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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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Elle s’assit en tailleur sur son lit, se concentra sur l’azalée écarlate qui fanait sur le rebord de la fenêtre, seul souvenir de ses vitrines, et respira. Nadi Shodana. Une respiration que leur avait enseignée un professeur de Saint-Martins pour leur apprendre à se concentrer sur leur travail. Nadi Shodana la remplissait d’une énergie limpide, d’une belle lucidité, elle respirait et la lumière se faisait.

Outre la respiration, elle avait mis au point une stratégie pour réfléchir.

Elle partait toujours du même principe : je suis Hortense Cortès, unique au monde, époustouflante, intelligente, vaillante, brillante, bandante, renversante, ébouriffante. Ce principe établi, elle posait sa question de la manière le plus claire possible.

Ce jour-là, le sujet de réflexion était : pourquoi Gary Ward n’avait-il pas prévenu Hortense Cortès qu’il s’envolait pour New York ?

Comment s’appelait le ver dans l’aspic ?

Elle établit plusieurs hypothèses.

1) Il avait été bouleversé en surprenant Shirley et Oliver dans le même lit… Il revenait d’Écosse. Cela avait dû mal se passer sinon il lui aurait parlé à elle, Hortense. Il n’aurait pas pu garder sa joie à l’intérieur de sa poitrine, elle aurait fui de partout. Il aurait dit guess what ? J’ai un père. Il est grand, il est beau, il est fou de joie de m’avoir retrouvé, on a bu des bières ensemble et il m’a donné un kilt avec le tartan de sa famille. Il se serait levé, aurait enfilé le kilt familial, aurait dansé une gigue de joie sur son tapis hideux avec le grand soleil jaune et la constellation d’étoiles. Il n’avait pas enfilé de kilt, n’avait pas gigué, c’est donc qu’il n’avait rien à dire de ding-deng-dong, jouez hautbois, résonnez musettes.

Hortense expira longuement, narine droite bloquée. Son père ! Quel besoin de le retrouver ? Les parents, ça ne sert qu’à vous ralentir, à vous alourdir, à vous balancer du doute, de la culpabilité, que des trucs qui puent.

Elle prit une nouvelle aspiration, narine gauche.

Il court jusqu’à l’appartement de sa mère et trouve Oliver tout nu, Shirley toute nue à côté de lui. Ou sur lui. Ou les deux emmêlés en un nœud lubrique. Une poutre lui tombe sur la tête ! Une mère, ça ne baise pas. Une mère n’a pas de seins, pas de sexe, et surtout pas d’amant. Et certainement pas, son prof de piano chéri.

Il claque la porte et s’enfuit. Il court comme un fou, manque de se faire écraser, évite un bus, arrive chez lui essoufflé, se rince la nuque à l’eau froide dans l’évier, se redresse et s’écrie New York ! New York !

Mais de là à traverser l’Atlantique, sans l’avertir…

Il manquait un rouage.

Elle changea de narine, inspira un faisant un petit bruit rauque de glotte, sentit le souffle tapisser ses omoplates et passa à la deuxième hypothèse.

2) Gary trouve Shirley et Oliver au lit. Il reçoit une poutre sur la tête, il titube, il saigne, il cherche à me joindre, je ne réponds pas, il laisse un message, attend que je vienne lui panser le front, que je coure jusqu’à l’aéroport m’envoler avec lui. Je ne rappelle pas. Dépité, il me déteste à nouveau et part pour New York, drapé dans sa solitude. Gary aime se draper. Il aime souffrir en silence et montrer ensuite les traces de clous dans les paumes de ses mains. Depuis, il boude. Il attend que je l’appelle.

Le ver dans l’aspic s’appelle Orange. Ma messagerie est en panne. Cela expliquerait que je n’aie plus beaucoup de messages.

Longue expiration. Changement de narine. Inspiration freinée.

3) Ou alors…

Alors là… j’extrapole, je divague, je vaticine, j’accuse, je deviens parano. Et je montre du doigt l’ayatollah.

