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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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— Pourquoi ?

Le sourire de Caban rappela à Domon le malheureux épisode de la damane.

— Parce qu’ils ont guetté la mauvaise chose et oublié ce dont ils auraient dû se souvenir.

Alors que le Poudrin entrait dans le port, le capitaine détourna les yeux de son inquiétant interlocuteur.

Je suis vraiment un paisible marchand, et ce ne sont pas mes affaires.

Au-delà des quais, la cité de Falme s’étendait sur les versants de la cuvette où se nichait le port. Les maisons en pierre noire formaient-elles un gros village ou une petite ville ? C’était difficile à dire mais, quoi qu’il en soit, on ne trouvait ici aucun bâtiment digne de rivaliser avec le plus petit palais d’Illian.

Pendant qu’il guidait le Poudrin jusqu’à un mouillage, Domon se demanda si les Seanchaniens étaient susceptibles de lui acheter une partie de son matériel de pyrotechnie.

Le reste, eh bien, ça ne me regarde pas…

Non sans surprise, le capitaine s’aperçut qu’Egeanin s’était fait déposer sur les quais avec sa damane. Une autre femme, vêtue comme la précédente, y compris les éclairs sur fond rouge, portait le bracelet, mais il s’agissait bien de la même damane à l’air triste qui ne levait jamais la tête sauf lorsqu’on s’adressait à elle.

La capitaine fit débarquer Domon et ses marins, les confiant à deux soldats – elle semblait juger que ça suffisait, et son prisonnier n’allait sûrement pas la contredire – pendant que d’autres hommes fouillaient le Poudrin sous sa supervision.

La damane monta bien entendu à bord avec sa propriétaire.

Alors qu’il attendait la fin de l’inspection, assis en tailleur sur la pierre chauffée par le soleil, Domon vit apparaître au bout du quai une…

Quel mot utiliser ? Créature ? Chose ? Abomination ? Il n’aurait su le dire, et de toute façon les mots échouaient à décrire cette horreur ambulante.

Sa peau verdâtre craquelée comme du vieux cuir, la gigantesque abomination – finalement, c’était pas mal du tout, comme terme – arborait au milieu de sa tête triangulaire un bec saillant qui lui tenait lieu de nez et de bouche. Trois yeux brillaient au-dessus de cet appendice.

Le monstre avançait lourdement à côté d’un soldat en armure dont le plastron était orné de trois globes oculaires semblables aux siens. Les gens du cru, pour l’essentiel des dockers et des marins, s’écartaient prestement sur le passage du sinistre binôme. Les Seanchaniens, en revanche, ne lui accordaient même pas un regard.

L’homme en armure semblait diriger la créature, remarqua Domon quand ils s’engouffrèrent dans une ruelle, disparaissant très vite à la vue du capitaine et de son équipage. Les deux gardes seanchaniens eurent un sourire méprisant à l’intention du duo, mais Domon fit comme s’il n’avait rien remarqué.

Tout ça ne me concerne pas. Mon seul souci, c’est le Poudrin.

L’énervement le gagnant, le capitaine se demanda ce que cherchaient Egeanin et ses soldats. Et pourquoi la damane était-elle de la partie ? Quant à ce monstre, que fichait-il là ?

Tandis que des mouettes passaient au-dessus de sa tête, fendant l’air qui fleurait bon l’iode et la résine, Domon grinça des dents en entendant leurs cris, car ils le forçaient à penser à ceux que devait pousser un homme en cage.

Bon sang ! ça non plus, ce n’est pas mon affaire !

Après une très longue attente, la capitaine redescendit à terre avec son équipe. Domon vit immédiatement qu’elle tenait un petit objet enveloppé dans un carré de soie jaune. Une trouvaille précieuse, à voir les précautions qu’elle prenait.

Se levant – très lentement, pour ne pas alarmer les soldats, même s’ils semblaient ne pas le tenir davantage en estime que Caban –, Domon accueillit Egeanin avec un sourire forcé :

— Tu vois, noble capitaine ? Je ne suis qu’un paisible marchand. Selon toi, les Seanchaniens seraient-ils intéressés par du matériel de pyrotechnie ?

