La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
— Pourtant, tu gardais cet objet dans un tiroir secret…
— Je collectionne les antiquités, haut seigneur. Si on ne fait pas attention, ces trésors du passé excitent bien des convoitises…
Turak observa attentivement le disque noir et blanc.
— C’est du Cuendillar, marchand… Connais-tu ce nom ? Ton antiquité est sûrement plus vieille que tu le penses. Suis-moi, à présent.
Domon obéit, un peu rassuré. Avec tous les seigneurs des pays qu’il connaissait, si les choses avaient dû mal tourner, ç’aurait déjà été fait. Mais le peu qu’il savait des Seanchaniens laissait penser qu’ils ne se comportaient pas comme les autres hommes. La prudence était donc toujours de mise.
Sur les talons du haut seigneur, le capitaine entra dans une autre pièce. Ici, le mobilier devait avoir été apporté par Turak. Pas de lignes droites, exclusivement des courbes, et un bois poli au point de ne ressembler à aucun autre… Domon nota la présence d’un fauteuil, d’un tapis orné d’oiseaux et de fleurs et d’un grand cabinet circulaire. Comme dans la salle précédente, les murs et les fenêtres étaient dissimulés par des paravents ou des tentures.
L’homme à la tresse ouvrit les portes du cabinet pour révéler des étagères lestées d’une étrange collection de figurines, de coupes, de tasses, de vases et d’une bonne cinquantaine d’autres articles sans cohérence de forme ni de taille.
Domon sursauta lorsqu’il vit Turak poser le disque à côté de son parfait jumeau.
— Cuendillar… Voilà ce que je collectionne, marchand. Seule l’Impératrice peut se vanter d’avoir plus de pièces.
Le capitaine crut que ses yeux allaient en jaillir de leurs orbites. Si tous ces objets étaient vraiment en Cuendillar, il y avait là de quoi acheter tout un royaume – ou au minimum fonder une maison royale. Pour acheter tout ça, en supposant qu’il sache où trouver un tel trésor, même un souverain aurait risqué la ruine.
— Haut seigneur, déclara Domon avec un sourire, je te prie d’accepter ce présent…
Se séparer du disque lui brisait le cœur, mais tout valait mieux que s’attirer les foudres de ce Seanchanien-là.
Et c’est peut-être après lui que les Suppôts en auront, désormais…
— Je suis vraiment un paisible commerçant… Faire mon métier, voilà tout ce qui m’importe. Si tu me laisses appareiller… Eh bien, je jure que…
Turak demeura impassible, mais le type à la tresse explosa :
— Chien hirsute ! Tu fais mine d’offrir au seigneur ce qu’Egeanin lui a déjà donné. Tu marchandes comme si le seigneur était un… un… marchand ! Tu seras écorché vivant pendant neuf jours, puis…
D’un geste – à peine un mouvement de l’index –, Turak intima le silence à son zélateur.
— Je ne peux pas te laisser partir, marchand, dit-il. En ce pays sombre qui grouille de parjures, je n’ai trouvé personne qui soit apte à converser avec une âme raffinée. Mais tu es un collectionneur. Avec un peu de chance, nos dialogues seront passionnants.
Domon s’efforça d’afficher un sourire de parfait crétin.
— Haut seigneur, je suis un homme humble. Un marchand qui ignore l’art de converser avec des têtes couronnées.
L’homme à la tresse foudroya le capitaine du regard. Son maître, hélas, sembla ne rien avoir entendu. Sortant de derrière un paravent, une jeune femme fort jolie vint s’agenouiller devant Turak et lui tendit un plateau laqué sur lequel reposait une unique coupe pleine d’un liquide noir fumant. Avec sa peau sombre et son visage rond, la servante faisait songer au Peuple de la Mer, se dit Domon.
Le haut seigneur prit la coupe sans daigner baisser les yeux sur la servante. Puis il inhala la fumée à pleins poumons.
Le capitaine regarda la domestique… et détourna la tête en ravalant un petit cri. Brodée de motifs floraux, sa robe de soie était si transparente qu’on voyait à travers. Et, dessous, la tendre beauté ne portait que sa minceur de liane.
