La Grande Quête
- Автор: Джордан Роберт
- Серия: La Roue du Temps #2
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Bragelonne
- ISBN: 9782352945574
- Переводчик: Jean Claude Mallé
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
— Nous aurons atteint les bas-fonds avant que l’ennemi nous ait rattrapés, annonça Yarin.
Les yeux baissés, il s’efforçait de ne pas regarder les stigmates des impensables éruptions.
— Qu’ils nous poursuivent ou pas, dit Domon, accablé, ces chiens peuvent nous anéantir, même si le Poudrin atteint les brisants.
Pensant aux flammes mêlées aux gerbes d’eau, il imagina ce qui risquait d’arriver, en cas de contact, à sa cargaison de fusées pour feux d’artifice.
— Que la bonne Fortune me patafiole, s’écria-t-il, nous ne finirons pas noyés !
Tirant nerveusement sur sa barbe et se frottant la lèvre inférieure, le capitaine tarda un peu à donner l’ordre qui le révulsait. Même si le vaisseau et sa cargaison étaient tout ce qu’il possédait au monde, il n’avait pas le choix.
— Yarin, on revient dans le vent et on baisse la voilure. Allons, exécution, et plus vite que ça ! Ils doivent comprendre que nous avons renoncé à fuir.
Alors que des marins couraient abaisser les voiles triangulaires, Domon se tourna vers le bâtiment seanchanien en approche. Sentant que le Poudrin perdait de la vitesse, s’immobilisait puis devenait plus vulnérable au roulis, Domon étudia le vaisseau à la ligne de flottaison nettement plus haute que celle de son petit voilier. Tandis que des matelots faisaient les acrobates dans les gréements pour lever au maximum les voiles du bâtiment, des hommes en armure campés sur les châteaux de proue et de poupe observaient attentivement le malheureux Poudrin.
Un grand canot fut promptement mis à l’eau. Propulsé par une double rangée d’avirons, il avança à vive allure vers le vaisseau arraisonné. Plissant les yeux, Domon distingua des silhouettes en armure. Non sans surprise, il vit aussi deux femmes, accroupies à la poupe de l’embarcation.
Très rapidement, un bruit sourd indiqua que le canot venait d’aborder le Poudrin.
Quand le premier Seanchanien monta à bord – un homme en armure –, Domon comprit pourquoi certains villageois affirmaient que les envahisseurs eux-mêmes étaient des monstres. Le casque du soldat ressemblait en effet à une énorme tête d’insecte, les deux fins plumets rouges évoquant irrésistiblement des antennes. Alors que la partie inférieure était délibérément conçue pour faire penser à des mandibules, de la peinture et des dorures accentuaient encore l’effet.
L’armure elle-même contribuait à entretenir l’illusion. Composée de plates rouge et noir qui se superposaient – un trait de doré marquant la ligne de démarcation –, elle couvrait presque entièrement le corps du guerrier à la manière d’une carapace. Avec ses gantelets renforcés d’acier, eux aussi rouge et noir, et le fourreau aux couleurs identiques de son épée à deux mains, le Seanchanien, vu de loin, n’avait pas grand-chose d’humain.
Quand le premier envahisseur retira son casque, Domon ne fut pas loin d’avoir le choc de sa vie. C’était une femme ! Les cheveux coupés très court, certes, et les traits incroyablement durs, mais une femme quand même. Une guerrière ? Le capitaine n’avait jamais entendu parler d’une chose pareille, sauf chez les Aiels – mais, de notoriété publique, ils étaient fous à lier. Pour ne rien arranger au trouble de Domon, la Sancheanienne n’avait aucune des caractéristiques exotiques qu’il imaginait. Sa peau était d’une blancheur extrême, et ses yeux d’un bleu très pur, mais ça n’avait rien d’extraordinaire, même si ce n’était pas fréquent. En d’autres termes, si cette femme avait porté une robe, personne ne l’aurait regardée deux fois.
