Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]
- Автор: Виндж Вернор (Вернон) Стефан
- Серия: Qeng Ho (fr) #2
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-09029-2
- Переводчик: Bernard Sigaud
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Au tréfonds du ciel [A Deepness in the Sky - ru]». Краткое содержание книги:
Le système de MarcheArrêt n’a jamais été exploré. Et voilà que deux expéditions, attirées par les signaux radio, s’y installent. L’une a été montée par les Qeng Ho, un peuple marchand qui parcourt l’espace en achetant et vendant des informations technologiques. L’autre par une civilisation violente et sadique, dite des Émergents, qui a fait de la lutte pour le pouvoir son mode de vie. Son chef, Tomas Nau, cherche à se rendre maître de la planète des Araignées pour exploiter ses ressources. Il lui faut d’abord détruire la flotte Qeng Ho ou s’en emparer.
Mais parmi les Qeng Ho se cache une figure mythique, Pham Nuwen, né mille ans plus tôt, qui connaît tous les tours...
— Qu’est-ce que tu dirais d’un lac ?
— Quoi ?
— Code « eaumouillée » dans ma bibliothèque de paysages.
Et Qiwi brancha ses propres ATH sur le projet.
— Euh… tu ne m’avais pas parlé de ça !
L’une des forêts conçues par Ali se superposait à la réalité dure comme le diamant de la caverne, mais au centre de la caverne s’étendait maintenant un lac qui ne cessait de s’élargir dans le lointain jusqu’à atteindre des îles montagneuses, à des kilomètres de distance apparente. Un voilier venait de lever l’ancre, quittant son embarcadère arboré au pied de la colline.
Tomas resta sans voix un moment.
— Seigneur. C’est dans la propriété de mon oncle à North Paw. J’y ai passé plusieurs étés.
— Je sais. Je l’ai trouvé dans ta biographie.
— C’est beau, Qiwi, même si c’est impossible.
— Ce n’est pas impossible ! Nous avons de l’eau à profusion en surface ; ce lac fera un excellent réservoir secondaire.
Elle désigna d’un geste vague les lointains, là où la nappe d’eau s’étalait au maximum.
— Nous creusons un peu de l’autre côté de la caverne et nous amenons le lac jusqu’à la paroi. Nous pouvons récupérer assez de papier vidéo pour produire une imagerie réaliste des lointains.
Ce n’était pas évident. Le papier vidéo des vaisseaux endommagés avait considérablement souffert de l’exposition au vide. Aucune importance. Tomas aimait porter des ATH, et on pouvait peindre le décor lointain pour quiconque était exclu de l’imagerie.
— Ce n’est pas ce que je voulais dire. Nous ne pouvons pas avoir un vrai lac, pas en microgravité. Le moindre tremblement d’astéroïde l’enverrait grimper aux parois.
Qiwi se permit un grand sourire.
— Voilà la vraie surprise. Je peux y arriver, Tomas ! Nous avons des douzaines de vannes asservies dans les épaves, plus que nous n’en aurons jamais besoin pour quoi que ce soit. Nous les installons au fond du lac et les contrôlons à partir d’un réseau de localiseurs. Il serait facile d’amortir les oscillations de l’eau, de maintenir le tout en suspens.
— Tu aimes vraiment stabiliser ce qui est intrinsèquement instable, pas vrai, Qiwi ? dit Tomas en riant. Bon, tu l’as fait pour le tas de cailloux, peut-être que tu peux le faire ici.
Elle haussa les épaules.
— Bien sûr que je le peux. Avec un rivage limité, je pourrais même y arriver avec des localiseurs émergents.
Tomas se tourna pour la regarder, et elle ne décela alors aucune vision derrière ses yeux. Il était retourné dans le monde stérile et dur de la caverne de diamant. Mais il avait vu son étonnant projet, et Qiwi savait qu’elle lui avait fait plaisir.
— Ce serait fantastique… mais ça représente beaucoup de ressources, et beaucoup de travail.
De travail pour les non-zombies, évidemment. Même Tomas ne considérait pas les Focalisés comme de vraies personnes.
— Ça ne gênera pas les projets importants. Les vannes sont des rebuts. Les localiseurs sont des surplus. Et les gens me doivent des tas de services.
