Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
— Non. Je n’y ai jamais mis les pieds…
Et je déteste le cri des mouettes et l’odeur du varech, pensa-t-il en faisant une moue de dégoût.
On pourrait y aller pour notre voyage de noces, songea Denise Trompet en rougissant. On regarderait le soleil se coucher sur le golfe pendant que les bateaux des plaisanciers regagnent le port. Les voiles blanches s’affaleraient, les cirés jaunes tiendraient la barre et les écoutilles. Une douce brise marine jouerait sur nos nuques frissonnantes. Il me serrerait contre lui de son bras puissant et murmurerait je ne veux pas que tu t’envoles ! Il aurait l’air très grave et je gémirais en me blottissant contre lui. Tu ne me perdras jamais, mon chéri, se promit-elle en tremblant.
Il attendit qu’il fasse nuit pour se rapprocher un peu.
Lui passa précautionneusement un bras autour des épaules et elle défaillit.
Ils restèrent immobiles, un long moment. Il n’y avait plus grand monde sur les marches. Quelques gratteurs de guitare et des couples amoureux. Je suis comme tout le monde, se dit Denise Trompet, je suis enfin comme tout le monde…
— Heureuse ? demanda à nouveau Chaval.
— Si vous saviez…, souffla Denise dans un soupir de bonheur.
— Et demain, le soleil, il se couche à quelle heure ?
— Vingt et une heures vingt-trois…
— Décidément, vous êtes vraiment une femme savante, dit-il en lui effleurant l’oreille.
Elle faillit mourir de plaisir.
Il la serra un peu plus fort en pensant au corps de la divine Hortense.
— Bruno…, murmura Denise, s’enhardissant.
— Oui ?
— Je suis si…
— Ne dites rien, Denise, profitons de ce moment de paix et de beauté. Recueillons-nous en silence…
Elle se tut, tâchant d’imprimer dans son cœur les mille nuances de son bonheur.
Puis soudain, il se dressa comme mû par un ressort. Tâta ses poches et s’exclama :
— Mon Dieu ! Mes clés ! Je ne les ai plus !
— Vous êtes sûr ?
— Je les avais encore dans votre bureau, tout à l’heure… Je me souviens les avoir senties dans ma poche en vous parlant…
Elle s’arracha alors à l’étreinte de ce torse fabuleux qu’on aurait cru sculpté par le Bernin lui-même et ces biceps saillants qui auraient pu être ceux d’un marin habitué à hisser des voiles toute la journée… La douceur de sa peau la rendait folle et lui faisait penser à un bol de lait crémeux tout juste sorti du pis de la vache et encore légèrement fumant…
— Nous devons aller les chercher ! Je ne peux pas réveiller ma mère en rentrant tard… Elle est si faible !
— Mais nous venons à peine de nous asseoir et je pensais que…
… qu’il l’emmènerait dîner dans un de ces restaurants pour touristes qui la faisaient rêver quand elle se promenait avec ses parents, le dimanche après-midi. Quand ils étaient d’humeur gaie, qu’un espoir se dessinait à l’horizon de leur morne vie, ils délaissaient le cimetière du Père-Lachaise et montaient jusqu’à Montmartre. Elle s’était imaginé qu’elle pourrait secrètement faire un pèlerinage. Unir dans la même pensée Bruno et ses parents…
— Allons-y ! ordonna Chaval d’une voix d’imperator romain habitué à se faire obéir. Mène-moi à ton bureau, que je récupère mes clés, ma petite pêche dorée…
C’est un subterfuge qu’il avait trouvé. Il alternait le « tu » et le « vous » et elle perdait la tête… Ultime astuce, il l’assommait avec « ma petite pêche dorée ».
Il tendit la main, la saisit par le col de son manteau et d’un geste brusque la ramena vers lui. Elle poussa un cri, puis cria de nouveau lorsqu’il planta ses dents dans la chair délicate de son cou. Douce morsure. Il l’étreignit encore plus fort, avide de la toucher vraiment, de caresser sa chair satinée, de suivre les courbes merveilleuses de son corps de femme…
Elle murmura oui, oui et ils partirent à la recherche d’un taxi pour gagner au plus vite l’avenue Niel.
