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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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L’aubergiste tendit son plateau à Rand et inclina la tête.

— Pardonnez-moi, seigneur… Ces deux messages semblent importants, alors je me suis dit que… Eh bien, j’ai préféré ne pas attendre que vous descendiez, et comme vous n’étiez pas dans votre chambre… Enfin, vous voyez ce que je veux dire ?

Rand s’empara des invitations – à force d’en recevoir, il avait fini par en perdre le compte – sans daigner les regarder, puis il prit Cuale par le bras et le guida jusqu’à la porte qui donnait sur le couloir.

— Merci de t’être donné tant de mal, mon bon ami… Maintenant, si tu avais l’obligeance de nous laisser…

— Mais, mon seigneur, ces missives viennent de…

— Merci pour tout, vraiment !

Rand poussa l’importun dehors et lui ferma la porte au nez. Puis il jeta les deux lettres scellées sur la table.

— C’est la première fois qu’il nous fait ce coup-là. Loial, tu crois qu’il a écouté à la porte avant de frapper ?

— Tu commences à réfléchir comme les gens du coin, mon ami, plaisanta l’Ogier. Cela dit, Cuale étant natif de Cairhien, tout est possible, y compris et surtout le pire. Sauf erreur de ma part, nous n’avons rien dit qui ne soit pas pour ses oreilles.

Rand puisa dans sa mémoire. Aucun d’eux n’avait mentionné le Cor de Valère, les Trollocs ou les Suppôts. Mais Cuale ne pouvait-il néanmoins pas tirer parti de ce qu’il avait entendu ? Savait-on jamais ce que… ?

— Cette maudite ville est en train de déteindre sur moi…, marmonna Rand, accablé.

— Mon seigneur, s’écria Hurin en brandissant les deux messages, la première lettre vient du seigneur Barthanes, Haute Chaire de la maison Damodred. Et la seconde porte le sceau du roi !

— Sans blague ? Eh bien, ces missives finiront pourtant comme les autres : dans les flammes, sans jamais avoir été lues.

— Mais, mon seigneur…

— Hurin, avec l’aide de Loial, tu m’as expliqué les règles du Grand Jeu. Si j’honore une seule invitation, tout le monde en ville pensera que je suis partie prenante d’un complot. Si je n’en honore aucune, on trouvera mon comportement suspect – du favoritisme déguisé, ou quelque chose comme ça –, et si je réponds à ces lettres, ça me sera reproché un jour ou l’autre. Pas plus ni moins que si je ne réponds pas, cependant. La moitié des gens passant leur temps à espionner l’autre moitié, il est impossible qu’on ne soit pas au courant de mes faits et gestes. Ayant brûlé les premières lettres et les suivantes, je ferai de même avec ces deux-là.

Un jour, Rand avait jeté douze lettres scellées dans la cheminée. Son record jusqu’à nouvel ordre…

— Les esprits malintentionnés y liront un mystérieux message mais, au moins, ce sera le même pour tout le monde. À force d’insister, les citadins finiront par comprendre que je ne suis du côté de personne.

— J’essaie de t’avertir depuis le début, dit Loial. Cette tactique a peu de chances de réussir. Quoi que l’on fasse ici, on est toujours soupçonné d’avoir des arrière-pensées. En tout cas, c’est ce que disait l’Ancien Haman.

Hurin ramassa les invitations et les tendit à son seigneur comme une offrande.

— Mon seigneur, regardez ce sceau : c’est celui du roi Galldrian, rien que ça ! Et l’autre appartient au seigneur Barthanes, l’homme le plus puissant du royaume après le souverain. Si vous brûlez ces lettres, mon seigneur, vous vous ferez les ennemis les plus puissants qu’on puisse imaginer. Jusque-là, vous avez agi impunément parce que les maisons nobles attendent de vous voir agir et supposent que vous avez des alliés influents pour oser les insulter ainsi. Mais le roi et le seigneur Barthanes ne tomberont pas dans le panneau. Si vous les offensez, ils relèveront le gant, j’en suis sûr.

— Et si je leur oppose une fin de non-recevoir à tous les deux ?

