Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «La valse lente des tortues». Краткое содержание книги:

Qu'un crocodile aux yeux jaunes ait ou non dévoré son mari Antoine, disparu au Kenya, Joséphine s'en moque désormais. Elle a quitté Courbevoie pour un immeuble huppé de Passy, grâce à l'argent de son best seller, celui que sa sœur Iris avait tenté de s'attribuer, payant cruellement son imposture dans une clinique pour dépressifs. Libre, toujours timide et insatisfaite, attentive cependant à la comédie cocasse, étrange et parfois hostile que lui offrent ses nouveaux voisins, Joséphine semble à la recherche de ce grand amour qui ne vient pas. Elle veille sur sa fille Zoé, adolescente attachante et tourmentée et observe les succès de son ambitieuse aînée Hortense, qui se lance à Londres dans une carrière de styliste à la mode. Joséphine ignore tout de la violence du monde, jusqu'au jour où une série de meurtres vient détruire la sérénité bourgeoise de son quartier. Elle-même, prise pour une autre sans doute, échappe de peu à une agression. La présence de Philippe, son beau-frère, qui l'aime et la désire, peut lui faire oublier ces horreurs. Impossible d'oublier ce baiser, le soir du réveillon de Noël, qui l'a chavirée. Le bonheur est en vue, à condition d'éliminer l'inquiétant Lefloc-Pinel, son voisin d'immeuble, un élégant banquier dont le charme cache bien trop de turpitudes.
1 ... 11 12 13 14 15 16 17 18 19 ... 165
Перейти на страницу:

— Mais qu’est-ce que tu as avec Les Misérables, en ce moment, Zoé ?

— Je trouve ça trop beau, maman. Cosette, elle me fait pleurer avec son seau et sa poupée… et puis après, elle vit une belle histoire d’amour avec Marius et tout s’arrange. Elle n’a plus jamais de trous dans le cœur.

Et qu’est-ce qu’on fait quand l’amour creuse un trou dans le cœur, un trou tellement gros qu’on dirait un trou d’obus, tellement énorme qu’on pourrait voir le ciel à travers ? se demandait Joséphine en allant retrouver Luca. Qui pourra me dire ce qu’il ressent pour moi ? Je n’ose pas lui dire « je vous aime », j’ai peur que ce ne soit un trop grand mot. Je sais bien que dans mes « je vous aime », il y a un « m’aimez-vous ? », que je n’ose pas prononcer de peur qu’il ne s’éloigne les mains dans les poches de son duffle-coat. Une femme amoureuse est-elle forcément une femme inquiète, douloureuse ?

Il attendait près des barques. Assis sur un banc, les mains dans les poches, les jambes allongées, son grand nez l’entraînant vers le sol, une mèche de cheveux bruns barrant son visage. Elle s’arrêta et le regarda avant de l’aborder. Le malheur, c’est que je ne sais pas être légère en amour. Je voudrais me jeter au cou de celui que j’aime, mais j’ai si peur de l’effrayer que je tends un visage humble pour recevoir son baiser. Je l’aime à la dérobée. Quand il lève les yeux sur moi, quand il attrape mon regard, je me mets à l’unisson de son humeur. Je deviens l’amoureuse qu’il veut que je sois. Je m’enflamme à distance, me contrôle dès qu’il s’approche. Vous ne savez pas ça, Luca Giambelli, vous me croyez souris apeurée, mais si vous pouviez poser la main sur l’amour qui bout en moi vous seriez brûlé au troisième degré. Je me plais à ce rôle : vous faire sourire, vous apaiser, vous enchanter, je me travestis en douce et patiente infirmière et prends les miettes que vous voulez bien me donner pour les transformer en tartines épaisses. Un an qu’on se voit et je n’en sais pas plus sur vous que ce que vous m’avez murmuré lors d’un premier rendez-vous. En amour, vous ressemblez à un homme qui n’a pas d’appétit.

Il l’avait aperçue. Il se leva. L’embrassa sur la joue en un léger baiser presque fraternel. Joséphine se rétracta, sentant déjà la douleur floue que ce baiser faisait naître. Je vais lui parler, aujourd’hui, décida-t-elle avec la hardiesse des grands timides. Je vais lui raconter mes malheurs. Ça sert à quoi un amoureux si on doit lui cacher ses peines et ses angoisses ?

— Ça va, Joséphine ?

— Ça pourrait aller mieux…

Allez, se dit-elle, courage, sois-toi même, parle-lui, parle de l’agression, parle de la carte postale.

— J’ai passé deux jours épouvantables, enchaîna-t-il. Mon frère a disparu vendredi après-midi, le jour où je devais vous retrouver dans cette brasserie que je n’aime pas et que vous aimez tant.

Il se tourna vers elle et esquissa un sourire moqueur.

— Il avait rendez-vous chez le médecin qui le soigne pour ses accès de violence et il n’est pas venu. On l’a cherché partout, il n’a réapparu que ce matin. Il était dans un sale état. J’ai craint le pire. Je suis désolé de vous avoir posé un lapin.

