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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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— Un paisible marchand ? répéta Egeanin. Si c’est exact, tu seras libre de partir lorsque tu auras de nouveau juré allégeance… (Remarquant le manège de Domon, elle se tourna vers les deux femmes et leur sourit avec une fierté de propriétaire.) Tu admires ma damane  ? Elle m’a coûté une petite fortune, mais ça en valait la peine. Très peu de nobles possèdent une damane, car la plupart sont la propriété du trône. Elle est puissante, marchand ! Si tel avait été mon bon plaisir, elle aurait pu faire exploser ton bateau.

Domon regarda les deux femmes et la laisse argentée. D’instinct, il avait associé les gerbes d’eau et de flammes à la femme en bleu qui arborait les éclairs. Bref, c’était elle qu’il avait prise pour une Aes Sedai. Ce que venait de dire Egeanin lui donnait le tournis…

Personne ne peut infliger une humiliation pareille à…

— C’est une Aes Sedai ? s’écria-t-il.

Le coup partit si vite que Domon dut se contenter de le sentir arriver, le dos renforcé du gantelet lui fendant la lèvre inférieure.

— Chez nous, personne ne prononce jamais ce nom, dit la guerrière d’un ton douceâtre qui n’augurait rien de bon. Nous parlons des damane – les Enchaînées qui nous servent loyalement parce qu’elles ne peuvent pas faire autrement.

Avalant son sang, Domon garda les mains le long de ses flancs. Même s’il avait eu une épée à dégainer, il n’aurait pas engagé ses hommes dans un combat sans espoir contre une dizaine de soldats en armure. Pourtant, il dut prendre sur lui pour déclarer avec toute l’humilité requise :

— Capitaine, je ne voulais pas t’offenser. Mais je ne connais rien de vos coutumes. Si je t’ai vexée, c’était par ignorance, pas par malveillance.

Egeanin dévisagea Domon, puis lâcha froidement :

— Vous êtes tous ignorants, capitaine, mais ça ne vous empêchera pas de payer les dettes de vos aïeuls. Cette terre nous appartenait, et elle sera de nouveau nôtre. Grâce au Retour, nous reprendrons possession de ce qui nous appartient.

Domon ne sut que répondre.

Enfin, elle ne peut pas vouloir dire que toutes ces histoires au sujet des armées d’Artur ne sont pas des fadaises ?

Dans le doute, le capitaine garda donc le silence.

— Tu vas donc faire voile en direction de Falme…

Là, Domon voulut protester, mais un regard assassin l’en dissuada.

— En direction de Falme, disais-je, où ton vaisseau et toi-même subirez une inspection en règle. Si tu n’es qu’un paisible marchand, tu pourras repartir après avoir prêté les serments requis.

— Quels serments, capitaine Egeanin ?

— Ceux qui te contraindront à obéir, à attendre et à servir. Tes ancêtres auraient quand même dû se souvenir…

La guerrière laissa à bord du Poudrin un soldat dont l’armure dépourvue de tout ornement – plus encore que la manière dont il salua sa capitaine, se pliant presque en deux – indiquait qu’il se situait tout en bas de l’échelle hiérarchique.

Lorsque sa chef et tous les autres eurent réembarqué sur le canot, le Seanchanien ne donna aucun ordre. S’asseyant en tailleur sur le sol, il entreprit d’affûter son épée tandis que les marins levaient la voile en vue du départ.

L’homme ne semblait absolument pas gêné d’être seul parmi des ennemis. Il avait raison, puisque Domon aurait passé par-dessus bord de ses mains le premier crétin qui se serait avisé de lui chercher querelle. Car, pendant que le Poudrin cabotait, le grand navire le suivait en haute mer. Même si un bon mille marin séparait les deux vaisseaux, Domon savait que le Poudrin n’avait aucune chance de s’échapper. Dans ces conditions, il entendait restituer à la capitaine Egeanin un soldat en aussi bonne santé que s’il avait passé le voyage dans les bras de sa brave vieille maman.

