Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]
- Автор: Виндж Вернор (Вернон) Стефан
- Серия: Qeng Ho (fr) #2
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-09029-2
- Переводчик: Bernard Sigaud
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]». Краткое содержание книги:
Le système de MarcheArrêt n’a jamais été exploré. Et voilà que deux expéditions, attirées par les signaux radio, s’y installent. L’une a été montée par les Qeng Ho, un peuple marchand qui parcourt l’espace en achetant et vendant des informations technologiques. L’autre par une civilisation violente et sadique, dite des Émergents, qui a fait de la lutte pour le pouvoir son mode de vie. Son chef, Tomas Nau, cherche à se rendre maître de la planète des Araignées pour exploiter ses ressources. Il lui faut d’abord détruire la flotte Qeng Ho ou s’en emparer.
Mais parmi les Qeng Ho se cache une figure mythique, Pham Nuwen, né mille ans plus tôt, qui connaît tous les tours...
— Avez-vous vu le dernier rapport de Reynolt, monsieur ?
— Oui. Elle dit qu’il lui faut cinq ans de plus.
Les efforts d’Anne pour découvrir des pièges dans les localiseurs Qeng Ho étaient presque voués à l’échec. Les premières années, Tomas était plus optimiste. Après tout, les pirates qui s’attaquaient aux systèmes de sécurité Qeng Ho ne disposaient pas du soutien de zombies. Mais le bourbier des logiciels Qeng Ho avait presque huit mille ans de profondeur. Chaque année, les zombies d’Anne repoussaient d’un an ou deux la date prévue pour la conclusion des recherches. Ce dernier rapport, c’était le bouquet.
— Dans cinq ans, monsieur. Autant dire jamais. Vous et moi savons à quel point il est invraisemblable que ces localiseurs présentent un danger. Mes zombies les utilisent depuis douze ans dans le temp’ et dans les épaves des vaisseaux. Mes zombies ne sont pas spécialistes en programmation, mais je peux vous dire que, dans toute cette période, les localiseurs ont été aussi fiables que tout le reste du matériel Qeng Ho. Ces gadgets sont extrêmement utiles, monsieur. Rien ne leur échappe. C’est en renonçant à s’en servir qu’on court des risques particuliers, monsieur.
— Par exemple ?
Nau vit Ritser, surpris, tressaillir légèrement ; il y avait un certain temps qu’il n’avait pas été aussi fortement encouragé.
— Hmm. Par exemple, les choses qui nous échappent quand nous ne nous servons pas des localiseurs. Il n’y a qu’à voir le programme de cette séance.
Suivit un discours pas trop pertinent sur les récentes inquiétudes en matière de sécurité : les tentatives de Gonle Fong pour acquérir des automatismes destinés à ses cultures clandestines ; l’affection perverse que les gens de toutes les factions ressentaient envers les Araignées – sublimation désirable, certes, mais problème potentiel lorsque viendrait finalement le moment de passer à l’action concrète ; le niveau correct de paranoïa pour Anne Reynolt.
— Je sais que vous la surveillez, monsieur, mais je crois qu’elle est en train de partir à la dérive. Ce n’est pas seulement cette fixation sur les passages secrets des logiciels. Mais elle devient sensiblement plus possessive avec « ses » zombies.
— Il est possible que j’aie réglé son seuil de réaction un peu trop bas.
Les soupçons d’Anne quant au sabotage des zombies étaient totalement injustifiés, ce qui ne cadrait pas avec sa précision analytique coutumière.
— Mais quel rapport avec l’installation des localiseurs à Hammerfest ?
— Appuyés par une implantation de localiseurs à Hammerfest, mes mouchards pourraient effectuer une analyse fine en continu : corréler exactement le trafic du réseau avec ce qui se passe physiquement. Il est scandaleux que notre dispositif de sécurité le plus faible se trouve là où les besoins sont les plus grands.
— Hmm.
Il regarda Ritser dans les yeux. Enfant, Tomas Nau avait appris une règle importante : on peut mentir à tout le monde et sur n’importe quoi, mais jamais à soi-même. Tout au long de l’Histoire, l’aveuglement avait conduit de grands hommes à leur perte, de Helmut Dire à Pham Nuwen. Soyons honnêtes : il voulait vraiment avoir le lac que Qiwi lui avait montré sous Hammerfest. Avec un parc pareil, il aurait tiré quelque chose de ce lieu sinistre, créé une splendeur que les Qeng Ho ne surpassaient que rarement, même dans les systèmes civilisés. Tout cela n’était pas un prétexte pour toucher à la sécurité – mais peut-être que le simple refus de reconnaître ses propres désirs n’arrangeait rien. Changeons de cap : qui essaie de forcer la main à qui, apparemment ? Ritser Brughel manifestait un enthousiasme délirant. Il ne fallait pas le sous-estimer. Moins directement, c’était Qiwi qui avait créé ce dilemme.
