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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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— La faiblesse durera quelques heures, dit Verin. Après une guérison si rapide, le corps doit récupérer.

L’Anagnoste se releva lentement.

— Aes Sedai ? demanda-t-elle simplement.

Verin acquiesça, et les deux femmes se saluèrent d’un bref hochement de tête.

Même si l’Anagnoste n’avait pas parlé fort, les mots « Aes Sedai » se répandirent dans la foule comme une traînée de poudre. Voyant que tout le monde les regardait – y compris Cuale, qui en oubliait son auberge en train de flamber –, Rand estima qu’un peu de prudence ne serait pas de trop.

— Avez-vous déjà des chambres ? demanda-t-il. Nous devons parler, et pas en plein milieu de la rue.

— Excellente idée, dit Verin. Je suis souvent descendue à l’Auberge du Grand Arbre. C’est là que nous irons…

Loial alla chercher les chevaux. Alors que le toit de l’auberge s’était écroulé depuis quelques minutes, les écuries avaient échappé aux flammes. Très vite, Rand et ses compagnons quittèrent les lieux du drame – tous en selle, sauf Loial, parce qu’il avait repris l’habitude de marcher, selon ses propres dires. Avançant en queue de la colonne, Perrin se chargeait des chevaux de bât attachés les uns aux autres par une longe.

— Hurin, demanda Rand, quand seras-tu prêt à renifler la piste de tes agresseurs ? En supposant que ce soit possible…

— Mon seigneur, je peux m’y mettre sur-le-champ. Il y a bien une piste, mais elle ne subsistera pas longtemps. Il n’y avait pas de Trollocs, seigneur, et ces Suppôts n’ont tué personne. Quand je dis « Suppôts », c’est une hypothèse, parce que l’odeur ne permet pas de les identifier. D’ici à demain au maximum, on ne captera plus rien.

— Rand, intervint Loial, je pense que les voleurs ne savent pas ouvrir le coffre. Sinon, ils auraient seulement pris le Cor, plutôt que de s’encombrer…

— Je suis de ton avis… Ils ont dû charger le coffre sur un chariot ou sur un cheval. Une fois sortis de la Ceinture, ils iront rejoindre les Trollocs. Et cette piste-là ne se dissipera pas de sitôt.

— C’est vrai, mon seigneur…

— Dans ce cas, tu vas commencer par te reposer.

Le renifleur semblait aller mieux, mais il ne se tenait pas bien droit sur sa selle et il avait les traits tirés.

— Les voleurs auront quelques heures d’avance sur nous, soit rien de grave si nous chevauchons bien.

Rand s’aperçut soudain que Verin, Ingtar, Mat et Perrin le regardaient fixement. Mesurant soudain son impudence, il s’empourpra jusqu’aux oreilles.

— Ingtar, je suis navré… C’est l’habitude d’être le chef, je suppose. Je ne veux surtout pas te prendre ta place.

L’officier hocha pensivement la tête.

— Moiraine a eu raison de pousser Agelmar à te bombarder second de l’expédition… Si la Chaire d’Amyrlin t’avait confié le poste, ç’aurait peut-être été encore mieux. (Ingtar éclata de rire.) Au moins, toi, tu as réussi à mettre la main sur le Cor !

Après ce dialogue, les cavaliers continuèrent leur route en silence.

Le Grand Arbre était la copie conforme du Défenseur. Un grand bâtiment cubique, une salle commune aux murs lambrissés de bois sombre, des décorations en argent et une grande horloge au-dessus du manteau de la cheminée. Quant à la propriétaire, on eût dit la sœur jumelle de Cuale. La même rondeur, des manières onctueuses identiques… et le même regard qui ne laissait rien passer, avec une aptitude similaire à entendre le non-dit dans toutes les paroles que proféraient les gens.

Mais Tiedra connaissait Verin, et le sourire qu’elle lui adressa n’avait rien d’hypocrite. Savait-elle que sa cliente était une Aes Sedai ? Rand aurait juré que oui, même si elle ne fit aucune allusion aux sœurs ni à Tar Valon.

