Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
— Je ne comprendrai jamais rien à ces inepties informatiques. »
Comme nous ne disposions que de peu de temps, j’interrompis leur échange d’amabilités.
« Bref, j’avais donc pu aller inspecter les axones concernés et après avoir rampé plus d’une heure dans un tunnel étroit puant l’œuf pourri, j’avais finalement découvert ce que j’étais venu chercher : de nouveaux filaments.
— De nouveaux filaments directement sur un nœud axonal…, compléta Pascal. Il me semble que tu avais supposé que le transit Rœmer avait provoqué une sorte de mutation, non ?
— En effet, c’était mon idée. On ne sait presque rien des répercussions éventuelles du moteur à effet tunnel sur les organismes. Et le Nod2 est un organisme très spécial. »
Théodore raccrocha son scan d’un coup sec.
« Aucun trauma sérieux, Albéric. Je te prépare un assortiment d’antalgiques puis tu pourras aller sauver le monde ou Dieu sait quoi d’autre.
— Entendu doc, merci.
— D’accord, reprit Pascal, des ramifications spontanées qui ne sont pas officiellement répertoriées au Diamant ont poussé sur les axones du Nod2. Et alors ?
— Mais tu ne comprends pas ? répondis-je en m’enflammant tandis que je m’apprêtais à énoncer mon idée. Si, comme je le crois, ces filaments d’un genre nouveau se sont développés comme des synapses dans un véritable cerveau, alors nous avons peut-être une chance inespérée.
— Je… ne te suis pas…
— C’est pourtant simple ! Grâce à ces ramifications, il se peut que nous trouvions une nouvelle porte d’entrée dans le Nod2, une porte donnant directement sur la partie strictement organique, sur son cerveau ! Or, nous avons parmi nous quelqu’un qui possède la capacité extraordinaire de communiquer directement avec les cerveaux !
— Yus’sur… fit Pascal lentement, comprenant peu à peu où je voulais en venir.
— Yus’sur ! m’exclamai-je, ravi. Yus’sur peut tenter de communiquer avec le Nod2 comme il le fait déjà avec les individus. En direct avec ses synapses !
— Mais, et la distance ?
— La distance ne pose pas de problème. Après tout, il a communiqué pendant des mois avec Tancrède par le biais de ses rêves alors que le Saint-Michel était bien plus loin qu’il ne l’est en ce moment.
— Une seconde, messieurs, intervint Théo encore une fois. Vous êtes en train de dire que Yus’sur pourrait parler à un ordinateur ?
— Pas un ordinateur, répondis-je. Un bioStruct ! Tu dois cesser de te représenter le Nod2 comme une machine. Il ressemble bien plus à un organisme. Même si certains de ses éléments sont électroniques, son cerveau est à quatre-vingt-dix pour cent biologique.
— Je ne comprends pas. Lorsque vous avez tenté de hacker le Nod2, vous êtes bien passé par un pupitre, non ? C’est-à-dire un ordinateur, au sens classique du terme.
— Absolument, mais ce n’est que l’interface. À ce jour, le seul moyen d’accéder au Nod2 du Saint-Michel est de passer par le filtre d’un pupitre accrédité du Diamant, ou de faire croire que l’on s’y trouve. Cependant, même si l’on sait pirater l’entrée dans l’interface, les barrières internes se dressent toujours sur notre route et elles sont trop difficiles à tromper. Mais ce ne sont que des sous-programmes, des éléments du Diamant. Ils ne sont pas constitutifs du Nod2.
— Ils ne font pas partie du cerveau du Nod2…, fit lentement Théodore à mesure qu’il comprenait.
— Pas plus que des lunettes de soleil n’interviennent sur ton nerf optique ! Elles sont juste un filtre en toi et la lumière.
— Et tu penses que Yus’sur pourrait s’affranchir de ces filtres et entrer en contact directement avec ce… cerveau ? »
Le regard de Pascal était perdu dans le lointain.
« Directement avec l’esprit du Nod2…, dit-il pensivement. Plus d’interface, donc plus de danger…
— Exactement ! m’exclamai-je joyeusement en claquant des mains. Si j’ai raison, alors Yus’sur pourra se déplacer librement dans l’Infocosme ! »
Pascal commençait à partager mon excitation.
« Punaise, ça peut marcher… Oui, ça pourrait bien marcher ! En tout cas, ça vaut foutrement la peine d’essayer ! »
Si Pascal croyait au potentiel de mon idée, c’était bon signe. Lui qui n’aurait manqué pour rien au monde une occasion de démolir un raisonnement s’il y voyait une faille, lui qui poussait l’esprit critique jusqu’aux limites du supportable, même pour ses amis, s’emballait soudain pour ma proposition. Cela signifiait-il que mon intuition était correcte ? J’avais beau tenter de tempérer mon enthousiasme, c’était comme si une force nouvelle m’électrisait, me galvanisait. La morosité qui nous plombait depuis des semaines venait de s’évaporer aussi vite que les neiges d’Akya au lever du soleil.
« À quel moment as-tu compris que Robert de Montgomery se cachait à l’arrière, au milieu de la rangée des forces spéciales ? » demanda Liétaud, tandis qu’il remettait en place l’une des plaques de blindage du Weiner-Nikov de Tancrède.
Ils se trouvaient sous la grande tente du centre opérationnel qui avait pu enfin être installé pendant l’absence de Tancrède. Ici était réuni ce qui tenait lieu d’état-major pour l’armée atamide. Les deux déserteurs avaient profité de l’endroit pour y disposer leur matériel, essentiellement les appareils nécessaires à l’entretien des exosquelettes de guerre et leur stock de munitions. Derrière eux s’affairait une ruche industrieuse composée de vingt binômes Humains/Atamides et d’au moins autant d’assistants et de techniciens. Sans le « centre opé », la grande armée ne pouvait partir au combat.
Les binômes Humains/Atamides constituaient le cœur du dispositif. Ils avaient la charge de coordonner autant que possible les innombrables détachements atamides. Pour chacun d’entre eux, la partie humaine était assurée par un pupitreur chevronné. Installés devant des terminaux connectés directement au pupitre resté à l’abri dans les cavernes, ceux-ci recueillaient toutes les informations utiles en provenance de l’extérieur, relevés satellite piratés, communications militaires interceptées, données répercutées par les innombrables WN ennemis, etc., puis les croisaient entre elles avant de les soumettre à la solution stratégique mise au point par Tancrède plusieurs jours auparavant.
Pierre angulaire de toute l’informatique militaire, la solution stratégique était le programme que les nombreux états-majors de l’ECM utilisaient afin de synthétiser les tactiques mises au point pour telle ou telle bataille. Il permettait alors aux officiers subalternes de prendre la majorité des décisions seuls. Dans les batailles de l’ère moderne, il était impossible pour quelques chefs, aussi compétents fussent-ils, d’être présents en même temps sur tous les fronts. La solution stratégique se substituait donc à eux pour les dizaines de choix qu’il fallait arrêter à chaque instant, leur laissant l’esprit disponible pour les questions majeures. Même si programmer correctement une solution stratégique était un travail long et rebutant, le gain durant une bataille s’avérerait parfois décisif.
Pourtant, Tancrède n’avait pas choisi d’utiliser ce système pour ces raisons. Le Méta-guerrier souhaitait descendre lui-même dans l’arène. Il lui paraissait impensable d’avoir provoqué ce combat et de ne pas y prendre part. Deux jours durant, il avait donc programmé la meilleure solution stratégique possible afin que les binômes soient à même de contrôler sans lui les mouvements de troupes nécessaires au bon déroulement de la bataille.