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Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi

Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:

Hortense est à Londres et c'est toujours hyper compliqué entre elle et Gary.
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
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La Trompette s’alanguissait entre ses bras ; il la lâcha brusquement, comme assommé par sa trahison. Elle se laissa tomber, les bras ballants, sur une chaise et gémit.

— Je te laisse, petite pêche dorée, je croyais que quelque chose était possible entre nous et tu te refuses à moi.

— Mais je…

— Cette clé que tu portes est le symbole de ton refus… Tu es lâche, tu ne parles pas, mais cette clé parle pour toi ! Qui te l’a donnée ? Qui ?

— C’est la clé du tiroir où je range les papiers et les dossiers importants ! s’écria Denise. Rien de plus ! Je vous le promets !

— La clé d’un tiroir secret qui veille sur ta vertu ?

— Oh non ! Pas sur la mienne, soupira la Trompette. Moi, je n’ai pas besoin de clé, vous le savez bien…

Elle hésitait à le tutoyer. On ne tutoie pas un rêve.

— Et pourquoi cette clé se trouve-t-elle sur le chemin de mes baisers ?

— Je ne sais pas, je ne sais pas, protesta la Trompette, affolée.

— Mais tu sais que je m’en offense…

— Il ne faut pas. Je la garde là, pour ne pas la perdre. C’est la clé de mon tiroir… Ce n’est rien d’autre. Je vous le jure !

Elle joignit le geste à la parole et montra à Chaval que la clé ouvrait ce tiroir-là, rien que cela.

— Ce tiroir où tu ranges tes petits secrets, les choses que tu me caches ? Le nom de tes amants, par exemple et leurs numéros de téléphone…

— Oh non ! s’empourpra la Trompette. Je n’ai pas d’amant…

— Qui m’en assurera ?

— Je vous promets…

— Alors pourquoi cette clé ? C’est un cadeau d’un ancien amant ? D’un homme qui t’a convoitée, désirée et peut-être même ouverte et possédée fougueusement…

Elle le regarda, désemparée, ne sachant plus que dire.

— Mais je… je n’ai jamais eu d’amant. Vous êtes mon premier…

— Impossible ! je ne te crois pas ! Tu me caches quelque chose ! Cette clé me nargue depuis que j’ai posé les yeux sur toi. Elle se dresse entre toi et moi et m’empêche de te dévorer. Donne-la-moi !

Il avait jeté son ordre d’un ton brutal.

— Non ! Je ne peux pas !

— Alors… Adieu ! Tu ne me reverras pas !

Il tourna les talons et se dirigea lentement vers la porte.

— Je ne peux pas, je ne peux pas, répétait Denise Trompet, déchirée entre le devoir et l’amour. La fidélité à un homme qui l’avait toujours estimée, Marcel Grobz, et l’envie d’appartenir à un autre qui la torturait par sa jalousie aveugle.

Comme dans ses romans.

Elle était en train de vivre un de ses romans…

Alors la colère l’aveugla. Il s’emporta contre l’obstination et la dureté qu’elle lui opposait et, se redressant, agrippa son col des deux mains et, d’un seul geste, déchira la chemise sur toute sa longueur dans un chuintement qui transperça le silence de la chambre.

 Voilà ! Comme ça si on vous le demande, vous pourrez dire que vous ne m’avez rien permis du tout !

Elle haletait. Sa poitrine se soulevait à un rythme rapide, saccadé. De nouveau, il l’écrasa sous lui. La sensation de sa peau contre la sienne était incroyablement familière et pourtant diablement excitante comme s’il avait passé toute la journée à la contempler, trépignant d’impatience, attendant que le jour touche à sa fin…

Trop tard !

Elle se noyait dans la brutalité de son étreinte, s’émerveillait du contact brutal de sa peau. Il l’embrassa. Sa bouche laissa une pluie de baisers tout le long de sa clavicule… Une sorte de soupir désespéré lui échappa à nouveau au moment où il plaquait ses lèvres sur la vallée de ses seins. Elle lui tendit la clé tant désirée dans un soupir. Elle savait bien alors qu’elle était en train de faire n’importe quoi, mais elle savait bien aussi qu’elle ne pourrait désormais plus rien lui refuser.