— L’arôme du kaf, dit sentencieusement Turak, est presque aussi agréable que son goût. Marchand, j’ai appris que le Cuendillar, ici, est encore plus rare que chez nous. Dis-moi comment un simple marchand a pu se procurer une si belle pièce.
Il but son kaf et attendit.
Domon prit une grande inspiration. S’il voulait sortir vivant de Falme, il allait devoir mentir comme un chef.
30
Daes Dae’mar
Par la fenêtre de la chambre que partageaient Hurin et Loial, Rand admirait la géométrie parfaite des terrasses de Cairhien, avec ses bâtiments de pierre au toit de tuile alignés comme à la parade. De là, on ne voyait pas le complexe capitulaire des Illuminateurs. Même sans les grandes tours et les palais des seigneurs, ç’aurait été impossible à cause du mur d’enceinte. Des jours après le soir mémorable où ils avaient envoyé un unique bouquet final dans le ciel, les génies de la pyrotechnie restaient le sujet principal de toutes les conversations. Si on ne tenait pas compte des variations mineures, une dizaine de versions du scandale couraient en ville…
Rand se retourna et soupira. Il espérait que l’incendie n’avait pas fait de blessés. Hélas, les Illuminateurs, jusque-là, n’avaient même pas reconnu qu’il y en avait eu un. Dès qu’il s’agissait de leur complexe capitulaire, ils devenaient muets comme un banc de carpes.
— Hurin, je sors, je reviens très vite et je prendrai le prochain tour de garde.
— C’est inutile, mon seigneur… (Hurin s’inclina aussi bas que le flatteur du Cairhien moyen.) Je peux m’en charger, vous n’avez pas besoin de vous donner cette peine.
Rand échangea un regard perplexe avec Loial, qui se contenta de hausser les épaules. Chaque jour passé à Cairhien aggravait la tendance à l’obséquiosité du renifleur. Selon l’Ogier, c’était bien la preuve que les humains se comportaient bizarrement.
— Hurin, dit Rand, jusque-là, tu me tutoyais, tu ne te pliais pas en deux à la moindre occasion, et tu m’appelais « seigneur Rand », pas « mon seigneur ». Tu voudrais bien revenir à ces saines pratiques ?
Je voudrais qu’il cesse de me faire des courbettes et qu’il m’appelle de nouveau « seigneur Rand » ! Bon sang ! dans quel monde vivons-nous ? Nous devons filer d’ici avant que j’exige qu’il se prosterne devant moi.
— Et maintenant, assieds-toi, Hurin. Te voir debout me fatigue.
Le renifleur s’assit, le dos bien droit. À l’évidence, il était prêt à bondir sur ses pieds pour exécuter le premier ordre qui passerait par l’esprit de Rand.
— Ce ne serait pas convenable, mon seigneur, vous le savez très bien… Il faut montrer aux gens du Cairhien que nous savons respecter les convenances aussi bien qu’eux.
— Arrête avec tes fichues convenances ! explosa Rand.
— Comme il vous plaira, mon seigneur…
Rand mobilisa toute sa volonté pour ne pas soupirer de nouveau.
— Hurin, je suis désolé. Je n’aurais pas dû élever la voix.
— C’est votre privilège, mon seigneur. Quand je ne vous satisfais pas, crier est un droit que vous tenez du Créateur en personne.
Rand approcha du renifleur avec l’intention de le saisir par la peau du cou et de le secouer comme un prunier.
Un coup frappé à la porte intérieure – donc depuis la chambre de Rand – fit sursauter les deux hommes et l’Ogier. À son grand soulagement, Rand vit cependant que Hurin n’attendait pas son autorisation pour dégainer sa lame, dans les cas d’urgence. Posant lui-même la main sur le pommeau de l’épée au héron, le jeune homme attendit que Loial se soit assis sur son lit, ses jambes dissimulant un peu plus encore le coffre glissé dessous, puis il alla ouvrir.