Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Il éclata de rire et les Atamides l’imitèrent, certains allant jusqu’à me taper amicalement sur les épaules.
« Yu’up tak ouln’itak akop, um’uin ! » dit l’un des guerriers. « Te voilà devenu chasseur, humain ! »
Me joignant à la bonne humeur générale, je gloussai moi aussi, mais mes côtes cassées se rappelèrent aussitôt à mon bon souvenir.
« Quelle drôle de chose que l’évolution, fis-je pensivement en observant mon premier gibier. Pourquoi cette espèce a-t-elle développé un tel bélier ? Contre quel prédateur avait-elle à se défendre ?
— Je l’ignore, répondit Pascal, toutefois, il aurait mieux fait de développer un gros cerveau plutôt qu’un gros bélier, ça lui aurait peut-être évité d’aller s’empaler directement sur ton…
— Nom de Dieu de merde ! »
L’hilarité générale cessa aussitôt. Tous les visages se tournèrent dans ma direction, car je venais de crier.
« Développer son cerveau…, répétai-je pour moi-même, sans prêter attention aux regards stupéfaits braqués sur moi.
— Qu’y a-t-il ? me demanda Pascal avec un air inquiet. Tu te sens bien ? »
En fait, à cet instant précis, savoir si je me sentais bien ou non ne revêtait que peu d’importance à mes yeux. Une idée avait fusé comme un trait de lumière dans une pièce obscure, et s’était imposée à moi aussi clairement que si on l’avait écrite en grand juste sous mon nez.
« Nom de Dieu de bordel de merde, pourquoi n’y ai-je pas pensé avant ! »
Je me tournai vers Pascal, le cœur battant, les yeux écarquillés par l’excitation.
« Nous devons retourner aux cavernes de toute urgence ! m’écriai-je d’une voix stridente. Il n’y a pas une minute à perdre !
— Mais que se passe-t-il à la fin ? Serais-tu en train de perdre les pédales ?
— Non, c’est simplement que je viens de trouver comment passer les barrières des zones noires ! »
Comment tout cela est-il arrivé ? À quel moment la situation a-t-elle basculé sans que je m’en aperçoive ? Pourquoi diable n’ai-je pas ouvert les yeux plus tôt ?
Tandis que l’IT-jet spécial affrété pour le rendez-vous avalait les kilomètres entre les pentes escarpées des montagnes d’Akya, l’esprit de Raymond de St. Gilles, comte de Provence et conseiller spécial du Prætor peregrini, était comme un îlot rocheux perdu au cœur d’une mer démontée.
Désormais, il est trop tard pour faire marche arrière. Nul n’a le pouvoir d’enrayer la séquence fatidique des événements qui vont se dérouler. Il ne reste plus qu’à espérer que tout finira bien pour nous.
Contrairement à son habitude, Raymond n’était pas installé dans la spacieuse cabine de l’IT-jet mais sur l’un des bancs métalliques rudimentaires fixés à même la coque dans l’annexe « matériel et troupe ». Il n’avait pas eu le choix puisque les fauteuils normaux de la partie habitable n’auraient pas résisté au poids de l’exosquelette de guerre qu’il avait été contraint d’enfiler.
Il tourna la tête vers la droite et observa par le hublot de la porte la zone habituellement réservée aux passagers de marque, déserte ce jour-là. Sièges couverts de cuir et tables en bois précieux, tapis luxueux et alcools hors de prix, voilà l’endroit où lui, l’un des principaux seigneurs du royaume de France, était supposé voyager. Au lieu de cela, il se retrouvait dans la partie attenante à la soute où l’escorte des seigneurs prenait place lors des vols.
Ceci n’est que l’un des nombreux signes du début des ennuis. Lorsque des pairs du Royaume sont traités comme du bétail, que l’on n’est plus en mesure de faire respecter les privilèges dus à leur rang, c’est qu’on a déjà renoncé à l’essentiel. Par Dieu, quel comte accepterait pareil traitement ! Si seulement Montgomery ne nous mettait pas dans une situation impossible, nous pourrions mener cette guerre comme des seigneurs qui se respectent !