Au bout d’un moment, Nau reconduisit sa compagne et le zombie hors de la caverne. Qiwi l’avait encore surpris, et, cette fois, c’était plus spectaculaire que d’habitude. Et puis zut. Raison de plus pour vouloir les localiseurs sur Hammerfest. Les gens de Reynolt n’avaient pas encore accordé leur certificat de sécurité ; était-ce vraiment une affaire si compliquée ? On verra plus tard. Qiwi venait de dire qu’on pourrait avoir une manière de lac même avec les localiseurs émergents.
Ils remontèrent par les niveaux inférieurs, prenant acte des divers saluts et signes de main des techs émergents ou Qeng Ho. Ils laissèrent Ali Lin dans le parc-jardin qui lui servait d’atelier. Le père de Qiwi n’était pas encagé dans la ruche souterraine des Combles. En fait, sa spécialité exigeait des espaces à ciel ouvert et des objets vivants. Du moins était-ce ainsi que Tomas présentait les choses à Qiwi. C’était plausible, et ça voulait dire que la fille n’était pas continuellement exposée aux aspects ordinaires de la Focalisation ; ce qui contribuait à retarder le moment où elle finirait par tout comprendre.
— Il faut que tu ailles au temp’, Qiwi ?
— Oui, j’ai des courses à faire. Des amis à voir.
Qiwi devait s’occuper de son petit commerce, récupérer ses promesses de service.
— D’ac.
Il la souleva de terre et l’embrassa, à la vue de tous, au beau milieu du couloir des bureaux. Aucune importance.
— Félicitations, mon amour !
— Merci. À ce soir.
Le sourire de Qiwi Lisolet était éblouissant. À trente ans passés, elle quêtait encore son approbation.
Elle repartit par le puits central, se propulsant main sur main, de plus en plus vite, dépassant comme une fusée tous les autres usagers du tunnel. Qiwi s’entraînait encore quotidiennement dans une centrifugeuse à 2 g, pratiquait toujours les arts martiaux. C’était tout ce qui lui restait de l’influence de sa mère, ou, du moins, tout ce qui en était visible. Une bonne part de son allant et de son énergie était sans aucun doute une sorte d’effort sublimé pour plaire à sa mère.
Nau leva les yeux, oubliant presque les gens qui descendaient tout autour de lui. Il regarda la silhouette de Qiwi rapetisser dans les hauteurs du puits principal.
Après Anne Reynolt, Qiwi était sa possession la plus précieuse. Mais il avait en fait hérité de Reynolt ; Qiwi Lin Lisolet était son triomphe personnel, une personne brillante, non Focalisée, qui travaillait pour lui sans se ménager depuis des années. La posséder, la manipuler – c’était un défi toujours renouvelé. Et il y avait toujours un élément de danger. Elle avait au moins la force et la vitesse nécessaires pour tuer de ses propres mains. Les premières années, il ne s’en était pas rendu compte. Mais c’était aussi avant de comprendre à quel point elle était précieuse.
Oui, c’était un triomphe personnel, mais Tomas Nau était suffisamment réaliste pour savoir qu’il avait aussi eu de la chance. Il avait possédé Qiwi pour la première fois exactement à l’âge qu’il fallait et dans un contexte favorable : quand elle était assez grande pour avoir absorbé en profondeur la culture Qeng Ho, et assez jeune, en revanche, pour être durablement impressionnée par le Massacre Diem. Les dix premières années de l’Exil, elle ne l’avait surpris que trois fois en flagrant délit de mensonge.
Un mince sourire déforma ses lèvres. Qiwi croyait qu’elle le changeait, qu’elle lui avait démontré le bon fonctionnement des méthodes libérales. Bon, elle n’avait pas tort. Les premières années, autoriser l’existence d’une économie parallèle avait fait partie d’un jeu qu’il jouait avec elle ; c’était une faiblesse temporaire. Mais cette économie parallèle fonctionnait pour de bon. Même les textes Qeng Ho soutenaient que des marchés libres n’auraient aucun sens dans un environnement aussi fermé et aussi limité que celui-ci. Et pourtant, au fil des années, les Fourgueurs avaient amélioré la situation – même dans le cas d’activités que Nau aurait de toute façon exigées. Alors maintenant, quand elle lui assurait que les gens lui devaient des services, qu’ils travailleraient vraiment dur pour aménager ce parc lacustre – pestilence, j’ai vraiment envie de ce lac ! – Tomas Nau ne se moquait plus d’elle sous cape. Elle avait raison : les ouvriers – même émergents – seraient plus efficaces parce qu’ils avaient des obligations envers Qiwi que parce que Tomas Nau était Subrécargue avec le pouvoir ultime de tous les balancer au vide intersidéral.