Il avait mis au point un stratagème…
Depuis que les beaux jours étaient revenus, la Trompette portait des corsages échancrés ; il avait remarqué, dans le sillon flétri de ses seins, la présence d’une chaîne en plaqué or au bout de laquelle pendait une clé. Une clé plate, grise, toute simple qui jurait avec les breloques dorées de la chaîne. Un soir, à l’heure de la fermeture des bureaux, alors qu’il l’observait, elle avait ôté subrepticement la chaîne et avait utilisé la clé pour fermer un tiroir.
Il s’était fait la réflexion que ce devait être une clé importante.
Il voulait en avoir le cœur net.
L’odeur fade de la Trompette et la vue du coucher de soleil lui portaient sur les nerfs. Il fallait qu’il bouge…
Il était plus de dix heures du soir lorsqu’ils pénétrèrent dans l’entreprise. Il n’y avait aucune lumière derrière les fenêtres de l’appartement qu’occupaient René et Ginette. Ils devaient dormir. Personne ne les dérangerait.
Denise composa le code pour désamorcer l’alarme et Chaval repéra l’emplacement des chiffres qu’elle composait : 1214567. Cela pourrait lui être utile.
Elle avait sorti un trousseau de clés de son sac et ouvrait l’une après l’autre les portes de l’entreprise.
— N’allumez pas… Sinon on va croire à un cambriolage…
— Mais nous ne faisons rien de mal ! protesta Denise.
— Je sais, déclara Chaval, mais les gens ne le savent pas, imaginez qu’ils donnent l’alarme, cela pourrait vous être fatal ! Ils ont vite fait de voir le mal partout, vous savez…
Elle frissonna et faillit renoncer.
Il sentit qu’elle faiblissait et l’attira à lui brusquement.
— Nous ne faisons rien de mal, ma petite pêche dorée…
Il suivit Denise jusqu’à son bureau tout émoustillé à l’idée de perpétrer son méfait. Comment allait-il s’y prendre ? Il jouait gros. Il ne fallait en aucun cas qu’elle croie que la clé seule l’intéressait. Un frisson le parcourut et il eut un début d’érection. Il touchait au but. Dans la pénombre, il la distinguait à peine et superposa le visage d’Hortense à celui de la Trompette. Il repensa aux longues jambes d’Hortense, à ses petits talons qui cinglaient le pavé, à l’étau brûlant qui lui broyait le sexe. Il poussa un petit cri et plaqua la Trompette contre lui. Lui tira brutalement les cheveux en arrière, chercha sa bouche.
— Pas ici ! Pas maintenant ! protesta-t-elle en détournant la tête.
— Vous vous refusez à moi ? Moi qui tremble pour vous depuis de longs mois ?
— Pas ici, répéta-t-elle en essayant de se dégager.
— Tu m’appartiens, Denise, tu ne le sais pas, mais tu m’appartiens…
Il glissa un doigt entre ses seins mous et son index heurta la petite clé qui reposait dans le sillon.
Il tripota la clé, jouant l’étonnement.
— Qu’est-ce que c’est ? Un talisman hostile pour m’éloigner de toi ? Une manière subtile de me dire que je ne dois pas m’aventurer plus loin ? Que mon désir te blesse et t’offense ? Pourquoi ne pas me le dire tout de suite, alors ? Pourquoi jouer avec mes sentiments ? Ah ! Tu es bien comme toutes les femmes ! Froide et calculatrice… Tu t’es servie de moi !
Elle rougit et protesta que ce n’était rien de tout ça.
— Si, si, insista-t-il, je sens bien que tu te dérobes à mes caresses… C’est cette clé, la traîtresse ! Celle par qui le malheur arrive…
Il promenait son souffle chaud sur la poitrine de Denise, parcourait la nuque, les oreilles, en soufflant, soufflant, tâchant de se souvenir des propos d’Henriette.