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Du bois pour les cercueils

Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:

Le commissaire Gradenne prend froid dans l'hiver du Jura. A la manière de Maigret, enquête « grippée », gendarmes trop « pressés » comme ce corps broyé par la machine ?
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
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— La sécurité ! Bien sûr ! Stricto sensu, vous avez raison… Mais s’il fallait assurer la sécurité partout, on ne ferait plus rien. La première des sécurités aurait été de ne pas venir ici, seul, la nuit. Quelle idée aussi d’aller fourrer sa tête là… ! Franchement, quand vous coupez votre pain ou votre viande, il ne vous vient pas à l’esprit de laisser votre main sous le couteau… hein ? On peut dire aussi qu’il n’y a pas de sécurité avec les couteaux… Et dans votre baignoire ? Vous avez une sécurité pour ne pas vous noyer ?

L’ingénieur s’était un peu emporté, contrarié que l’accident ait eu lieu dans les locaux dont il était responsable. En outre, il n’appréciait pas que l’on porte un jugement sur sa façon de travailler. Avec sa remarque sur la sécurité, Bruchet l’avait irrité. Guardac se gratta le crâne et poursuivit plus calmement :

— Peut-être a-t-il eu un étourdissement, tout bêtement… ? Les émanations de formol peuvent parfois être traîtres. Mais ce n’est qu’une supposition…

Le jeune lieutenant regarda alors vers le fond de l’atelier, en direction de la porte donnant sur le magasin.

— Cette porte est toujours fermée ?

— Depuis quatre ans que je suis ici, je ne l’ai vue ouverte que deux fois. Une fois pour faire entrer la presse et une autre, je ne sais plus pourquoi…

Bruchet hocha la tête et sourit.

— Je vous remercie pour votre collaboration. Je pense que je reviendrai encore vous ennuyer…

— Mais vous ne m’ennuyez pas du tout…

En sortant de l’atelier-pilote, Bruchet fut saisi par le froid. Il remonta son col, le temps de se diriger vers l’entrée du magasin voisin rempli de piles de panneaux gerbés jusqu’au toit. Un petit homme, emmitouflé dans un anorak et coiffé d’un bonnet lui couvrant les oreilles, l’aperçut et vint vers lui.

— Bonjour, c’est vous qui êtes de la police ? Je suis le magasinier.

— Oui, je suis le lieutenant Bruchet.

— Chatel m’a prévenu. Vous cherchez quelque chose ?

— J’aimerais voir la porte qui donne sur l’atelier-pilote.

— La voir ? Cela ne sera pas possible, venez vous rendre compte.

Dans l’allée centrale, la fameuse porte disparaissait derrière plusieurs piles d’environ huit mètres de haut. Bruchet en examina l’alignement. Le magasinier semblait surpris que la police s’intéresse à cette porte qu’il ne voyait jamais lui-même.

— Vous êtes monsieur Berlot, René Berlot ?

— C’est ça.

— Vous n’avez pas froid ici ?

— Oh ! J’ai l’habitude…

— Vous avez bien le temps de prendre un café. Je vous l’offre.

— Je vous remercie, ce n’est pas de refus, ça me réchauffera.

Les deux hommes se dirigèrent vers le hall de l’atelier-pilote où Bruchet avait repéré un distributeur. En chemin, ils devisèrent sur l’hiver et sa rigueur. Quentin apprit que Berlot s’occupait essentiellement des expéditions et qu’il était assisté de deux caristes pour charger les camions. Il attendait ce matin trois semi-remorques pour l’Espagne. Il se plaignit que les magasins ne soient pas regroupés parce que l’usine s’était développée en plusieurs étapes. Dans le prolongement du dernier avait été aménagé l’atelier-pilote.

En entendant entrer un poids lourd, le magasinier s’excusa et repartit travailler. Le policier retourna voir Guardac.

— Vous pouvez me confirmer que pour entrer ici, il n’y a pas d’autre issue que ces deux portes.

— Oui, si on excepte les fenêtres, répondit Guardac avec un sourire qui se voulait bienveillant.

