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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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« Veuillez faire reculer votre escorte de dix mètres, Monsieur le duc.

— Mais bien sûr, Monsieur le comte de Lisieux », répondit celui-ci sur le canal com en se tournant à demi pour faire un signe aux forces spéciales. Celles-ci obtempérèrent aussitôt.

Même déformé par le canal com, Tancrède aurait identifié ce ton ironique entre mille. La voix de son vieil ennemi lui noua l’estomac. Cet homme lui avait fait tant de mal qu’il pouvait attiser sa colère d’une simple phrase, parfois même d’un simple mot. Il était probablement la seule personne au monde pour qui Tancrède éprouvait une haine véritable. Cependant, l’heure était trop grave pour laisser ses sentiments l’emporter sur le reste.

« Seigneur Préteur, je vous remercie d’être venu. Je ne pensais pas que vous répondriez favorablement à cette demande, visiblement j’avais tort. Le sort des centaines de milliers de soldats engagés ici ne vous est donc pas indifférent.

— Tu es toujours aussi pitoyable, pauvre raté ! cracha le duc. Toi et tes grandes idées généreuses ! Avant ta trahison, tu n’étais qu’un bouseux rêvant de devenir un redresseur de torts, mais maintenant que tu vis avec des animaux, tu ressembles à un clochard puant. Tu n’es plus rien, Tarente, et ne seras plus jamais rien ! »

Robert de Montgomery n’avait pas daigné ouvrir son casque pour lui parler, aussi Tancrède voyait-il le reflet de son propre visage sur l’hémisphère doré du WN face à lui. Par voie de conséquence, le duc ne s’exprimait que sur le canal com, ultime marque de mépris envers son interlocuteur. Tancrède se crispa aussitôt. Montgomery se comportait ainsi sciemment dans le but de l’humilier. Néanmoins, il ne fallait surtout pas lui offrir la satisfaction de céder à la colère. L’enjeu de cette rencontre dépassait de loin la sauvegarde de son amour-propre.

« Nous ne sommes pas ici pour parler de moi. Êtes-vous disposé à entendre ce que j’ai à dire ou n’êtes-vous venu que pour déverser votre fiel ? »

Le duc eut un ricanement qui, déformé par les ondes radio ressemblait à un grincement métallique. Tancrède supposa que Raymond partageait lui aussi le canal com et entendait la conversation. Il affichait d’ailleurs une mine épouvantable, comme s’il était à deux doigts de se trouver mal.

« Tu as voulu que je vienne, je suis là, répondit Robert de Montgomery. Presse-toi de délivrer ton message, j’ai une armée de cancrelats à écraser aujourd’hui. »

Désabusé, Tancrède soupira. Il avait tenu à organiser ces pourparlers afin d’avoir vraiment tout tenté pour éviter le bain de sang. Seulement, maintenant qu’il avait ce malfaisant devant lui, il n’était plus tout à fait sûr de rester maître de lui-même jusqu’au bout.

« Je suis ici pour vous offrir une porte de sortie dans des conditions honorables. Si l’armée croisée cesse tout combat et rend les armes aujourd’hui, vous pourrez quitter la planète sans subir l’assaut de l’armée atamide. Par ailleurs, aucunes représailles ne seront menées pour venger les massacres perpétrés depuis le débarquement. Je m’y engage personnellement.

— Voyez-vous cela ! s’esclaffa Robert. Un renégat à la tête d’une armée de bêtes pouilleuses m’offre généreusement la reddition à condition que mon armée supérieure à la sienne s’enfuie la queue entre les jambes ! »

Les membres des commandos des forces spéciales éclatèrent de rire. Tancrède les entendit sur le canal com. Ainsi, tout le monde écoutait.

« Monsieur le comte sait qu’il va perdre, voilà pourquoi il propose de ne pas se battre ! Quel grand seigneur de proposer ainsi la capitulation au futur vainqueur. Mais ce qu’il ne comprend pas, c’est que nous ne sommes pas des lâches comme lui. Quel intérêt aurais-je à me rendre alors que nous sommes supérieurs en nombre et en armement ?

