Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
La vie avait continué sans qu’ils n’en reparlent jamais. Quant à elle, elle ne savait pas, elle se disait c’est maman qui avait raison ou c’est papa, elle se disait aussi que la vérité dépend du point de vue où l’on se place.
Ça devait arriver à beaucoup de gens de vivre des choses pareilles. Elle n’était pas une exception. Il ne fallait rien exagérer. Et nous continuons tous à vivre, à faire semblant de vivre… sauf qu’on ne sait pas qu’on fait semblant.
Elle grappillait des petits moments de joie, des petits morceaux de bonheur. Les gros morceaux, elle ne pouvait pas les avaler. Elle était heureuse de ces petits morceaux. Ils lui suffisaient amplement.
Comme de savoir que Garibaldi l’aimait bien…
L’histoire de Cary Grant et de sa mère, elle la comprenait.
Tout le monde l’aimait, tout le monde le trouvait formidable, il était la plus grande star de Hollywood, mais il était resté le petit garçon de neuf ans que sa mère avait abandonné. Archibald Leach suppliait sa mère de poser les yeux sur lui. Elsie voyait Cary Grant et ne le reconnaissait pas.
Elle levait le coude quand il s’approchait…
Rejetait le manteau de fourrure.
Balançait le chat à travers la chambre.
Lui interdisait de l’appeler maman.
Refusait d’habiter une belle maison à Los Angeles, près de lui.
Prenait l’air distrait quand il téléphonait.
Disait tu n’es pas Archie, tu n’es pas mon fils…
Il insistait. Appelait tous les dimanches où qu’il soit dans le monde…
Avait la gorge étranglée. Tremblait à chaque fois.
Ne sachant plus qui il était…
Archie Leach, Cary Grant ?
Il avait grandi, il avait réussi, mais c’était comme s’il avait grandi et réussi en trompe-l’œil… En fabriquant un autre personnage qui s’appelait Cary Grant.
Il l’avait fabriqué tout seul.
En s’observant dans la glace, en calculant l’épaisseur de son cou, la taille de son col, en enfonçant les mains dans ses poches, en rectifiant son accent, en mettant au point des mimiques, des grimaces, des attitudes, en apprenant des mots savants qu’il recopiait sur un carnet…
Il s’en était sorti tout seul.
Tout seul…
Les hommes qui parviennent à s’échapper de leur enfance sont toujours des solitaires. Ils n’ont besoin de personne, ils avancent les mains dans les poches, un peu branlants, un peu tremblants, un peu en se raclant la gorge, mais ils avancent.
Elle releva la tête. Remercia Petit Jeune Homme de lui avoir raconté l’histoire de Cary Grant. Chaque fois qu’elle repensait à la tempête sur la plage des Landes, elle ajoutait un morceau au puzzle.
Cary Grant venait de poser un nouveau morceau dans le grand puzzle. Une petite phrase qu’elle avait formulée sans s’en apercevoir, « elle était sortie de l’eau… toute seule ».
Toute seule…
Elle songea à ses filles.
À la mort d’Antoine…
Elle se demanda si Hortense et Zoé faisaient des cauchemars en pensant à la fin d’Antoine.
Elle se demanda si c’était pour oublier la mort de son père que Zoé se coulait contre elle et parlait comme une petite fille qu’elle n’était plus. Qu’elle mélangeait tout, Gaétan, la nuit dans la cave, les bras de sa mère, l’oreille de son doudou qu’elle mordillait… Elle était en équilibre, un pied dans l’enfance, un pied dans l’avenir. Pas sûre de savoir de quel côté pencher. Elle hésitait.
Hortense avait claqué la porte de l’enfance depuis longtemps. Elle regardait résolument droit devant elle et rayait tout ce qui pouvait l’embarrasser. Une sorte d’amnésie qui la protégeait. Elle s’était construit une armure. Combien de temps y serait-elle à l’abri ? Il y avait toujours un moment où l’armure volait en éclats…
Moi aussi, j’ai la gorge sèche quand je vais parler à Hortense. Je tourne autour du téléphone avant de composer son numéro.
