La valse lente des tortues
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:
— Philippe… J’ai envie de t’embrasser !
— Va falloir attendre. La porte n’a pas l’air d’accord. Et puis… Je ne suis pas un homme facile. J’aime me faire désirer.
— Je sais.
— Tu es là depuis longtemps ?
— Ça va faire trois jours… je crois. Je ne sais plus…
— Et il pleut comme ça depuis trois jours ?
— Oui. Sans discontinuer. J’ai essayé de joindre Fauvet, mais…
— Il m’a appelé. Il vient demain avec ses ouvriers…
— Il t’a appelé en Irlande ?
— J’étais revenu d’Irlande. Quand je suis arrivé au camp pour emmener Zoé et Alexandre, ils ont déclaré qu’ils voulaient prolonger leur séjour. Je suis rentré à Londres…
— Tout seul ? demanda Joséphine en grattant la porte de plus belle.
— Tout seul.
— Je préfère quand même. Je dis que ça m’est égal, mais ça m’est pas vraiment égal… Ce que je ne veux pas, c’est te perdre.
— Tu me perdras plus…
— Tu peux répéter ?
— Tu ne me perdras plus, Jo.
— J’ai même cru que tu étais retombé amoureux d’Iris…
— Non, dit Philippe tristement. C’est fini, bien fini avec Iris. J’ai déjeuné à Londres avec son soupirant. Il m’a demandé sa main…
— Lefloc-Pignel ? Il était à Londres ?
— Non. Mon associé. Il veut l’épouser… Pourquoi Lefloc-Pignel ?
— Je ne devrais pas te le dire, mais il semble qu’elle soit tombée très amoureuse de lui. En ce moment, ils filent le parfait amour à Paris.
— Iris avec Lefloc-Pignel ! Mais il est extrêmement marié !
— Je sais… Et pourtant, d’après Iris, ils s’aiment…
— Elle m’étonnera toujours. Rien ne lui résiste…
— Elle l’a voulu dès qu’elle l’a vu.
— J’aurais jamais cru qu’il quitterait sa femme.
— Ce n’est pas encore fait…
Elle aurait voulu lui demander s’il avait de la peine, mais elle se tut. Elle n’avait pas envie de parler de sa sœur. Pas envie qu’elle vienne s’immiscer entre eux. Elle attendit qu’il reprenne le dialogue.
— Tu es forte, Jo. Bien plus forte que moi. Je crois que c’est pour ça que j’ai eu peur et que je suis resté silencieux…
— Oh ! Philippe ! Je suis tout sauf forte !
— Si, tu l’es. Tu ne le sais pas, mais tu l’es… Tu as vécu bien plus de choses que moi et toutes ces choses t’ont fortifiée.
Joséphine protesta. Philippe l’interrompit :
— Joséphine, je voulais te dire… Un jour, il m’arrivera peut-être de ne pas être à la hauteur, et ce jour-là, il faudra que tu m’attendes… Que tu attendes que je finisse de grandir. J’ai tellement de retard !
Ils passèrent la nuit à se parler. De chaque côté de la porte.
Fauvet arriva le matin et délivra Joséphine qui se retint pour ne pas sauter dans les bras de Philippe. Elle se blottit contre la manche de sa veste et s’y frotta la joue.
Elle appela Garibaldi. Elle lui fit part du harcèlement dont elle avait été victime, du contenu des messages.
— J’ai eu vraiment peur, vous savez.
— Je dois dire qu’il y avait de quoi, répondit Garibaldi avec une certaine empathie dans la voix. Seule, dans une grande maison isolée, avec un homme qui vous poursuit…
Je vais encore me faire avoir, pensa Joséphine, mais cette fois-ci, elle décida de parler. Elle raconta l’indifférence de Luca, sa double personnalité, ses crises de violence. Il ne dit rien. Elle allait raccrocher quand elle pensa qu’il fallait peut-être lui donner le nom de la concierge.
— Nous l’avons vue. Nous savons tout ça, répondit Garibaldi.
— Parce que vous avez déjà enquêté sur lui ? demanda Joséphine.
— Fin de la conversation, madame Cortès.
— Vous voulez dire que vous connaissez l’assassin…
Il avait raccroché. Elle retourna, songeuse, vers Philippe et monsieur Fauvet qui inspectaient le toit et dressaient la liste des réparations à faire.