— Ce n’est pas impossible, marchand…

La capitaine semblait contenir son excitation, un comportement qui n’avait rien pour rassurer Domon. Et sa phrase suivante n’arrangea rien :

— Tu vas m’accompagner, marchand !

Egeanin fit signe à deux soldats de la suivre, et l’un d’eux flanqua une bourrade dans le dos du capitaine, histoire de l’inciter à se mettre en chemin. Ce n’était pas un coup violent, plutôt le genre de tape qu’un fermier aurait flanquée à une vache pour la faire avancer. Vexé, Domon serra les dents et suivit dignement la Seanchanienne.

À mesure que la rue pavée montait, les odeurs du port se firent plus lointaines puis disparurent. Les maisons au toit de tuile devinrent plus imposantes, sans doute parce que la haute ville était le fief des nantis. Très bizarrement, pour une ville conquise, il y avait dans les rues plus de citadins lambda que de soldats seanchaniens. Des palanquins fermés circulaient toujours, comme si les habitants vaquaient tout à fait naturellement à leurs affaires. À croire qu’il n’y avait pas d’armée d’occupation en ville.

Une fausse impression… Lorsque passaient des soldats ou un palanquin, les citoyens les plus humbles – reconnaissables à leurs vêtements sales décorés d’une ou deux broderies seulement – et les plus riches (habillés de tenues ornementées à outrance, qu’il s’agisse des robes de femme ou des vestes d’homme) s’inclinaient bien bas les uns comme les autres et ne relevaient pas la tête avant que les Seanchaniens soient passés.

Les gens se comportèrent de la même façon sur le passage de Domon et de son escorte – dont les membres ne daignèrent pas accorder un regard à la piétaille de Falme.

S’avisant soudain que certains citadins portaient un couteau sur la hanche – et parfois même une épée –, Domon fut tellement surpris qu’il parla à voix haute, comme un vieillard gâteux :

— Certains sont de votre côté ?

Egeanin se retourna, fronça les sourcils, puis regarda autour d’elle et remarqua à son tour les armes.

— Tu veux parler des épées… Marchand, tous ces gens sont nos féaux. Ils ont prêté les serments requis…

La capitaine s’arrêta brusquement et désigna un colosse qui portait à la hanche une épée fixée à un baudrier. À voir la qualité de ses vêtements – très richement brodés –, on ne pouvait douter qu’il appartenait au haut du panier de la bonne ville de Falme.

— Hé ! toi !

L’homme s’arrêta en plein milieu d’une enjambée, un pied encore en l’air, et son visage pourtant dur se décomposa, comme s’il brûlait d’envie de fuir. Se reprenant, il se tourna vers la Seanchanienne et s’inclina, les yeux baissés sur la pointe de ses bottes.

— Comment un humble passant peut-il vous servir, capitaine ?

— Tu es un marchand, non ? Et tu nous as juré allégeance ?

— Oui aux deux questions, capitaine.

— Que dis-tu aux gens quand tu sillonnes les terres avec tes chariots ?

— Qu’ils doivent obéir aux Éclaireurs, attendre le Retour et servir Ceux Qui Reviennent Chez Eux.

— As-tu jamais pensé à utiliser ton épée contre nous ?

Toujours en pleine courbette, l’homme serra si fort ses genoux que les jointures de ses doigts en blanchirent.

— J’ai juré allégeance, capitaine. J’obéis, j’attends et je sers…

Egeanin se tourna vers Domon.

— Tu vois ? Pourquoi leur interdirions-nous de porter une arme ? Le commerce doit continuer, et il faut bien que les marchands se protègent des bandits. Nous autorisons les gens à aller et venir comme ils l’entendent, tant qu’ils obéissent, attendent et servent. Leurs ancêtres n’ont pas tenu parole, mais ils ne répéteront pas cette erreur.

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