Moi aussi, j’ai peur qu’elle me rejette et me renvoie le chat à la figure.
Et pourtant, je suis une mère formidable…
Je suis une mère formidable.
Elle fit le numéro d’Hortense.
Elle était chez elle. Furieuse. Il y a trois centimètres d’eau dans la salle de bains et personne ne fait rien, j’en ai marre de cet endroit, j’en ai marre ! Et tu sais quoi ? L’autre taré d’ayatollah…
— Peter ? suggéra Joséphine.
— Ce débile ! Il a décidé de me dresser. De m’apprendre la vie ! Il dit que c’est à moi, cette fois-ci, d’appeler le proprio et de gueuler… Il s’est transformé en père la Morale et me fait la leçon pour tout. Je ne le supporte plus. Je crois que je vais me casser… L’autre soir, on a essayé de se raccommoder. On est sortis ensemble et, en entrant dans la boîte, tu sais ce qu’il m’a dit ?
— Non, dit Joséphine, surprise que sa fille lui parle autant.
Hortense devait être très en colère et avait besoin de déverser sa rage dans l’oreille de quelqu’un.
— Il m’a dit tous ces mecs te regardent, Hortense, et pourtant tu vas rester sagement à côté de moi… sans bouger. Non mais ! Il croit que je lui appartiens ? Que je vais sortir avec lui ? Avec ses petites lunettes cerclées, sa taille de nabot et son air constipé ! Il est malade, je te dis, complètement malade…
— Tu as des nouvelles de Gary ? demanda Joséphine.
— Non. On se voit plus…
— Ça, c’est normal, dit Joséphine qui savait, par Shirley, que Gary était à New York.
— Tu trouves ça normal, toi ? Tu prends sa défense, en plus ! J’aurai tout entendu ! Décidément, en ce moment, vaudrait mieux que je reste au lit et que je me bouche les oreilles… C’est une conspiration ou quoi ?
— Hortense, ma chérie, calme-toi… Je voulais juste dire que c’est normal que tu ne le voies plus puisqu’il est à New York et toi, à Londres… Je voulais savoir si vous vous téléphoniez de temps en temps…
— À New York ? Qu’est-ce qu’il fout à New York ? demanda Hortense, interloquée.
— Il y vit… Cela doit faire un peu plus de deux mois, maintenant…
— À New York ? Gary ?
— Shirley ne t’a rien dit ?
— Je ne vois plus Shirley, non plus. À cause de Gary. J’ai rayé la mère et le fils de mon vocabulaire…
— Il est parti du jour au lendemain…
— Et pourquoi ?
— Euh ! je crois que… Ça m’embarrasse de te le dire, ce serait mieux que Shirley te raconte…
— M’man ! Fais pas ta mijaurée… Tu me feras gagner du temps, c’est tout !
Joséphine raconta le voyage de Gary à Édimbourg à la recherche de son père, le retour à Londres, son irruption dans l’appartement de Shirley au petit matin et…
— Il a trouvé Shirley au lit avec Oliver, son professeur de piano…
— Wouaou ! Ça a dû être un choc !
— Et depuis, il ne parle plus à Shirley. Je crois qu’il lui envoie des mails. Il est parti à New York, il a été pris à la Juilliard School…
— C’est top !
— Il a loué un appartement, il a l’air de se plaire beaucoup là-bas…
— On a passé la nuit ensemble après la fête de mes vitrines et le matin, il a filé voir sa mère. Il y avait comme une urgence…
— Il devait vouloir lui raconter son voyage en Écosse… Il n’a pas eu le temps.
— Et moi qui croyais qu’il était toujours à Londres et qu’il me battait froid…
— Il ne t’a pas prévenue ?
— Non. Pas un mot, pas un texto ! On avait passé une nuit ensemble, m’man, une nuit de rêve et il a décampé au petit matin pour aller voir…
— Il t’a peut-être laissé un message et tu ne l’as pas eu… Ça arrive, tu sais.
— Tu crois vraiment ?
— Oui. En tout cas, moi, ça m’arrive… On me dit qu’on m’a envoyé un texto ou qu’on m’a laissé un message et je n’ai rien.