— Et Qiwi Lisolet, Ritser ? Que disent vos analystes ?
Une lueur scintilla dans les yeux de Ritser. Il nourrissait toujours une haine homicide envers Qiwi.
— Nous savons tous les deux qu’elle peut très vite trouver la vérité ; il est donc plus important que jamais de la surveiller de près. Actuellement, toutefois, elle est absolument, totalement inoffensive. Elle ne vous aime pas, mais son admiration pour vous est presque aussi forte que de l’amour. C’est un chef-d’œuvre, monsieur.
À présent, Qiwi retrouvait ses repères environ une Veille sur deux. Mais sa dernière RAZ était très récente – augmenter la couverture des localiseurs la maintiendrait sous une surveillance encore plus étroite. Nau y réfléchit encore un instant puis hocha la tête.
— D’accord, Vice-Subrécargue, amenons les localiseurs sur Hammerfest.
Bien sûr, les localiseurs Qeng Ho étaient déjà à bord de Hammerfest. Les grains de poussière étaient transportés par les courants d’air, ils s’attachaient aux vêtements, aux cheveux et même à la peau. Ils étaient universellement répandus dans tous les espaces habités autour de l’agglomérat.
Universellement répandus, peut-être, mais, privés d’énergie, les localiseurs n’étaient que d’inoffensives parcelles de verre métallique. Les gens d’Anne avaient reprogrammé les câblages principaux de Hammerfest, et les avaient prolongés dans les cavernes nouvellement creusées. À présent, dix fois par seconde, des micro-ondes puisaient dans tous les espaces découverts. L’énergie impliquée, très en dessous des seuils de dommage biologique, était si faible qu’elle ne parasitait pas les autres installations déjà en place. Les localiseurs Qeng Ho n’avaient pas besoin de beaucoup de courant, juste assez pour faire marcher leurs minuscules capteurs et communiquer avec leurs plus proches voisins. Dix Ksec après le déclenchement des impulsions à micro-ondes, Ritser signala que le réseau s’était stabilisé et fournissait des données acceptables. Des millions de processeurs, dispersés dans un volume de quatre cents mètres de diamètre, chacun à peine plus puissant qu’un ordinateur de l’Aube de l’Humanité, formaient théoriquement le plus puissant réseau informatique en L1.
En quatre jours, Qiwi finit de creuser la caverne et implanta les vannes asservies. Son père était déjà en train de mitonner un terreau sur les hauteurs. L’eau viendrait en dernier, mais elle viendrait.
Nau se demanda, après coup, comment ils avaient réussi à se passer des localiseurs pendant si longtemps. Ritser Brughel avait absolument raison. Avant, leur dispositif de sécurité à Hammerfest était pratiquement aveugle. Avant, le temp’ Qeng Ho était en réalité un endroit plus sûr pour les opérations délicates. Sous la direction de Nau, Brughel et ses mouchards consacrèrent de nombreux jours à un ratissage exhaustif d’abord de Hammerfest, puis des vaisseaux interstellaires et du nuage d’entrepôts en orbite. Rompant avec la tradition, il fit même passer les localiseurs pendant cent Ksec dans l’arsenal souterrain L1-A. C’était comme braquer un projecteur dans les coins sombres. Ils découvrirent et corrigèrent des douzaines de failles dans le dispositif de sécurité… et ne trouvèrent pas la moindre trace de subversion. En résumé, l’expérience avait merveilleusement conforté leur assurance, comme lorsqu’on cherche des parasites dans une maison, qu’on n’en trouve pas mais qu’on repère aussi les endroits où déposer le poison et ériger les barrières en prévision d’une future infestation.
À présent, Tomas Nau connaissait mieux son propre domaine que tout autre Subrécargue dans l’histoire de l’Émergence. Grâce aux localiseurs, les mouchards de Ritser pouvaient donner à Nau les coordonnées et l’état émotionnel – voire l’état cognitif – de n’importe qui sur Hammerfest. Au bout d’un moment, il comprit qu’il y avait des expériences qu’il aurait dû effectuer depuis longtemps.