Quentin remercia et sortit pour aller récupérer le dossier que le chef Courtay tenait à sa disposition. À la gendarmerie, il n’osa pas mentir sur l’état de santé de Gradenne.

— Il est au lit et je vous assure que ce n’est pas du chiqué.

— Je n’en doute pas, répondit Courtay. Prenez connaissance de ce dossier et des différents procès-verbaux au calme et ramenez-les-moi plus tard.

Le policier ne dit rien sur l’état d’avancement d’une enquête qui n’avait pas… avancé. Il n’avait pas encore la moindre idée sur une piste à suivre. En repartant, il éprouva le besoin d’aller se rassurer sur la santé de son supérieur. Si seulement celui-ci pouvait être plus précis sur les « trucs » à rechercher pour satisfaire la demande du procureur…

En entrant, il eut droit aux commentaires de l’aubergiste.

— Le médecin est venu et a diagnostiqué une grippe carabinée. Ma femme est allée lui chercher des médicaments. Mais ne vous faites pas de souci, elle était infirmière. Nous nous occuperons de lui. Comme vous le voyez, vous êtes nos seuls clients.

— C’est très aimable. Je vais aller le voir. Serait-il possible de déjeuner ici ? Je serai probablement seul.

— Pas de problème, il y aura de quoi vous nourrir.

Derrière la porte entrouverte de la chambre de Gradenne, Bruchet entendit un souffle puissant et régulier. Le commissaire dormait du sommeil du juste.

Il était à peine onze heures. Trop tôt pour déjeuner. Le policier passa dans sa chambre et s’installa à une petite table pour étudier le dossier des gendarmes. Il lut soigneusement toutes les dépositions, le rapport de l’adjudant, examina soigneusement les clichés et les croquis, et prit aussi connaissance des articles de presse d’une banalité affligeante.

Sur son petit carnet, il nota des questions sur des points qu’il devait vérifier. Il envisageait d’entendre en priorité les témoins de la nuit, les contremaîtres et les quatre personnes qui avaient découvert le drame. Il repensa alors à la lettre anonyme et jugea qu’il serait pertinent de jeter aussi un coup d’œil dans le bureau de Verdoux.

Des coups frappés à sa porte le tirèrent de ses réflexions. L’aubergiste, inquiet de ne pas le voir redescendre, lui annonça que le repas était servi.

— Je viens tout de suite, dit Quentin en se levant.

— J’ai craint que vous ne soyez malade, vous aussi. Vous serez au calme pour manger puisque vous êtes tout seul.

Installé à une table près de la cheminée où flambaient quelques bûches, le policier apprécia la terrine de sanglier et la côte de veau aux herbes. Il se lassa vite de la lecture du journal local et observa l’intérieur de l’auberge dont il appréciait la décoration rustique : la pierre apparente voisinait avec des murs blanchis à la chaux ou des lambris, les poutres du plafond étaient de vrais troncs d’arbre équarris à la hache et patinés par le temps.

Son esprit allait de l’enquête qui avançait peu, à Chloé qu’il avait hâte de revoir. Nouveau dans le service, il n’était pas près de demander un congé pour aller la rejoindre !

— Cela vous a plu ? demanda le patron.

— Parfaitement ! Dites-moi, c’est un peu triste, ici, l’hiver.

— Disons que c’est calme. Janvier est le mois creux. En principe, je ferme deux ou trois semaines mais cette année, j’ai des travaux à faire, alors je reste ouvert.

— Vous avez beaucoup de monde en été ?

— Heureusement oui ! La région est très touristique. Au mois de juillet, même la terrasse est au complet. J’ouvre la cloison là-bas au fond pour doubler la pièce. L’hiver, elle est condamnée, c’est toujours ça de moins à chauffer.

L’aubergiste désigna un panneau de bois lambrissé au fond de la pièce. Des tableaux y étaient accrochés ainsi que d’anciennes fourches à fenaison en bois. Cette cloison amovible cachait bien son jeu !

Quentin avait arrêté sa stratégie : visiter le bureau de Verdoux et entendre les deux contremaîtres. À l’usine, la standardiste lui fit un signe en le voyant entrer.

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