouvrait. Il s’ébroua à nouveau. Olive attendit qu’il se tienne tranquille, puis se leva. Et regagna sa propre chambre comme un fantôme.