Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Les équipes de pupitreurs qui avaient été constituées allaient donc se relayer au poste avancé sans interruption aussi longtemps qu’il resterait des Atamides à aider. Une escouade de Yaze’ers nous avait été attribuée pour assurer le transport entre les cavernes et le poste avancé.
Or, en ce qui me concernait, je ne devais rejoindre mon poste que huit heures plus tard et Pascal, encore huit heures après ! De quoi se ronger les sangs et finir par tourner en bourrique. Ainsi, l’occasion de se changer les idées en allant jouer aux chasseurs intrépides avait été trop belle pour y résister.
Une belle connerie, oui ! m’exclamai-je intérieurement en tâchant de garder la bouche close.
Deux autres guerriers que je n’avais pas remarqués sautèrent des branches au-dessus de nous, et atterrirent avec souplesse à deux mètres, nous aspergeant de boue au passage. Je ne savais pas s’ils avaient pris position pour s’approcher de la bête ou pour nous protéger. Je resserrai ma prise sur le manche du long couteau dentelé.
Pascal a raison, qu’est-ce que je vais faire avec un truc pareil ? Tuer un prédateur au corps à corps ? Quel imbécile je fais. Je n’ai même pas demandé aux Atamides quel gibier nous chassions. Si ça se trouve, c’est le tigre-roche !
Le grondement retentit de nouveau et cette fois, il me sembla qu’il venait de la gauche et non plus de la droite. J’émis un petit claquement de la langue afin d’attirer l’attention de Pascal puis lui fit un signe silencieux pour lui dire de s’écarter de l’autre côté. Les deux guerriers se déplacèrent lentement en arc de cercle, cherchant à se placer plus près de la source du cri animal.
Je ne saurais dire si c’était une simple impression, mais j’aurais juré sentir des effluves fauves comme si la créature se cachait sous mon nez. Ce grognement était si sonore qu’il semblait émis par une cage thoracique énorme. J’imaginais toutes sortes de créatures susceptibles de le produire et pas une n’était plus petite que moi.
Soudain, le cri rauque éclata de nouveau, mais cette fois, juste à côté de moi. J’eus à peine le temps de tourner la tête que j’entendis un craquement de branches brisées, et qu’une forme sombre se rua sur moi.
Le choc fut si violent que mon esprit ne parvint même pas à enregistrer ce qui se passait.
Il y eut d’abord une brève lumière aveuglante – le ciel d’après-midi entrevu à travers les frondaisons, je suppose –, puis une phase totalement obscure durant laquelle mes synapses ne furent plus en mesure de décoder les informations envoyées à toute allure par mon système oculaire. S’ensuivit l’étrange sentiment de voler au ralenti avant la reprise de contact avec le sol. Là, je crus que quelqu’un s’amusait à me faire tourner sur moi-même à grande vitesse pendant un temps absurdement long. Lorsque je compris enfin que mon corps ne tournait pas, mais qu’en réalité, mes sens affolés dansaient la gigue, j’ouvris les yeux.
Juste devant moi, une tache rose et floue obstruait ma vision. Au bout de quelques instants, elle se précisa en une assez bonne approximation du visage de Pascal, qui ne cessait de s’agiter. Ensuite, le son revint et avec lui, les sensations. Une vive douleur irradia sur mon flanc et mon bras gauche, tandis que la voix de mon ami parvenait enfin à mes oreilles.
« Albéric ! Albéric, nom de Dieu, est-ce que ça va ? Albéric, c’est moi ! Tu me vois ? C’est Pascal ! Albéric, réponds-moi ! »
Je voulus lui dire que tout allait bien et qu’il était inutile de me crier dans les oreilles, mais tout ce qui sortit de ma bouche fut : « gnrp… que me… ah… jikp. »
Je fermai alors les yeux une seconde, pris une profonde inspiration et lorsque je les rouvris, le décor avait cessé de tourner. Pascal avait toujours l’air aussi affolé.
« Albéric, réponds-moi ! Comment te sens-tu ?
— Je… n’en sais rien, parvins-je à articuler. »
Je relevai la tête en espérant mieux voir ce qui m’entourait. Mon corps était étendu sur le dos, dans la boue. Comme mes jambes étaient croisées, on aurait presque pu penser que je m’étais simplement allongé pour faire un somme. Pascal était à genoux à côté de moi tandis qu’une dizaine d’Atamides nous entouraient. Je ne vis pas de sang sur mon corps, mais la boue le dissimulait peut-être. Avec précaution, je dépliai mes jambes, puis mes bras. Seul mon bras gauche me faisait souffrir, mais il ne semblait pas cassé. Je me mis sur mon séant.
« Doucement ! s’écria Pascal. On ne sait pas si tu es blessé !
— Ça va, je t’assure, fis-je en me massant le bras. Je vois trente-six chandelles, mais je ne crois pas avoir de blessure grave. »
Je soulevai ma veste en grimaçant de douleur. Tout mon côté gauche était violacé, de l’aine au pectoral. Il n’y avait pas de sang là non plus, pourtant des côtes étaient certainement brisées.
« Bon Dieu, que c’est moche, s’exclama mon ami, toujours diplomate. Tu dois jongler, non ?
— Ça fait mal, oui… Que s’est-il passé ?
— Une sacrée bestiole a jailli des fourrés juste à côté de toi en poussant un cri de tous les diables. Elle t’a percuté de plein fouet et tu as fait un sacré vol plané ! »
Pour quelqu’un qui avait perdu la foi, cela faisait beaucoup de sacré.
« Et après, elle s’est enfuie ?
— Non, elle est morte.
— Qui l’a tuée ?
— Mais toi ! »
En entendant cela, je craignis d’être plus atteint que je ne le pensais.
« Tu peux répéter, s’il te plaît ? Je pense que je n’ai pas encore tous mes esprits.
— Viens par-là, répondit Pascal, tu vas vite comprendre. »
Mon ami me prit par le bras et m’aida à me relever. La douleur dans mon flanc me fit gémir. À cinq mètres de là, dans une mare de sang violet, gisait le responsable de mon état. Une véritable curiosité pour parc zoologique.
À peu près de la taille et de la corpulence d’un gros sanglier, elle possédait huit pattes pourvues chacune de trois griffes émoussées, probablement davantage destinées à s’agripper sur les pentes des failles qu’à se défendre ; une touffe de poils drus de trente centimètres de long lui tenait lieu de queue tandis que sur le reste du corps, glabre, sa peau brune était couverte de plissements disgracieux. Quant à la tête, large et arrondie, elle se fendait d’une bouche d’où sortaient des rangées de dents d’herbivore.
Je remarquai alors que celle-ci était surmontée d’une volumineuse coque ivoirine, faite d’une matière similaire à la corne. C’était ce bélier naturel qui m’avait heurté violemment.
« Voilà sa manière de se défendre, pensai-je à voix haute. Lorsqu’il se sent acculé, chaud devant !
— C’est exactement cela, s’exclama Pascal en riant. Et regarde un peu en dessous. »
En m’efforçant de préserver mes côtes douloureuses, je me penchai pour voir ce que me montrait mon ami. À ma grande stupéfaction, je découvris mon propre couteau, profondément planté dans le poitrail de l’animal. De gros bouillons de sang s’échappaient encore de la blessure.
« Comme je te disais, fit Pascal. C’est toi qui l’as tué. Ou pour être plus précis, il s’est tué tout seul en s’empalant sur ton couteau ! »