Falme n’étant pas la porte à côté, Domon eut tout le loisir de faire parler le Seanchanien, et il y arriva dans une certaine mesure. D’âge moyen, Caban, puisque tel était son nom, arborait une grande cicatrice au-dessus de ses yeux noirs et une autre en travers du menton. Tout ce qui se trouvait de « ce côté de l’océan d’Aryth » lui inspirait un profond mépris, et il n’en faisait pas mystère.

Cette remarque plongea Domon dans un abîme de perplexité.

Peut-être sont-ils vraiment… ? Non, c’est ridicule !

La diction de Caban était aussi détestable que celle d’Egeanin. En plus, sa voix grinçait comme du cuir qu’on frotte contre une pierre, et il refusait tout autre sujet que ses batailles, ses beuveries et ses conquêtes féminines. La moitié du temps, Domon n’aurait su dire s’il parlait de son pays d’origine ou de celui qu’il était en train d’envahir. En d’autres termes, s’il voulait des informations concrètes, le capitaine aurait intérêt à aller les chercher ailleurs.

À un moment, il commit l’erreur d’interroger le soldat sur les damane. Sans même prendre la peine de se lever, le Seanchanien tendit la main vers son épée, posée à côté de lui, la saisit et appuya la pointe sur la trachée-artère du capitaine.

— Tiens ta langue, si tu ne veux pas finir par la perdre ! Cette histoire regarde le Sang, pas les gens comme toi. Ni comme moi, d’ailleurs…

Sa tirade terminée, Caban sourit et recommença à aiguiser sa chère lame comme si rien ne s’était passé.

Domon recueillit au bout de son index la goutte de sang qui perlait de sa gorge. Très bien, c’était noté, il n’aborderait plus cette question…

À mesure qu’ils approchaient de Falme, les deux navires croisèrent de plus en plus de bâtiments seanchaniens, certains en haute mer, mais la plupart au mouillage le long de la côte. Même chez le Peuple de la Mer, Domon n’avait jamais vu de bateaux si grands et si massifs. En comparaison, les voiliers locaux, avec leur coque profilée et leur voilure fine, paraissaient minuscules. En apercevoir plusieurs redonna espoir au capitaine. Egeanin ne mentait peut-être pas lorsqu’elle parlait de le laisser repartir.

Quand le Poudrin fut enfin en vue de Falme, Domon découvrit avec stupéfaction que le port était envahi de bateaux seanchaniens. Tentant de les compter, il cessa autour de cent, avec la certitude de ne pas avoir fait la moitié du travail. Ce n’était pas la première fois qu’il voyait une telle concentration de bâtiments – c’était assez courant à Tanchico, à Illian et même à Tear –, mais il y avait toujours eu dans le nombre de très petits navires et des moyens. Là, ce regroupement de colosses des mers avait de quoi glacer les sangs…

D’humeur morose, Domon fit entrer dans le port le Poudrin toujours suivi comme par son ombre du navire d’Egeanin.

Falme se dressait tout au bout de la pointe de Toman, au bord de l’océan. L’entrée du port était flanquée par deux hautes falaises. Au sommet de l’une d’elles, avec une vue parfaite sur un passage que tous les vaisseaux étaient obligés de franchir, se dressaient les tours des Guetteurs des Vagues. Une cage était accrochée à une des tours, non loin du sommet, et on distinguait très bien l’homme qui était assis à l’intérieur, les jambes pendant dans le vide à travers les barreaux.

— Qui est-ce ? demanda Domon.

Alors que le capitaine se demandait s’il envisageait de se raser avec, pour l’aiguiser autant, Caban avait enfin cessé d’affûter sa lame. Du coup, il consentit à lever les yeux pour voir de quoi parlait Domon.

— Lui ? fit-il, un peu surpris. C’est le Premier Guetteur. Pas celui qui était assis dans son fauteuil lors de notre première venue, bien sûr. Chaque fois qu’un Premier Guetteur meurt, les gens en choisissent un nouveau et nous l’emprisonnons dans la cage.

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