Mobilisant une bonne partie de son personnel, Tiedra s’assura qu’on s’occupe des chevaux de ses « invités ». Puis elle les accompagna en personne jusqu’à leurs chambres. Celle de Rand n’avait rien à envier à la précédente, désormais partie en fumée. Cela dit, il s’intéressa surtout à la baignoire que deux costauds réussirent tant bien que mal à faire passer par la porte. Des servantes les suivaient, portant chacune deux gros seaux d’eau encore fumante.

Un coup d’œil dans le grand miroir en pied convainquit le jeune homme qu’il avait besoin de se nettoyer de la tête aux pieds. Une fois seul, il se dévêtit, entra dans la baignoire et… réfléchit beaucoup plus qu’il se lava.

Verin était là… Une des trois Aes Sedai qui ne tenteraient pas de l’apaiser en traître et qui ne le livreraient pas non plus à l’Ajah Rouge. Enfin, en principe… Une des sœurs résolues à le convaincre qu’il était le Dragon Réincarné, pas une marionnette de Tar Valon.

Verin n’en reste pas moins l’agent de Moiraine – des mains qui aimeraient bien tirer pour elle sur les fils qui me font danser. Mais je les ai coupés, désormais…

On avait déposé dans la chambre les sacoches de selle de Rand, et un ballot de vêtements pris sur un cheval de bât. Après s’être séché, il l’ouvrit… et soupira d’accablement. Les deux autres vestes qu’il avait emportées étaient tout aussi sophistiquées que la rouge, désormais abandonnée sur le dossier d’une chaise, afin que le service de blanchisserie de l’auberge s’en occupe. Après une brève réflexion, Rand choisit la veste noire, une couleur adaptée à sa mauvaise humeur. Mais le col était orné de hérons d’argent et les manches – un summum d’élégante discrétion – étaient brodées de fil d’or représentant rien de moins que des rapides dévalant une pente hérissée de rochers déchiquetés.

En vidant les poches de la veste rouge, Rand retrouva les deux invitations et les lettres de Selene. Rangeant les missives officielles dans sa poche, il relut les mots de la jeune femme et se demanda comment il avait pu être si idiot. Selene était la fille probablement choyée d’une maison noble. Quant à lui, un humble berger, il était manipulé à distance par des Aes Sedai – et condamné à devenir fou s’il ne mourait pas avant. Pourtant, voir l’écriture de Selene suffisait à réveiller l’attirance qu’il éprouvait pour elle. Presque comme s’il sentait son parfum…

— Je suis un berger, dit-il sentencieusement aux deux petits mots, pas un grand homme, et si je pouvais épouser quelqu’un, ce serait Egwene. Hélas, elle veut devenir une Aes Sedai. Et, de toute façon, de quel droit prendrais-je femme alors que je risquerai de blesser ma compagne, voire de la tuer, lorsque je sombrerai dans la folie ?

Si sages qu’ils fussent, les mots n’effaceraient jamais de sa mémoire la beauté de Selene, ni la manière dont elle lui embrasait les sens simplement en le regardant.

Un instant, il eut l’impression qu’elle était dans la chambre avec lui. Son parfum venant lui taquiner les narines, il regarda autour de lui, ne vit rien et rit de sa propre bêtise.

— Des illusions, comme si j’étais déjà fou à lier…

Rand retira le cache de la lampe posée sur la table de chevet, puis il mit le feu aux deux lettres. Dehors, le vent se déchaîna, le courant d’air qui filtrait des volets accélérant la combustion. Avant de se brûler les doigts, le jeune homme jeta les feuilles dans la cheminée éteinte.

Quand elles furent entièrement consumées, il finit de s’équiper, boucla son ceinturon d’armes autour de sa taille et sortit.

Verin avait réservé une salle à manger privée. Le long des murs lambrissés, les étagères étaient lestées d’objets en argent, comme dans la salle commune, sauf qu’il y en avait encore plus. Occupé à jongler avec trois œufs à la coque, Mat s’efforçait d’avoir l’air nonchalant. Soucieux, Ingtar rivait le regard sur la cheminée éteinte et Loial, assis près d’une lampe, lisait un des ouvrages qui avaient échappé à l’incendie de l’auberge parce qu’il les portait dans ses poches.

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