— Prenez-la, cette clé… elle est à vous…, dit Denise, vaincue.

— Non, je n’en veux plus…

— Prenez-la et vérifiez vous-même que je ne vous ai pas menti…

— Tu ferais ça au nom de notre amour ? dit Chaval en posant sur elle un regard lourd.

— Oui, dit bravement la Trompette. Je vous la donne. En preuve de mon amour pour vous…

Elle lui tendit la clé et il l’empocha.

Sa bouche remonta sur son menton, juste au coin des lèvres frémissantes. Hésita. Se recula légèrement…

 Puisque vous m’avez fait attendre, vous serez punie… Je ne vous embrasserai pas ce soir et ne vous rendrai la clé que demain matin… Je l’interrogerai toute la nuit et elle me livrera ses secrets.

Elle percevait dans sa cage thoracique les palpitations affolées de son cœur en proie au doute. Que voulait-il dire ? L’avait-elle offensé sans le savoir ?

Il s’autorisa un dernier geste de tendresse, glissa les doigts dans ses cheveux, murmura en appuyant ses lèvres sur sa nuque :

 Vos cheveux couleur de nuit, doux et soyeux, frais comme la rosée du matin… Je les caresserai encore quand je vous aurai pardonné…

Le contact de sa main dans ses cheveux lui procurait un absurde réconfort. Ses doigts remuaient doucement, lui frôlaient la tempe, puis glissaient sur son oreille et sa mâchoire dans une caresse détachée. Son pouce se posa au coin de sa bouche, passa sur sa lèvre inférieure, appuya très légèrement…

Elle se contenta de fermer les yeux et de détourner la tête.

Demain, il reviendrait. Demain, il lui aurait pardonné…

Demain, à l’aube, se dit Chaval, je fais faire un double de la clé. Je le donne à la mère Grobz en lui indiquant le code de l’alarme et le tiroir à fouiller. À elle de se débrouiller. À elle de trouver un prétexte pour venir rôder dans l’entreprise… J’aurais rempli ma mission. Et je toucherai mon pourcentage.

Il était près de minuit lorsqu’ils sortirent à pas de loup de l’entreprise.

Chaval raccompagna Denise Trompet jusqu’au métro et joua la froideur de l’homme offensé.

— Punie, tu es punie, lui murmura-t-il en lui effleurant les cheveux de son souffle chaud et en laissant sa chemise s’ouvrir sur son torse brun et puissant. Je ne vous reverrai que demain… Et encore, si vous êtes gentille ! Galopez vite prendre votre métro. Obéissez-moi, je le veux !

Elle le regarda avec dévotion, joignit les mains, murmura « à demain » et courut avec la légèreté d’une jeune fille attraper le dernier métro qui la ramènerait rue de Pali-Kao.

Il la regarda dévaler les escaliers, docile, heureuse d’être soumise, et une étrange pensée lui traversa l’esprit. Cela avait été si facile de tromper la Trompette. De lui faire perdre la tête. Elle avait complètement oublié le prétexte des clés perdues. Il faudrait qu’il invente une histoire. Ce serait facile. La crédulité de cette fille éveillait en lui un désir brutal de jouer avec elle, de la manipuler. Pourquoi s’arrêter là ? Cette femme pourrait lui servir. Il ne savait pas encore à quoi. Il pourrait la faire travailler à sa main. Il gagnerait sur tous les tableaux… S’il suffisait de lui souffler sur l’oreille et de l’appeler « ma petite pêche » pour qu’elle perde la tête, il serait bien bête de ne pas en profiter…

Il sentit à nouveau son sexe se durcir dans son pantalon.

Et cette fois-ci, Hortense Cortès n’y était pour rien.

Hortense, enfermée dans sa chambre, réfléchissait.

Gary, parti, New York, sans prévenir, pas normal, pas normal du tout. Il y avait un ver dans l’aspic. Elle allait déclencher le plan Pensée Profonde. Mettre le problème à distance et le contempler comme un vieux pouf éventré.

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