Pour me « dompter » ou parce qu’il est jaloux, il écoute mon répondeur et efface mes messages, un à un. Gary qui me prévient qu’il part pour New York et me propose de partir avec lui… Et pourquoi pas ? Ça lui ressemblerait d’avoir cette idée folle. Cette idée follement romantique…

Peter entend Hortense jolie, je t’ai acheté un billet pour voler dans les airs, viens vite, les nuages vus d’avion sont suaves et blancs, je t’aime, magne-toi le cul. L’ayatollah bave de jalousie et efface le message, tous les messages, ne me laissant que les insignifiants comme maigre pitance, pour endormir ma méfiance.

Longue expiration. Changement de narine. Long souffle d’air qui irrigue à nouveau le dos, monte au cerveau, ouvre mille fenêtres sur l’univers et la prévient des vents fétides qui y soufflent. Le Nadi Shodana est un phare puissant qui éclaire les zones d’ombre, chasse les miasmes et les ennemis à longue barbe noire.

Le ver dans l’aspic s’appelle Peter et porte des petites lunettes cerclées.

Il y avait une ou deux choses qu’elle n’avait pas racontées à sa mère au sujet de Peter pour ne pas l’affoler.

Premièrement : elle l’avait surpris, un soir, le nez dans un rail de coke. Il était près de minuit, il devait penser que tout le monde dormait. Il était penché sur la table basse du salon et se poudrait le nez allégrement. Elle était remontée à pas de biche dans les escaliers, s’était allongée dans son grand lit et s’était dit tiens ! tiens ! l’ayatollah se lâche… Elle avait rangé soigneusement cette information dans un coin de sa tête. Elle lui servirait, un jour.

Deuxièmement : lors de cette soirée avec Peter, quand il lui avait ordonné de rester bien sagement à ses côtés, elle s’était, bien sûr, éloignée et, à la fin de la nuit, sur son portable, elle avait trouvé trois textos de l’ayatollah qui disaient T’es où ? Si je te trouve, je te baise…

Je suis harcelée par un ayatollah coké.

Relâchement de tout le corps dans un long souffle puissant, souffle de vie qui nettoie, reprise d’une respiration narine droite…

Résolutions.

Dorénavant, elle surveillerait son portable. Elle ne le laisserait plus traîner partout, dans le salon, la véranda, le coin cuisine, sur la table devant la télé, la tablette de la salle de bains…

Dorénavant, elle le tiendrait dans le creux de sa main.

Et surtout, surtout, elle allait quitter cette maison. C’était dommage. Elle aimait le quartier, sa petite chambre sous les toits, le ciel à travers la lucarne, la branche de platane qui battait contre le carreau, le restaurant français au coin de la rue, la serveuse qui lui gardait toujours un morceau de pot-au-feu ; elle aimait l’arrêt d’autobus en équilibre sur trois marches, le dédale de ruelles, de boutiques de dentelles et la caissière de Tesco qui fermait les yeux quand elle tapait pommes de terre partout…

Elle partirait.

Fin de Nadi Shodana.

Elle allait commencer tout de suite à consulter les petites annonces sur gumtree.com.

Et, se dit-elle, dans cette phrase, c’est le « tout de suite » qui compte.

Elle enfila des sandales en satin rose achetées aux puces de Brick Lane. En s’habillant en princesse, elle se trouverait un palais.

Elle se dit aussi qu’il était urgent qu’elle décroche un stage pour l’été.

Bimbamboum, elle trouverait.

Elle était Hortense Cortès, unique au monde, époustouflante, intelligente, vaillante, brillante, bandante, renversante, ébouriffante.

— Et tu n’as plus de nouvelles de lui ?

Hortense et Shirley s’étaient donné rendez-vous sur les rives de Southbank pour manger un bol de nouilles chinoises au Wagamama. Il faisait beau, elles s’étaient installées sur la terrasse et balançaient leurs jambes au soleil.

— Rien que des mails… Il ne veut pas me parler. Pas encore. Que des mails…

— Où il dit quoi ?

— Que la vie est belle, qu’il a un appartement dans un immeuble en briques rouges avec des fenêtres vertes, dans la 74e Rue Ouest…

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