Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
À dix pas de là, le haut du corps du Prætor peregrini était retombé sur le dos. Les jambes, encore attachées au bassin, reposaient six mètres plus loin. Tancrède s’approcha du torse, se pencha au-dessus de lui et chercha du doigt le clapet de libération manuelle du casque. Un déclic se fit entendre et l’orbe doré se rétracta en silence pour aller se loger dans le col du WN, découvrant la tête de l’homme qui s’y trouvait. Tancrède le reconnut aussitôt.
Ce n’était pas Robert de Montgomery ; cela, Tancrède le savait déjà. Toutefois, il ne s’attendait pas à ce que ce fut Léon Kowalski, le chef de l’unité mixte I/C qui avait trahi la première mission de colonisation en perpétrant le massacre qui devait servir de prétexte à la neuvième croisade. Tancrède l’avait revu une fois lors de l’expédition nocturne qu’il avait menée au sanctuaire de A’a. À cette époque, ce criminel avait déjà repris le commandement d’une unité des forces spéciales. Robert s’en était manifestement fait un sicaire attitré.
Ensuite, Tancrède revint à l’endroit où il avait attendu avec son escorte atamide. Même s’il espérait y trouver des survivants, il ne se faisait guère d’illusion. Et en effet, à l’exception de celui qui lui avait sauvé la vie et dont il ne connaissait pas le nom, tous gisaient dans la poussière, carbonisés ou déchiquetés par les armes des forces spéciales. Tous, même Arnut’har.
Tancrède se précipita vers lui et s’agenouilla à ses côtés. Le corps massif du chef de guerre atamide était inerte, gravement brûlé sur tout le côté droit. Du sang violet mêlé de poussière maculait entièrement son visage. Ses paupières s’ouvrirent soudain et les yeux fendus de jaune roulèrent plusieurs fois dans leurs orbites.
« Arnut’har ! s’exclama Tancrède. Ne meurs pas ! Arnut’har, je t’en prie, ton peuple a besoin de toi pour réussir ! »
Mais le bref effort dont le guerrier avait été capable en ouvrant les yeux ne fut qu’un sursaut. Il les referma, comme soulagé de ne plus avoir à lutter. Son corps se détendit et sa bouche demeura béante, figée pour toujours.
Alors que les guerriers, contrairement aux sages, ne pouvaient transmettre par l’esprit que des idées simples ou des mots isolés, Arnut’har, au seuil de la mort, avait trouvé les ressources nécessaires pour partager une ultime pensée avec Tancrède : « Non… mon frère… mon peuple a… besoin… de toi… »
Dès mon arrivée aux cavernes, je fus pris en charge par notre médecin, Théodore Janaillat. Mis à part le décor pariétal, son infirmerie n’avait pas grand-chose à envier aux hôpitaux de campagne de l’armée, ce qui n’avait rien de surprenant en soi puisque tout l’équipement qui s’y trouvait avait été dérobé dans les stocks de l’armée. Par contre, il n’y avait pas de tapis nanochir, technologie bien trop complexe à mettre en œuvre compte tenu de nos moyens limités. Ainsi, contrairement aux hôpitaux militaires où, tant qu’un blessé avait encore un souffle de vie, les coûteux tapis de reconstruction cellulaire garantissaient sa guérison presque à tous les coups, nos blessés graves ne devaient leur survie qu’aux talents de Théodore, ainsi qu’à la chance.
« Bigre, Albéric ! s’exclama celui-ci en soulevant ma chemise maculée de boue afin d’examiner ma cage thoracique. Le bestiau ne t’a pas loupé. C’est ce qui s’appelle se faire caresser les côtes ! »
Riant lui-même de sa plaisanterie, il saisit le scanner à main qui était inséré dans un logement spécial sur le côté du lit médicalisé, et entreprit de le passer lentement le long de mon flanc meurtri.