Quand Philippe revint vers elle, elle murmura :
— Je crois qu’ils ont arrêté le meurtrier…
— C’est pour ça qu’il n’est pas venu ? Ils l’ont intercepté à temps…
Il passa un bras sur ses épaules et lui dit qu’il fallait qu’elle oublie. Il ajouta qu’il allait falloir prévenir l’assureur pour la voiture.
— Tu as une bonne assurance ?
— Oui. Mais c’est le cadet de mes soucis. Je sens le danger partout… et s’ils ne l’arrêtaient pas à temps ? S’il nous poursuivait ? Il est dangereux, tu sais…
Ils partirent pour Étretat. S’enfermèrent dans un hôtel. Ne sortirent de la chambre que pour aller manger des gâteaux et boire du thé. Parfois, au milieu d’une phrase, Joséphine pensait à Luca. À tous les mystères de sa vie, à ses silences, à la distance qu’il avait toujours maintenue entre elle et lui. Elle avait pris cela pour de l’amour. Ce n’était que de la folie. Non ! se reprenait-elle, un soir, il a failli me parler, tout avouer et j’aurais pu peut-être l’aider. Elle frissonnait. J’ai dormi avec un assassin ! Elle se réveillait en sueur, se dressait sur le lit. Philippe la calmait en parlant doucement « je suis là, je suis là ». Elle se rendormait en pleurant.
Il pleuvait sans discontinuer. Ils regardaient du fond du lit la pluie s’abattre en longs traits transversaux contre la fenêtre. Du Guesclin soupirait, changeait de position et se rendormait.
Ils décidèrent de rentrer à Paris sans se presser.
— Tu veux qu’on ne prenne que des petites routes ? demanda Philippe.
— Oui.
— Qu’on se perde dans les petites routes ?
— Oui. Comme ça on aura plus de temps ensemble !
— Mais, Jo, maintenant on aura tout notre temps ensemble !
— Je suis si heureuse, je voudrais attraper une mouette, lui murmurer mon secret à l’oreille et qu’elle s’envole vers le ciel en l’emportant…
Il pleuvait tellement qu’ils se perdirent. Joséphine tournait la carte routière dans tous les sens. Philippe riait et lui assurait qu’il ne la prendrait jamais comme copilote.
— Mais on n’y voit rien ! On va retourner sur une grande route. Tant pis !
Ils trouvèrent la D 313, traversèrent des petits villages qu’ils apercevaient à peine sous le ballet affairé des essuie-glaces et arrivèrent à un lieu-dit : « Le Floc-Pignel ». Philippe siffla.
— Dis donc ! L’homme est important. Il a un village à son nom !
Ils roulaient à cinq à l’heure. Joséphine, à travers la glace, aperçut une vieille boutique à la façade écaillée. Au fronton, en lettres vertes presque effacées sur un fond blanc, on pouvait lire : IMPRIMERIE MODERNE.
— Philippe ! Arrête-toi !
Il se gara. Joséphine sortit de la voiture et alla inspecter la maison. Elle aperçut de la lumière et fit signe à Philippe de la rejoindre.
— Comment il s’appelait déjà ? maugréa-t-elle en tentant de se rappeler les propos de Lefloc-Pignel.
— Qui ça ? demanda Philippe.
— L’imprimeur qui a recueilli Lefloc-Pignel… Je l’ai sur le bout de la langue !
Il s’appelait Graphin. Benoît Graphin. C’était un vieil homme que l’âge avait couvert de givre. Il leur ouvrit, étonné. Les fit entrer dans une grande pièce emplie de machines, de livres, de pots de colle, de plaques d’imprimerie.
— Excusez le désordre, dit le vieil homme. Je n’ai plus la force de ranger…
Joséphine se présenta et à peine avait-elle prononcé le nom d’Hervé Lefloc-Pignel que les yeux de l’homme s’animèrent.
— Tom, murmura-t-il, le petit Tom…
— Vous voulez dire, Hervé ?
— Moi, je l’appelais Tom. Parce que Tom Pouce…
— Ainsi, c’est vrai ce qu’il m’a raconté, vous l’avez recueilli, élevé…
— Recueilli, oui. Élevé, non. Elle ne m’en a pas laissé le temps…