La mégalomanie qui avait atteint Robert de Montgomery était devenue évidente pour son entourage. Si autrefois, Raymond avait scellé une alliance avec lui, c’était parce qu’il avait reconnu derrière la façade que présentait Robert un cynique guidé par son seul intérêt. Comme lui-même. Or, aujourd’hui, Robert était en proie à un délire jusqu’au-boutiste dans lequel l’extermination des Atamides et la conquête d’une planète entière s’étaient mués en objectifs absolus. Quitte à immoler sur cet autel l’armée qui se montrerait incapable de remporter la victoire !
Raymond craignait cette bataille plus que tout. Non par compassion pour les futures victimes – il se moquait éperdument de savoir combien de vies humaines allaient être sacrifiées dans les prochaines heures –, mais parce qu’il savait que, victorieux ou pas, le pape ne leur remettrait certainement pas une médaille après un tel carnage. Même l’ECM ne pouvait se permettre de gâcher inutilement tant de soldats et de matériel. Et s’il était une personne que Raymond craignait davantage que le duc de Normandie, c’était bien Urbain IX. Malheureusement, le comte de Provence ne pouvait plus reculer. Maintenant qu’il était engagé sur cette voie, il devait soutenir son allié ultra jusqu’au bout.
Un important trou d’air secoua soudain l’appareil et le dos de Raymond percuta violemment la paroi en métal. S’il ne sentit rien grâce au Weiner-Nikov, cela interrompit néanmoins l’enchaînement de ses pensées négatives. Sur ses côtés, ainsi qu’en face, se tenaient dix hommes en exosquelette de guerre, installés comme lui sur les bancs métalliques. Dix commandos des forces spéciales réquisitionnés par le Préteur afin d’assurer leur sécurité au rendez-vous et qui s’y présenteront armes en bandoulière, ainsi que le requièrent les règles tacites des pourparlers. Assis au centre du banc d’en face, Robert discutait à voix basse avec leur chef.
Il avait lui aussi revêtu un exo noir des forces spéciales et semblait aussi peu à l’aise avec cette armure que le comte de Provence. Son casque était rétracté dans le col, laissant voir sa tête qui, par contraste avec l’imposante combinaison de guerre, paraissait plus petite que d’habitude. La discussion avec le lieutenant du commando était animée, pourtant Raymond n’en entendait pas un mot.
En zone « matériel et escorte », la coque n’était pas isolée comme en cabine et le bruit des deux réacteurs était assourdissant. Raymond ressentit un léger pincement de colère dans l’estomac. Non seulement Robert l’entraînait dans sa course folle, mais en plus, il ne jugeait pas utile de le tenir informé de ses intentions.
Bah, qu’il aille au diable ! Peu importe ce que manigancent ces deux-là ! Il vaut même sûrement mieux que je l’ignore.
Il ferma les yeux et tâcha de se calmer.
Depuis combien de temps le Prætor peregrini n’avait-il pas eu d’entrevue avec le pape ? Impossible à savoir, Robert ne l’en avisait jamais. Dans les pires cauchemars du comte, le Préteur avait coupé les ponts avec Urbain, décidant seul du destin de la Sainte Armée, réduisant ses alliés à l’impuissance en les contraignant à attendre que le souverain pontife bâtisse un nouveau Saint-Michel afin d’aller châtier les traîtres qui avaient eu la faiblesse de suivre un chef manifestement devenu fou.
Non, je ne peux pas croire que nous en soyons là ! Urbain est forcément informé de tout ce qui se passe sur Akya. Il doit avoir une armée d’espions à son service. Si Robert de Montgomery perdait les pédales et refusait de suivre ses ordres, il serait immédiatement destitué et remplacé.