— Pas en nombre », répondit Tancrède sèchement.

Il eut un bref silence. Manifestement, Robert avait parlé trop vite, emporté par l’habitude de considérer la Sainte Armée comme supérieure à celles d’Akya. Or, Tancrède avait appris juste avant de partir que le nombre de guerriers atamides réunis dans la plaine frôlait maintenant les huit cent mille. Ils seraient probablement près de neuf cent mille avant le début de la bataille. Un chiffre tout à fait comparable au nombre de soldats croisés.

« Peu importe, maugréa Robert. Il est inutile de comparer des sauvages armés de lances avec des soldats en exosquelette de guerre ! Nous allons en faire de la bouillie de tes Atamides. »

Visiblement, il était inutile de continuer sur ce terrain. Comprenant que le Prætor peregrini n’était pas venu pour négocier, mais juste pour avoir le plaisir de l’insulter une dernière fois, Tancrède décida de le provoquer.

« Je suis curieux de savoir quelque chose, Monsieur le duc. Depuis quand savez-vous que le Christ n’a jamais été le fils de Dieu ? Qu’il n’a même jamais été humain ? L’avez-vous appris de la bouche d’Urbain avant d’embarquer ou Pierre l’Ermite vous l’a-t-il annoncé après l’appareillage ? »

Les yeux de Raymond de St. Gilles s’arrondirent de stupéfaction.

« Qu’est-ce que cela veut dire, Robert ? De quoi cet homme parle-t-il ? »

Étrangement, pour formuler sa question, le comte de Provence s’était retourné vers la ligne formée par les commandos, derrière lui.

« Fermez-la, Raymond ! cria le duc de Montgomery.

— Comment osez-vous…, s’empourpra celui-ci.

— La peste soit de vous, Raymond ! Pour une fois, montrez-vous à la hauteur de la situation et fermez-la ! »

Tancrède hocha lentement la tête, comme s’il venait de tirer un enseignement de cet échange. Raymond de St. Gilles se retourna à nouveau, le visage livide. Qu’il fût dans cet état à cause de la révélation ou à cause de l’humiliation infligée par Robert, Tancrède n’aurait su le dire. Cependant, à cet instant et en dépit de tout le mal qu’il avait causé par le passé, cet homme lui inspira de la pitié.

« Cela n’a donc rien changé pour vous ? reprit-il à l’adresse du Préteur. La clé de voûte de notre religion est un mensonge, mais vous continuez à faire comme si de rien était ?

— Ce Dieu-là ou un autre, quelle importance ? s’emporta Robert. Tu ne comprendras donc jamais, imbécile ? La foi n’est bonne que pour les masses et les idéalistes béats tels que toi. Le destin des véritables hommes de pouvoir est de diriger le monde, et de laisser aux autres le soin de prier !

— Voyez-vous, rétorqua Tancrède qui ne cachait pas le profond dégoût que lui inspirait son interlocuteur, même si je n’ai que trop souvent eu l’occasion de mesurer la noirceur de votre âme, je vous croyais quand même dans l’ignorance de ce complot abject. Je pensais que vous aviez été placé devant le fait accompli une fois le Saint-Michel en route. Toutefois, je suppose que c’était trop attendre de vous, la légitimité de cette guerre n’a jamais fait partie de vos préoccupations. Songez-vous parfois au salut de votre âme, Robert de Montgomery ?

— “Mieux vaut régner en enfer que servir au Paradis[3] !” Allons, Tarente, même un bigot tel que toi a dû voir sa foi ébranlée – pour ne pas dire plus – par ce qu’il a appris sur cette damnée planète ! Mais, trêve de balivernes ! Je ne suis pas venu me confesser à un cureton de campagne. Maintenant, c’est à moi de parler. »

Depuis le début de la conversation, l’un des commandos alignés à l’arrière s’agitait curieusement alors que les neuf autres restaient parfaitement immobiles.

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3

Le paradis perdu, John Milton, 1667 (Traduction de Chateaubriand, 1839).

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