— Ces tactiques-là sont dépassées, seigneur, dit Hurin. Toutes les maisons nobles vous ont envoyé une invitation. L’une d’elles au moins saura que vous n’êtes pas proche du roi ou du seigneur Barthanes – ici, tout finit par être de notoriété publique – et ça l’incitera à venger son honneur outragé. Si on ne pense pas que vous avez de puissants protecteurs, vous ne survivrez pas longtemps. Les maisons nobles ont recours à des tueurs, désormais. Un coup de couteau dans la rue, une flèche tirée d’un toit, du poison versé dans votre coupe…

— Il reste la possibilité d’accepter les deux, Rand, intervint Loial. Je sais que ça ne te tente pas, mais ça pourrait même se révéler amusant. Une soirée chez un riche seigneur, voire au palais du roi ! N’oublie pas que tout le monde t’a pris pour un seigneur, au Shienar…

Rand fit la moue. Toute cette affaire était due au hasard. Une confusion au sujet de son nom, des serviteurs faisant circuler une rumeur, Moiraine et la Chaire d’Amyrlin devenant les complices d’une mystification… Cela dit, Selene aussi l’avait pris pour un noble.

Et je la rencontrerai peut-être lors d’une de ces soirées…

— Bâtisseur, dit Hurin, tu ne connais pas le Daes Dae’mar aussi bien que tu le penses. En tout cas, pas la variante en vigueur à Cairhien. S’il s’agissait de deux autres maisons, ton raisonnement se tiendrait. Même si elles se déchirent toutes, les lignées nobles tiennent à préserver les apparences, et elles jouent la comédie de l’amitié. Pas ces deux-là ! Les Damodred régnaient sur le royaume jusqu’à ce que Laman perde le pouvoir. Pour recouvrer leur gloire passée, ils feraient n’importe quoi. Quant au roi, il les écraserait, s’ils n’étaient pas presque aussi puissants que lui. En d’autres termes, les Riatin et les Damodred sont des ennemis mortels et ne s’en cachent pas. Si vous acceptez les deux invitations, seigneur, chaque maison le saura grâce à ses espions et pensera que vous complotez avec son ennemie jurée. Du coup, vous aurez deux équipes de tueurs sur le dos.

— Et si j’accepte une seule invitation, l’autre maison me rangera parmi les alliés de son adversaire, bien entendu… D’où l’intervention d’une seule équipe de tueurs, ce qui est déjà suffisant pour avoir ma peau. (Hurin acquiesça aux deux propositions.) Renifleur, as-tu une suggestion à me faire ? Par exemple sur le meilleur moyen de ne pas être pris pour cible ? (Hurin secoua la tête.) Comme je regrette d’avoir brûlé les deux premières lettres…

— C’était un acte un peu hâtif, mon seigneur, mais de toute façon ces gens vous auraient soupçonné dans tous les cas. Avec eux, on ne gagne jamais…

Rand tendit la main et le renifleur y déposa les deux feuilles de parchemin pliées. La première ne portait pas le sceau de la maison Damodred – l’Arbre et la Couronne – mais les armes du seigneur Barthanes, soit un Sanglier à la Charge. L’autre arborait le Cerf de Galldrian. Chaque fois, un sceau personnel. Sans rien faire du tout, Rand avait réussi à attirer l’attention de l’élite du royaume.

— Ces gens sont fous, dit-il.

— Fous à lier, oui, approuva Hurin.

— Et moi, je dois trouver un moyen de m’en tirer vivant… Pour commencer, je vais m’exhiber dans la salle commune avec ces deux invitations. Tout ce qui se passe ici à midi est connu d’au moins dix maisons avant le coucher du soleil, et par toutes avant l’aube du lendemain. Si je ne brise pas les sceaux, tout le monde comprendra que je n’ai pas répondu. Si on croit que j’hésite, on ne me trucidera pas, et c’est exactement ce qu’il me faut : un répit. Ingtar ne tardera plus. Il le faut !

— Un raisonnement de maître du Grand Jeu, mon seigneur, dit Hurin, tout sourire.

Rand le foudroya du regard, puis il glissa les deux missives dans la poche où il gardait celles de Selene.

— Allons-y, Loial ! Ingtar est peut-être déjà là.

Quand les deux amis entrèrent dans la salle commune, personne ne regarda ouvertement Rand. Occupé à polir un plateau d’argent, Cuale fit mine de se concentrer comme si sa vie dépendait du résultat. Les servantes continuèrent à se faufiler entre les tables et les clients des deux sexes contemplèrent sombrement leur chope, à croire que la vérité se trouvait au fond. Et tout cela, comme de juste, dans un silence de mort.

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