Une observation plus poussée amena le capitaine à réviser cette opinion. Avec son regard glacial et le pli amer et dur de sa bouche, cette femme aurait attiré l’attention n’importe où et quelle que soit sa tenue.
Quand les autres soldats eurent pris pied sur le pont, eux aussi retirèrent leur casque. Ayant commencé à voir défiler dans sa tête des légions de guerrières aux yeux bleus – des Aes Sedai armées d’épées et capables de faire bouillir la mer –, Domon fut soulagé qu’il s’agisse d’hommes, cette fois. Des gaillards aux yeux noirs ou marron qui seraient passés inaperçus dans les rues de Tanchico ou d’Illian…
La Sancheanienne balaya le pont d’un regard arrogant, puis elle se tourna vers Domon, le seul susceptible d’être le capitaine – avec Yarin, dont la tenue aurait collé, mais dont le comportement ne convenait absolument pas. Dans tous les pays du monde, un type qui fermait les yeux devant ses vainqueurs et marmonnait des prières dans sa barbe ne pouvait pas être le seul maître à bord après le Créateur.
— Y a-t-il des femmes parmi ton équipage ou tes passagers ? demanda la guerrière.
Une nette tendance à manger ses mots la rendait difficile à comprendre, mais son ton autoritaire indiquait qu’elle avait l’habitude d’obtenir de promptes réponses.
— Je t’écoute, du moins si tu es le capitaine. Sinon, secoue un peu le poltron, à côté de toi, histoire qu’il recouvre sa voix !
— Je suis bien le capitaine, ma dame, dit Domon, marchant sur des œufs parce qu’il ignorait comment on était censé s’adresser à cette mante religieuse. Pour répondre à ta question, je n’ai pas de passagers, et mon équipage est entièrement masculin.
Repensant aux jeunes filles et aux femmes capturées, Domon se demanda – pas pour la première fois – ce que les envahisseurs pouvaient bien leur vouloir.
Les deux femmes vêtues classiquement, qu’il avait vues un peu plus tôt, venaient de monter à bord. Non sans surprise, Domon découvrit que l’une tirait l’autre par une laisse argentée qui reliait son poignet au collier que l’esclave portait autour du cou. Sans pouvoir identifier la technique de fabrication, le capitaine vit que l’ensemble – le bracelet, la laisse et le collier – était fait d’une seule pièce. Autrement dit, les trois éléments ne pouvaient pas être démontés…
La première femme enroula la laisse autour de son poignet, limitant le mou qu’elle laissait à la seconde. L’esclave, ainsi que Domon l’avait d’instinct surnommée, portait une robe grise très ordinaire et gardait les yeux rivés sur les planches du pont. La « maîtresse » était vêtue d’une longue robe bleue ornée sur la poitrine et le long des jambes d’éclairs argentés fourchus brodés sur fond rouge.
Très mal à l’aise, Domon regarda les deux femmes prendre place près de la guerrière.
— Parle moins vite, capitaine, demanda la guerrière en mangeant ses mots comme à l’accoutumée.
Elle traversa le pont et vint se camper devant Domon, le toisant avec une telle assurance qu’il eut le sentiment d’être plus petit et plus frêle qu’elle.
— Tu es encore plus difficile à comprendre que les autres misérables qui grouillent sur ce continent oublié de la Lumière ! Et pourtant, je ne prétends pas faire partie de la Lignée – ou être du Sang, comme on aime à le dire. Pas encore, en tout cas… Après le Corenne… Bien, je suis la capitaine Egeanin.
Domon ne s’était jamais demandé si on pouvait parler d’une capitaine – et pour cause ! Eh bien, il allait devoir s’y faire, semblait-il. Après avoir répété ses premières phrases – lentement et en articulant bien –, il ajouta :
— Je suis un paisible marchand, capitaine… Je ne te veux aucun mal, et je ne suis pas impliqué dans la guerre en cours.
Contre sa volonté, Domon ne put s’empêcher de jeter plusieurs coups d’œil aux deux femmes reliées par une laisse.