Il avait pris la main de Joséphine et le contact de sa longue main, chaude et sèche, la troubla. Elle posa la joue sur la manche de son duffle-coat. Elle s’y frotta comme pour dire ce n’est pas grave, je vous pardonne.

— Je vous ai attendu et puis je suis allée dîner avec Zoé. Je me suis dit que vous aviez dû avoir un ennui avec… euh… avec Vittorio.

Cela lui semblait drôle d’appeler par son prénom un homme qu’elle ne connaissait pas et qui la détestait. Cela lui procurait le sentiment d’une intimité truquée. Pourquoi me déteste-t-il ? Je ne lui ai rien fait.

— Quand il est revenu chez lui, ce matin, je l’attendais. J’ai passé toute la journée d’hier et toute la nuit à l’attendre, assis sur son canapé. Il m’a regardé comme s’il ne me connaissait pas. Il était hagard. Il a foncé sous la douche et n’a pas desserré les dents. Je l’ai convaincu de prendre un somnifère et de dormir, il ne tenait pas debout.

Sa main étreignit la main de Joséphine comme pour lui faire passer la détresse de ses deux jours à attendre, à craindre le pire.

— Vittorio m’inquiète, je ne sais plus quoi faire.

Deux femmes jeunes, minces, qui faisaient leur jogging, s’arrêtèrent à leur hauteur. Essoufflées, elles se tenaient les côtes et consultaient leur montre pour calculer le temps qu’il leur restait à cavaler. L’une d’elles déclara d’un ton saccadé :

— Alors je lui ai dit : mais qu’est-ce que tu veux exactement ? Et il m’a dit, tu sais ce qu’il a osé me dire, que tu arrêtes de me harceler ! Le harceler, moi ? Je vais te dire un truc, je crois bien que je vais arrêter. Je ne le supporte plus. Et puis quoi encore ? Lui servir de geisha ? M’écraser ? Lui faire de bons petits plats et ouvrir les jambes quand il l’ordonne ? Plutôt vivre seule. Au moins, j’aurai la paix et j’aurai moins de boulot !

La jeune femme serra les bras sur sa poitrine en signe de résolution furieuse, ses longs yeux bruns exaspérés grinçaient de colère. Sa copine acquiesça en reniflant. Puis donna le signal de reprise de la course.

Luca les regarda s’éloigner.

— Je ne suis pas le seul à avoir des problèmes !

C’est le moment de narrer tes infortunes, vas-y, s’exhorta Joséphine.

— Moi aussi… J’ai des problèmes.

Luca leva un sourcil étonné.

— Il m’est arrivé une chose très désagréable et une chose surprenante, déclara Jo d’un ton qu’elle voulait badin. Je commence par laquelle ?

Un labrador noir se précipita devant eux et se jeta à l’eau. Luca détourna son attention pour le regarder plonger dans l’eau verdâtre du lac. L’eau était si grasse qu’à la surface se dessinaient des cercles irisés. La gueule ouverte, le chien haletait en nageant. Son maître lui avait jeté une balle et il pédalait pour l’attraper. Son pelage noir et luisant accrochait des perles liquides, des gerbes d’eau éclaboussaient son sillage ; les canards faisaient de brusques écarts et se posaient un peu plus loin, méfiants.

— Ces chiens sont incroyables ! s’exclama Luca. Regardez !

L’animal revenait. Il s’ébroua en faisant gicler l’eau et alla déposer la balle aux pieds de son maître. Il agita la queue et aboya pour que le jeu reprenne. Et comment j’enchaîne, moi ? se demanda Joséphine, suivant des yeux la balle qui repartait et le chien qui se jetait à l’eau.

— Vous me disiez, Joséphine ?

— Je disais qu’il m’est arrivé deux choses, une violente et l’autre étrange.

Elle se forçait à sourire pour rendre sa narration légère.

— J’ai reçu une carte d’Antoine… euh… vous savez, mon mari…

— Mais je croyais qu’il était…

Il n’osait pas prononcer le mot et Joséphine le lui souffla :

— Mort ?

— Oui. Vous m’aviez dit que…

— Je le croyais aussi.

— C’est étrange, en effet.

Joséphine attendit qu’il pose une question, émette une hypothèse, crie son étonnement, n’importe quoi qui permette de commenter cette nouvelle, mais il se contenta de froncer les sourcils et poursuivit :

— Et l’autre nouvelle, la violente ?

Quoi ? se dit Joséphine, je lui dis qu’un mort rédige des cartes postales, achète un timbre, le colle sur la carte, la glisse dans une boîte aux lettres et il me dit : « Quoi d’autre ? » Ça lui paraît normal. Les morts se relèvent la nuit pour rédiger leur courrier. D’ailleurs, les morts ne sont pas morts et font la queue à la poste, c’est pour cela qu’il faut toujours attendre. Elle déglutit et lâcha tout à trac :

— Et j’ai failli être assassinée !

— Assassinée, vous ? Joséphine ? C’est impossible !

1 ... 11 12 13 14 15 16 17 18 19 ... 165
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)