« Très bel hématome. Tu as dû faire une sacrée pirouette ! Ça me rappelle une…
— Désolé, doc, le coupai-je avant qu’il ne se lance dans un des interminables monologues dont il était coutumier. Je ne vais pas avoir le temps de rester ici pour subir tous les examens que tu as en tête. Nous avons une urgence de premier ordre à traiter !
— Ah, euh… entendu, répondit-il en redevant aussitôt sérieux. Je vais simplement vérifier que tu n’as pas un poumon perforé puis je te donnerai un antidouleur en attendant que tu aies le temps de te faire soigner.
— Parfait, merci. »
Théodore Janaillat pouvait parfois se montrer envahissant avec ses patients et son humour était souvent pesant, mais on pouvait compter sur lui pour se montrer professionnel et diligent quand les circonstances l’exigeaient.
Pascal entra à cet instant.
« J’ai fait prévenir Yus’sur ! fit-il, essoufflé. J’ai dit que nous allions l’attendre directement au Chaudron. Comme il est dans sa cellule, il va lui falloir un certain temps avant d’arriver. »
Pour vivre parmi nous, l’Ancien s’était choisi une simple cavité au fond de notre réseau de cavernes, loin des zones occupées. Il avait renoncé à son ermitage, mais pas à ses habitudes solitaires. L’endroit n’avait aucune ouverture vers l’extérieur, je pense même qu’il était situé sous le niveau du sol. Personne n’avait envie de vivre là. Toutefois, le vieil Atamide semblait le trouver à son goût. Tout le monde appelait cet endroit austère « la cellule ».
« Parfait, répondis-je en grimaçant tandis que notre docteur me palpait. Le temps que Théo termine son examen et nous irons là-bas.
— En attendant, peut-être pourrais-tu enfin daigner m’expliquer ce que tu as derrière la tête ?
— Il t’expliquera tout ce que tu veux lorsqu’il se sera mis sur le côté », coupa Théodore, autoritaire.
Je perdis une petite partie de ma dignité en geignant lamentablement tandis que j’exécutais le mouvement demandé, puis répondis à Pascal.
« Tu te souviens qu’un jour, alors que nous pupitrions au Diamant, j’avais remarqué une anomalie dans des relevés thermiques ? Des séries de chiffres qui ne correspondaient à rien, un peu comme si le Nod2 avait demandé à des terminaisons neurales d’effectuer des mesures sans qu’on lui en ait donné l’ordre.
— Hmm, ouais, je crois vaguement me souvenir de ça.
— Moi, je n’ai pas oublié. Car le plus étonnant était que les terminaisons neurales impliquées n’étaient même pas censées exister !
— Ah oui, ça me revient, tu m’avais montré ces relevés et j’avais remarqué que toutes les dates des anomalies étaient postérieures au passage dans le tunnel Rœmer.
— Voilà, exactement ! J’avais alors réussi à embobiner ce crétin d’Harbert pour qu’il me laisse aller vérifier moi-même les axones concernés. »
Alors qu’il était en train d’observer le scan de ma cage thoracique sur une projection holo, Théodore intervint dans la discussion.
« Des axones ? Vous êtes en train de parler du Nod2 du Saint-Michel, non ? Or, pour moi, les axones sont des prolongements neuronaux dans le cerveau. Comment un simple ordinateur peut-il avoir des axones ? »
Pascal leva les yeux au ciel.
« Simple ordinateur n’est pas le premier qualificatif qui me vient à l’esprit pour le Nod2, répondit-il. C’est un bioStruct, c’est-à-dire un putain de conglomérat de cellules donées sur silicium ! Tous les capteurs d’une telle machine sont de nature biologique. Le Saint-Michel est truffé d’axones qui sont tous reliés au cœur du Nod2. Tout passe par ce réseau aussi sûrement que chaque sensation éprouvée par ton corps est envoyée dans ton cerveau ramolli par ton système nerveux.